Mathieu Bock-Côté relance le débat sur la capacité d’accueil du Québec

Partagez

SHERBROOKE — Au lendemain de l’annonce du Parti Québécois proposant une réduction importante des seuils d’immigration, le chroniqueur et sociologue Mathieu Bock-Côté invite carrément les Québécois à faire de l’immigration l’un des principaux enjeux de la prochaine élection.

Dans une publication diffusée sur ses réseaux sociaux, Bock-Côté salue la position du PQ et estime qu’il était « absolument temps » qu’un parti politique fasse de cette question une priorité. Pour lui, l’enjeu dépasse largement la seule question identitaire : il touche également le français, le logement, les écoles, les services publics et, plus généralement, la capacité du Québec à intégrer les nouveaux arrivants.

Une prise de position particulièrement tranchée

Mathieu Bock-Côté emploie des termes très forts. Il parle notamment « d’immigration massive » et même de « noyade migratoire » pour décrire la politique actuelle. Selon lui, la croissance rapide de l’immigration risque de modifier profondément le visage culturel et linguistique du Québec.

Il soutient également que l’immigration constitue l’une des principales causes de l’anglicisation de Montréal et de Laval et craint que le phénomène s’étende progressivement aux couronnes montréalaises.

Ces affirmations relèvent toutefois en partie de l’analyse politique de Bock-Côté. Les données publiques permettent de constater un recul relatif du français dans certaines sphères de la région montréalaise, sans pour autant permettre d’attribuer ce phénomène à une seule cause.

L’Office québécois de la langue française indiquait notamment qu’en 2023, 43 % des travailleurs de Montréal utilisaient généralement ou exclusivement le français au travail. Les données démolinguistiques québécoises montrent également une transformation importante de la composition linguistique de la métropole au cours des dernières décennies.

Le PQ veut aller beaucoup plus loin

La sortie de Bock-Côté survient après une annonce du Parti Québécois faite samedi à Québec. Paul St-Pierre Plamondon a promis de réduire « significativement » les niveaux d’immigration en invoquant notamment la pression exercée sur le logement, le français et les services publics.

Le plan déjà présenté par le parti est beaucoup plus précis : un gouvernement péquiste viserait entre 250 000 et 300 000 résidents non permanents au Québec après un mandat de quatre ans, soit une réduction d’au moins la moitié selon les calculs du parti. Le PQ propose également environ 35 000 admissions permanentes par année.

La formation politique souhaite par ailleurs prioriser, pour l’accès à la résidence permanente, des personnes qui vivent déjà au Québec, revoir le recours aux travailleurs étrangers temporaires et encourager davantage l’automatisation dans certains secteurs dépendants d’une main-d’œuvre étrangère.

Québec a déjà commencé à réduire les seuils

Le débat ne se résume toutefois plus à choisir entre une augmentation continue de l’immigration et une diminution.

Le gouvernement québécois avait lui-même annoncé une réduction de l’immigration permanente, avec une cible d’environ 45 000 admissions en 2026. Pour les programmes temporaires sur lesquels Québec exerce directement un contrôle, le gouvernement prévoyait également entre 84 900 et 124 200 admissions en 2026 dans les programmes des travailleurs étrangers temporaires et des étudiants étrangers.

Le Programme de l’expérience québécoise a par ailleurs été rouvert temporairement le 2 juillet dernier pour les travailleurs temporaires et diplômés répondant aux critères établis par Québec.

Autrement dit, le véritable affrontement électoral pourrait moins porter sur la nécessité ou non de réduire certains flux migratoires que sur l’ampleur de cette réduction et sur les catégories qui devraient être touchées.

Immigration et logement : une relation qui existe, mais qui n’explique pas tout

Le logement devrait notamment occuper une place centrale dans cette discussion.

La croissance démographique rapide augmente nécessairement la demande de logements lorsque l’offre ne progresse pas au même rythme. Statistique Canada a d’ailleurs reconnu que la forte croissance démographique des dernières années avait alimenté les interrogations concernant la disponibilité du logement abordable, les infrastructures et l’accès aux services publics. L’organisme rappelle toutefois que l’immigration répond parallèlement à des besoins liés au vieillissement de la population et aux pénuries de main-d’œuvre.

Réduire l’immigration pourrait donc diminuer une partie de la pression sur la demande. Mais cela ne réglerait pas automatiquement les problèmes de construction, de réglementation municipale, de coûts des matériaux, de taux d’intérêt ou de disponibilité des terrains.

C’est précisément là que le débat mérite de dépasser les slogans.

Quelle est réellement notre capacité d’accueil?

Bock-Côté affirme que le Québec n’est actuellement plus capable d’intégrer correctement le nombre de nouveaux arrivants qu’il reçoit.

Mais comment mesurer cette capacité?

Doit-on regarder le nombre de logements disponibles? Le nombre de places dans les écoles? L’accès à un médecin? La connaissance du français? Le taux de chômage? Les besoins des entreprises? Tous ces critères à la fois?

Et surtout, un même seuil est-il pertinent pour Montréal, Sherbrooke, Québec, Saguenay ou l’Abitibi?

La question est d’autant plus complexe que le terme « immigration » regroupe des réalités très différentes : résidents permanents, travailleurs étrangers temporaires, étudiants internationaux, demandeurs d’asile et personnes déjà installées au Québec souhaitant obtenir leur résidence permanente.

Certaines industries, notamment l’agriculture, dépendent fortement des travailleurs temporaires. Des établissements d’enseignement accueillent aussi plusieurs milliers d’étudiants internationaux. À l’inverse, une augmentation démographique très rapide peut devenir difficile à absorber lorsque les logements et les infrastructures ne suiventent pas.

Un débat qui pourrait s’imposer dans la campagne

C’est essentiellement ce que demande Mathieu Bock-Côté : que le sujet soit débattu ouvertement lors de la campagne électorale.

Il reproche notamment à Québec solidaire et au Parti libéral du Québec de présenter trop rapidement certaines critiques des niveaux d’immigration comme relevant d’un discours hostile aux immigrants. Il s’agit ici de son appréciation du positionnement de ces partis, et non d’un constat statistique.

Mais une question demeure : jusqu’où peut-on réduire l’immigration sans créer d’autres problèmes économiques et démographiques?

Inversement, jusqu’où peut-on maintenir des niveaux élevés si la construction de logements, les écoles, le réseau de santé et les programmes de francisation ne progressent pas au même rythme?

Entre l’idée que toute réduction serait une fermeture sur le monde et celle voulant que l’immigration soit responsable de l’ensemble des difficultés actuelles du Québec, il existe un vaste espace pour un débat plus concret.

À quelques semaines de l’élection québécoise, le Parti Québécois semble vouloir occuper cet espace. Et avec des personnalités comme Mathieu Bock-Côté qui souhaitent maintenant transformer l’immigration en « question de l’urne », les autres partis devront probablement préciser à leur tour jusqu’où ils souhaitent aller.

Sources :

  • Parti Québécois, « Le Parti Québécois promet une baisse significative des seuils d’immigration », 29 août 2026. Consulter la publication du PQ
  • Parti Québécois, plan « Un modèle viable en immigration ». Consulter le plan du PQ
  • Gouvernement du Québec, Planification pluriannuelle et Plan d’immigration 2026.
  • Institut de la statistique du Québec, données sur la langue maternelle, la langue parlée à la maison et la connaissance du français et de l’anglais.
  • Office québécois de la langue française, étude sur la langue de travail au Québec.
  • Statistique Canada, projections démographiques et enjeux associés à la croissance démographique, au logement et aux infrastructures.

Nouvelles

Actualités