Fierté Montréal : une avalanche de commentaires hostiles force la Ville à modérer sa publication

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MONTRÉAL — Alors que le défilé de Fierté Montréal se tient ce dimanche 9 août au centre-ville, une publication de l’arrondissement de Ville-Marie invitant simplement la population à « afficher ses couleurs » a provoqué une vague de réactions hostiles sur Facebook. Plusieurs commentaires ont dû être masqués et l’accès aux commentaires a finalement été restreint.

La publication annonçait notamment les Journées communautaires des 7 et 8 août ainsi que le grand défilé du dimanche 9 août. Rien de particulièrement inhabituel pour Montréal, où la Fierté constitue depuis longtemps l’un des grands rendez-vous estivaux.

Pourtant, sous la publication de l’arrondissement, le ton s’est rapidement envenimé.

Certains internautes se sont contentés d’exprimer leur désaccord ou leur désintérêt : « Pas besoin de l’arc-en-ciel pour m’affirmer », écrivait par exemple une personne. Une autre affirmait simplement que l’événement ne correspondait pas à ses valeurs.

D’autres commentaires allaient toutefois beaucoup plus loin.

Des internautes ont comparé les communautés LGBTQ+ à une « maladie mentale », réclamé qu’on leur « foute la paix », associé les personnes LGBTQ+ à des établissements psychiatriques ou encore qualifié le mouvement de « secte ». Des propos particulièrement agressifs visaient également les personnes transgenres.

Les auteurs de ces commentaires ne sont pas identifiés dans cet article afin de ne pas amplifier leurs attaques personnelles.

D’autres internautes ont au contraire dénoncé cette avalanche de messages homophobes ou transphobes, rappelant que Montréal demeure une ville où les communautés LGBTQ+ occupent historiquement une place importante.

La Ville intervient

Devant la tournure des échanges, l’arrondissement de Ville-Marie a indiqué avoir masqué plusieurs commentaires en vertu de la nétiquette officielle de la Ville de Montréal.

« S’exprimer est et sera toujours permis, mais nous vous prions de rester respectueux », a rappelé l’administration municipale dans la section des commentaires.

La politique officielle de la Ville permet effectivement le retrait des commentaires contenant notamment des insultes, du langage offensant ou malveillant ainsi que des propos discriminatoires, violents, haineux ou homophobes. La désinformation peut également être modérée.

Au moment de notre consultation de la publication, la possibilité de commenter avait été davantage restreinte : il fallait notamment être abonné à la page depuis au moins 24 heures pour participer à la discussion.

Cette mesure illustre un problème auquel sont de plus en plus confrontés les gestionnaires de médias sociaux : comment permettre la critique et le débat sans laisser les espaces de discussion se transformer en tribunes d’insultes visant directement des groupes de personnes?

Critiquer certaines revendications politiques de mouvements LGBTQ+, la manière dont une Fierté est organisée ou même l’utilisation de fonds publics relève évidemment du débat public. Affirmer que les personnes homosexuelles ou transgenres souffrent d’une maladie mentale ou devraient être enfermées se situe toutefois dans un tout autre registre.

IMAGE TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK / ARRONDISSEMENT DE VILLE-MARIE – CENTRE-VILLE

Un climat qui ne se limite pas à Facebook

La violence des commentaires apparaît d’autant plus significative qu’elle s’inscrit dans plusieurs années de fortes tensions entourant les questions d’orientation sexuelle et d’identité de genre au Canada.

Les données de Statistique Canada montrent cependant une réalité plus nuancée qu’une hausse continue.

Les crimes haineux déclarés par la police et motivés par l’orientation sexuelle avaient atteint un sommet de 889 affaires en 2023. Leur nombre est ensuite passé à 659 en 2024, puis à 534 en 2025, soit une baisse de 19 % en un an. Il demeure néanmoins supérieur aux 438 affaires enregistrées en 2021.

Autrement dit, les plus récentes statistiques policières indiquent une amélioration par rapport au sommet exceptionnel de 2023, mais pas un retour aux niveaux observés avant la poussée du début des années 2020.

Il faut également rappeler que les statistiques policières ne mesurent qu’une partie du phénomène. Statistique Canada souligne depuis longtemps qu’une proportion importante des incidents perçus comme motivés par la haine ne sont jamais signalés aux autorités.

Egale Canada, un organisme national de défense des personnes 2SLGBTQI, situe pour sa part au début de 2022 le début d’une importante vague d’activités et de discours hostiles envers ces communautés au pays. L’organisme s’est également intéressé plus récemment au rôle des réseaux sociaux dans la diffusion et l’amplification des discours anti-LGBTQ+.

Les dizaines de réactions laissées sous une banale invitation municipale à participer aux activités de la Fierté montrent à quel point cette polarisation peut désormais se manifester dans des espaces numériques locaux.

Le défilé a lieu ce dimanche

Cette controverse virtuelle survient précisément au moment où se déroule le point culminant de Fierté Montréal 2026.

Le défilé est prévu ce dimanche 9 août, de 13 h à 16 h, sur le boulevard René-Lévesque. L’édition se déroule sous le thème « Brillons ensemble! » et doit réunir des milliers de participants et de spectateurs.

Un moment de silence est également prévu à 14 h afin de commémorer les personnes mortes en raison notamment de l’homophobie, de la transphobie, de la lesbophobie, de la biphobie et du sida, ainsi que les personnes autochtones 2SLGBTQIA+ disparues ou assassinées.

Les Journées communautaires des vendredi 7 et samedi 8 août avaient auparavant rassemblé sur la rue Sainte-Catherine Est des organismes communautaires, commerces, entreprises et groupes sportifs ou socioculturels travaillant auprès des communautés LGBTQ+.

Plus de cinquante ans après les premières grandes mobilisations homosexuelles au Canada, l’existence même de manifestations comme la Fierté continue donc de susciter un débat parfois extrêmement virulent.

Et à voir la quantité de commentaires que la Ville de Montréal a dû faire disparaître d’une simple publication annonçant le défilé, l’acceptation juridique des personnes LGBTQ+ n’a manifestement pas fait disparaître l’hostilité sociale à leur endroit.

Sources

  • Fierté Montréal — programmation officielle et Défilé de la Fierté 2026.
  • Ville de Montréal — Nétiquette des médias sociaux.
  • Statistique Canada — crimes haineux déclarés par la police, données 2024 et 2025.
  • Egale Canada — documentation sur la haine anti-2SLGBTQI et la discrimination numérique.

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