L’UPA met Ottawa en garde : pas question de sacrifier davantage le secteur laitier

Partagez

LONGUEUIL — Alors que les négociations commerciales avec les États-Unis continuent de mettre Ottawa sous pression, l’Union des producteurs agricoles (UPA) lance un avertissement clair au gouvernement canadien : le secteur laitier ne doit pas une fois de plus servir de monnaie d’échange.

Dans une sortie publique effectuée jeudi, l’organisation agricole demande au gouvernement fédéral de ne consentir à aucune nouvelle ouverture du marché canadien aux produits laitiers américains. Pour l’UPA, les producteurs ont déjà suffisamment payé le prix des différents accords commerciaux conclus au cours des dernières années.

Selon l’organisation, près de 8,4 % de la production et de la transformation laitière canadienne aurait déjà été concédée dans les trois derniers accords de libre-échange. Des concessions qui représenteraient des pertes récurrentes de plusieurs milliards de dollars pour l’industrie.

« Les productrices et producteurs de lait ne doivent pas continuellement faire les frais de telles négociations », affirme le président général de l’UPA, Martin Caron.

Le Québec particulièrement concerné

La question est loin d’être anodine au Québec. La production laitière représente environ 24 % de l’ensemble des recettes agricoles de la province.

Le Québec demeure également, et de loin, le principal joueur de l’industrie laitière canadienne. Près de la moitié des fermes laitières du pays se trouvent ici et environ 36 % des recettes canadiennes provenant de la production de lait sont générées au Québec.

Pour de nombreuses régions rurales, l’enjeu dépasse donc largement le prix d’un litre de lait à l’épicerie. Les fermes laitières font partie d’une chaîne économique comprenant les producteurs, les transformateurs, le transport, les fournisseurs agricoles et une multitude de petites entreprises gravitant autour de cette industrie.

Davantage de produits américains depuis l’ACEUM

L’UPA souligne également que les importations canadiennes de produits laitiers provenant des États-Unis auraient augmenté de 150 % depuis l’entrée en vigueur de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique, mieux connu sous l’acronyme ACEUM.

L’accord, entré en vigueur en 2020, avait déjà accordé aux producteurs américains un accès supplémentaire au marché canadien, notamment dans un secteur traditionnellement protégé par le système de gestion de l’offre.

Ce système permet essentiellement d’adapter la production canadienne à la demande intérieure et de contrôler certaines importations au moyen de contingents tarifaires. Il constitue depuis longtemps une pomme de discorde entre Washington et Ottawa.

Pour l’UPA, accepter aujourd’hui une nouvelle ouverture du marché ne garantirait d’ailleurs aucunement la fin des pressions américaines.

L’agriculture comme monnaie d’échange?

Le syndicat agricole replace également sa demande dans le contexte plus large des relations commerciales entre le Canada et l’administration américaine.

L’UPA rappelle qu’Ottawa a déjà posé plusieurs gestes dans le cadre de ses discussions avec Washington, notamment en retirant une grande partie de ses contre-tarifs et en abandonnant la taxe canadienne sur les services numériques.

Pour les producteurs agricoles, il existe cependant une limite aux compromis possibles lorsque ceux-ci touchent directement la capacité du pays à maintenir une production alimentaire sur son territoire.

L’organisation parle ouvertement d’un enjeu de sécurité alimentaire.

Une industrie de plusieurs milliards

À l’échelle canadienne, l’industrie laitière représente environ 9 000 fermes. L’UPA estime que l’ensemble du secteur soutient directement et indirectement quelque 270 000 emplois et contribue pour environ 28 milliards de dollars au produit intérieur brut canadien.

Martin Caron prévient qu’une nouvelle concession risquerait surtout d’endommager davantage la relation entre Ottawa et les producteurs.

« Compromettre davantage cette contribution exceptionnelle causerait un tort irrémédiable au lien de confiance entre les 9 000 fermes laitières au pays et le gouvernement », affirme-t-il.

Pour l’UPA, le message envoyé à Ottawa est donc simple : dans une négociation commerciale où chaque gouvernement tente naturellement de défendre ses propres intérêts, le Canada doit lui aussi déterminer quelles sont ses lignes rouges. Et pour les producteurs agricoles québécois, la production laitière devrait clairement en faire partie.

Références

  • Union des producteurs agricoles (UPA), communiqué « Négociations commerciales avec les États-Unis : le gouvernement canadien doit s’abstenir d’étioler davantage notre sécurité alimentaire », 14 août 2026.
  • Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), gouvernement du Canada.

Nouvelles

Actualités