LONGUEUIL — Alors que les producteurs québécois sont en pleine récolte, les framboises d’ici doivent actuellement se battre pour trouver leur place sur les tablettes des épiceries. Une situation pour le moins paradoxale : les champs québécois regorgent de fruits prêts à être consommés, mais d’importantes quantités de framboises provenant des États-Unis et du Mexique se retrouvent également sur le marché.
L’Association des producteurs de fraises et framboises du Québec (APFFQ) tire donc la sonnette d’alarme. Selon l’organisation, cette arrivée massive de fruits étrangers exerce une pression importante sur les producteurs locaux, qui doivent écouler leurs récoltes au moment même où la production québécoise est particulièrement abondante.
Une concurrence étrangère en pleine récolte québécoise
Le problème serait particulièrement marqué du côté de la framboise. L’APFFQ explique qu’un surplus d’offre aux États-Unis peut pousser certains fournisseurs à écouler une partie de leurs volumes ailleurs, notamment au Canada et au Québec, plutôt que de laisser les prix s’effondrer sur leur propre marché.
L’association utilise le terme « dumping » pour décrire cette situation. Il faut toutefois préciser qu’il s’agit ici de la qualification employée par l’organisation représentant les producteurs québécois, et non d’une conclusion juridique établissant qu’une pratique commerciale illégale a eu lieu.
Pour les producteurs d’ici, le moment est particulièrement mal choisi. Plusieurs ont investi au cours des dernières années afin d’augmenter leur capacité de production, notamment dans un contexte où l’autonomie alimentaire et la résilience des chaînes d’approvisionnement sont devenues des enjeux beaucoup plus présents dans le débat public.
« Nos producteurs sont en pleine récolte. Ils ont des framboises de qualité, cultivées au Québec, qui sont prêtes à se retrouver dans l’assiette des consommateurs. Pourtant, ils doivent composer avec une concurrence accrue provenant de l’extérieur alors que la production québécoise est abondante », affirme Josiane Cormier, présidente de l’APFFQ.
L’autonomie alimentaire mise à l’épreuve
On parle beaucoup depuis quelques années de l’importance d’acheter local et de réduire notre dépendance aux importations alimentaires. Mais encore faut-il que les aliments produits au Québec puissent véritablement accéder aux tablettes lorsque vient le temps de les vendre.
Pour l’APFFQ, les consommateurs ont évidemment un rôle à jouer en recherchant les fraises et les framboises du Québec lorsqu’ils font leurs emplettes. Mais l’enjeu dépasse également le simple choix individuel : en pleine période de récolte, l’organisation estime qu’une offre importante de fruits québécois devrait pouvoir être retrouvée dans les épiceries, les marchés publics et directement chez les producteurs.
C’est d’autant plus important que les petits fruits sont des produits périssables. Contrairement à certaines récoltes pouvant être entreposées pendant plusieurs mois, une framboise fraîche doit être vendue rapidement. Une difficulté à écouler les volumes au moment de la récolte peut donc rapidement devenir un problème financier pour les producteurs.
La saison ne se termine plus en juillet
Il existe aussi une perception tenace selon laquelle les fraises et les framboises du Québec seraient essentiellement des produits du début de l’été. Or, les méthodes de production ont beaucoup évolué.
Selon l’APFFQ, les producteurs ont développé au fil des années de nouvelles techniques permettant de prolonger considérablement la saison. Les fraises et les framboises d’automne peuvent maintenant être produites jusqu’aux premières gelées du mois d’octobre.
Autrement dit, même si les vacances estivales tirent tranquillement à leur fin, la saison des petits fruits québécois, elle, est loin d’être terminée.
Une industrie regroupant 330 producteurs
Fondée en 1998, l’Association des producteurs de fraises et framboises du Québec représente aujourd’hui quelque 330 producteurs. Ceux-ci sont notamment propriétaires de la marque Les Fraîches du Québec, utilisée pour promouvoir et commercialiser leurs produits.
Pour l’association, les prochaines semaines seront donc déterminantes. Les fruits sont là, les producteurs sont prêts à les vendre et les récoltes se poursuivront encore pendant plusieurs semaines. Reste maintenant à savoir quelle place leur sera accordée sur les tablettes québécoises.
Sources :
- Association des producteurs de fraises et framboises du Québec, communiqué du 18 août 2026.
- Association des producteurs de fraises et framboises du Québec — informations sur la saison des fraises et framboises et sur l’organisation.

