SHERBROOKE – On parle beaucoup de Cuba dans les médias et sur les réseaux sociaux. La crise — perpétuelle — semble s’aggraver de jour en jour pour la population. Récemment, une autre panne généralisée a touché l’île. Plusieurs agents de voyage mettent en garde contre un séjour dans ce qui était, jusqu’à récemment, la destination préférée des Québécois. Qu’est-ce que la situation à Cuba dit de nous ? Le Québec peut-il jouer un rôle pour soulager la misère sociale qui touche ce pays ?
Des groupes Facebook au ton décomplexé
Plusieurs groupes Facebook suscitent les passions chez les habitués de la grande île des Antilles. Ces communautés rassemblent essentiellement des Québécois de souche et, parfois, quelques Cubains résidant au Québec qui souhaitent parler de la réalité de leur pays d’origine.
Sur ces groupes, on débat de choses frisant le ridicule, comme par exemple s’il faut payer les Cubains avec des pièces de un dollar canadien ou avec des dollars américains en papier. Chacun y trouve des arguments pour rabaisser la position de l’autre. D’autres essaient de bien faire en apportant avec eux du dentifrice, des batteries ou du savon à destination des travailleurs de l’hôtellerie.
Ou encore, plusieurs se perdent en conjectures sur les raisons qui ont causé cet effondrement énergétique, économique et politique du pays. Certains blâment la nature socialiste du régime, d’autres les États-Unis, particulièrement depuis le retour de Donald Trump.
Une situation complexe au-delà des clichés
Certains internautes sont catégoriques : il faut arrêter d’aller à Cuba, car chaque fois que l’on apporte nos précieux dollars, cela permet au régime de se perpétuer. Or, leur est-il passé par l’esprit que les sanctions n’ont presque jamais apporté la liberté aux peuples opprimés ? Mis à part le cas du boycott de l’Afrique du Sud durant l’apartheid, aucun pays n’est devenu une démocratie ou n’a redonné leur liberté à ses habitants en raison de sanctions.
Mais pour nos « accrocs de Cuba sans censure », la géopolitique, ils ne la connaissent pas, en dehors des grands titres. Au contraire, les voyages dans des pays boycottés, sanctionnés et punis par les grandes puissances contribuent à implanter des graines qui germeront dans le futur.
Le cas de la Corée du Nord
Eunhee Park est une créatrice de contenu originaire de la Corée du Nord qui publie régulièrement sur son ancienne vie dans la ville côtière de Wonsan. Elle raconte la réalité d’un pays où peu de caméras se sont rendues. Alors que plusieurs transfuges nord-coréens ayant trouvé refuge au Sud affirment qu’il faut boycotter le pays en raison de l’argent qui finit dans les poches des dirigeants, Park a un point de vue différent.
Elle affirme que c’est la présence des rares Occidentaux en visite dans sa ville qui lui a donné envie de changer de vie et de fuir le pays. En voyant ces gens bien habillés, avec des appareils coûteux, elle s’est demandé : « Pourquoi n’y ai-je pas droit, moi ? » Cette idée a fini par germer au fil des années, jusqu’à ce qu’elle souhaite changer sa vie.
Ce que cette petite histoire démontre, c’est que les touristes ne devraient pas s’empêcher de visiter un pays selon des considérations morales et politiques. Par exemple, on peut dénoncer le gouvernement cubain, mais pourquoi vouloir punir davantage le peuple, qui ne peut pas y faire grand-chose ?
Les donneurs de leçons
À lire certains internautes, la solution est facile : boycotter l’île pour inciter la population à la révolte. Comme si cela n’avait pas déjà été essayé par le passé. Le Québec est parfois bon pour se donner des airs de supériorité morale. Comme si nous avions vraiment compris comment fonctionne la vie.
Les Cubains ont besoin de nous et, pendant qu’ils manquent de tout, y compris de médicaments de première nécessité, nous débattons encore de l’attitude à avoir face au gouvernement communiste. Les Cubains ont fait preuve de dévouement pendant toutes les années où les Québécois se sont présentés sur leurs plages, dans leurs hôtels, leurs restaurants et leurs villes. Où sont-ils, les donneurs de leçons qui aiment bien débattre du prix des forfaits à Varadero, lorsqu’il est question d’aider un peuple pourtant ami ?
Plutôt que de multiplier les débats stériles sur les réseaux sociaux, nous pourrions peut-être poser quelques gestes simples. Apporter des produits de première nécessité lors de nos voyages, soutenir les petites entreprises locales, contribuer à des collectes de matériel médical ou encore aider les familles cubaines avec lesquelles plusieurs Québécois ont tissé des liens au fil des ans.
Les Cubains n’ont pas besoin d’une autre publication Facebook expliquant pourquoi ils sont pauvres. Ils ont besoin de médicaments, de savon, de batteries, de nourriture et de solidarité. Le reste, ce sont surtout des conversations que nous avons pour nous donner bonne conscience.
Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas quelle était la situation humanitaire désastreuse dans le pays. Encore une fois, la preuve que plusieurs ne pensent qu’à eux-mêmes. Et à essayer d’épargner quelques piastres, même si cela nécessite de tourner le dos à des gens qui nous ont tendu la main.
Note éditoriale: Ce texte est une chronique d’opinion. Les propos et analyses présentés sont ceux de l’auteur et n’engagent pas le Journal de Sherbrooke.

