QUÉBEC — Le Parti conservateur du Québec (PCQ) souhaite modifier plusieurs règles entourant les syndicats afin de donner davantage de contrôle aux travailleurs qu’ils représentent. Éric Duhaime a présenté le 7 septembre une série de propositions touchant notamment les cotisations syndicales, l’accréditation, la transparence financière et les recours offerts aux salariés. Le chef conservateur, qui est également l’auteur du livre Libérez-nous des syndicats!, affirme toutefois reconnaître le droit des travailleurs de s’associer et de négocier collectivement.
Plus de contrôle sur les cotisations
L’une des principales propositions permettrait à chaque travailleur de se retirer individuellement de la portion de sa cotisation syndicale servant à financer des activités politiques ou idéologiques. Éric Duhaime soutient qu’un salarié devrait pouvoir choisir ce qu’il accepte de financer, tout en continuant à contribuer aux activités directement liées à sa représentation et à ses conditions de travail. Le PCQ ne propose donc pas d’abolir la retenue obligatoire des cotisations syndicales dans son ensemble.
Le Québec a toutefois déjà adopté au printemps une importante réforme de la gouvernance syndicale. À compter du 2 octobre, certaines activités politiques, campagnes de publicité et contestations judiciaires qui ne sont pas directement liées à la représentation des salariés devront être financées par une « cotisation facultative », autorisée au moins une fois par année par scrutin secret. La différence est que ce vote s’appliquera collectivement à l’ensemble des salariés de l’unité, alors que le PCQ propose un véritable droit de retrait individuel.
Des votes sur l’accréditation
Les conservateurs souhaitent également rendre obligatoire le scrutin secret lors de l’accréditation d’un syndicat et imposer par la suite des votes périodiques permettant aux travailleurs de confirmer s’ils désirent toujours être représentés par celui-ci. Il s’agirait d’un changement important au fonctionnement actuel, puisqu’un syndicat peut notamment obtenir son accréditation directement lorsqu’il démontre l’appui de la majorité absolue des salariés concernés. Dans certaines autres situations, le Code du travail prévoit déjà la tenue d’un scrutin secret.
Le PCQ estime qu’une accréditation syndicale ne devrait pas être considérée comme acquise indéfiniment sans que les salariés puissent être appelés à se prononcer de nouveau. Une association accréditée détient actuellement le pouvoir exclusif de représenter l’ensemble des salariés de l’unité de négociation, qu’ils soient membres ou non du syndicat. Des périodes précises prévues au Code du travail permettent toutefois déjà à une autre association de tenter de remplacer le syndicat en place.
Davantage de transparence financière
Éric Duhaime propose également que les états financiers et les dépenses des organisations syndicales soient accessibles publiquement, tout en protégeant l’identité des membres. La réforme syndicale adoptée en avril oblige déjà les associations accréditées à préparer des états financiers annuels, à les présenter à leurs membres et à les rendre accessibles gratuitement aux salariés qu’elles représentent. Leur publication auprès du grand public demeure toutefois soumise à certaines conditions, ce qui ferait de la proposition conservatrice une exigence plus large.
Enfin, le PCQ veut créer un mécanisme de plainte confidentiel, rapide et gratuit pour les salariés estimant que leurs droits syndicaux n’ont pas été respectés. Le Code du travail impose déjà aux syndicats un devoir de juste représentation et interdit notamment d’agir de mauvaise foi, de manière arbitraire ou discriminatoire ou de faire preuve de négligence grave. Adrien Pouliot, porte-parole conservateur en matière d’économie et de finances publiques, soutient néanmoins qu’un recours plus simple permettrait aux travailleurs de faire valoir leurs droits sans craindre de représailles ou devoir engager des dépenses importantes.
- Parti conservateur du Québec, « Le PCQ veut redonner du pouvoir aux travailleurs syndiqués », 7 septembre 2026.
- LégisQuébec, Code du travail, notamment les dispositions sur les cotisations, la transparence financière et le devoir de représentation.
- Ministère du Travail du Québec, fonctionnement de l’accréditation syndicale et de la formule Rand.
- Assemblée nationale du Québec, projet de loi no 3, adopté et sanctionné le 2 avril 2026.

