Le Luxembourg : un modèle pour le Québec ?

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SHERBROOKE – Qu’est-ce que le Luxembourg, un si petit pays, aurait à nous apprendre, à nous, Québécois qui souhaitons l’indépendance ? Le Luxembourg n’a pas un très grand territoire, ni une population nombreuse. Pourtant, ce petit pays très particulier, unique au monde, a beaucoup à nous dire sur l’avenir de nos services publics, des transports en commun, mais aussi de l’identité.

Ma rencontre avec un pays « pas comme les autres »

Le Luxembourg, avant mon arrivée, était dans ma tête une cité-État, un peu sur le même modèle que Singapour. Peut-être une grosse ville, en l’occurrence Luxembourg-ville, ainsi que quelques forêts aux alentours.

Quelle ne fut pas ma surprise d’apprendre que le pays faisait plutôt la taille d’un petit département français, avec plus d’une centaine de communes — villes et villages, pour les Québécois.

Mais au-delà de la taille modeste du territoire luxembourgeois, il y a plusieurs leçons à tirer pour une société minoritaire en Amérique du Nord. Sur la gestion de la diversité, les services publics, mais aussi la cohésion nationale.

Un modèle social différent

Au Luxembourg, une chose frappe l’imaginaire dès l’arrivée : la gratuité complète des transports en commun. Oui, vous avez bien lu. Dans un Québec où l’on peine à se projeter avec un tramway dans la capitale, et où les autobus longue distance disparaissent peu à peu, le Luxembourg agit comme un électrochoc.

Vous pouvez prendre — comme résident ou touriste — n’importe quel autobus, train ou tramway dans le pays. Et n’oubliez pas que le Luxembourg est plus grand qu’on ne le pense : traverser le duché du nord au sud prend environ une heure trente.

Et personne, contrairement à la France, ne viendra contrôler si vous avez payé votre billet. Pourquoi une telle politique ? Parce que les Luxembourgeois estimaient qu’ils perdaient trop de temps dans les transports, et qu’il était absurde de devoir payer pour aller travailler.

Évidemment, cette gratuité ne tombe pas du ciel : elle repose sur un niveau d’imposition relativement élevé. Le taux peut atteindre environ 40 % selon les revenus.

Mais parlons-en, des services publics. Rien à voir avec ici, où la numérisation du système de santé s’étire sur des années avec des dépassements de coûts. Au Luxembourg, une application gouvernementale permet de gérer presque tous les aspects de la vie : impôts, allocations, inscriptions scolaires, services médicaux, dossiers de santé. Même les amendes.

IMAGE ANTHONY TREMBLAY / JOURNAL DE SHERBROOKE

Comment la langue luxembourgeoise se maintient malgré tout

Comme nationaliste québécois, on peut être intrigué par le statut du luxembourgeois. Les Luxembourgeois « de souche » représentent aujourd’hui environ 50 à 55 % de la population. Et pourtant, la langue ne disparaît pas.

Pourquoi une réussite là où d’autres échouent ?

Tout repose en grande partie sur l’éducation. Le système scolaire luxembourgeois est trilingue dès le plus jeune âge. À l’école primaire, les enfants apprennent à lire et écrire en allemand, tout en parlant luxembourgeois à l’oral. Le français est introduit progressivement, puis devient une langue d’enseignement importante au secondaire. Résultat : la majorité des habitants jonglent naturellement avec trois langues, parfois plus.

Dans la vie quotidienne, le luxembourgeois reste la langue de l’intimité : famille, amis, proximité. Le français domine dans les commerces et la vie professionnelle, tandis que l’allemand est très présent dans les médias.

Dans un pays à la qualité de vie élevée, apprendre le luxembourgeois n’est pas perçu comme une contrainte, mais comme une évidence, presque un devoir civique. La langue ne se négocie pas, elle s’impose naturellement dans le tissu social.

De quoi inspirer le Québec, où le français est parfois remis en question, alors qu’il est parlé par des centaines de millions de personnes. Au Luxembourg, pour accéder à certains postes, notamment dans la fonction publique, une bonne maîtrise du luxembourgeois est exigée.

Les paradoxes ne manquent pas : on se salue en luxembourgeois, on commande en français, puis on lit le journal en allemand. Et tout cela se fait avec une aisance déconcertante, même chez ceux dont aucune de ces langues n’est maternelle.

C’est aussi une manière pour les Luxembourgeois de préserver leur identité, dans un pays où ils deviennent minoritaires, face à une forte immigration, notamment française, portugaise et italienne.

Le Luxembourg entre réussite et défis persistants

Jusqu’aux années 1980, le Luxembourg dépendait fortement de la sidérurgie. Contrairement à la Moselle voisine, il a su se réinventer en attirant capitaux et entreprises, notamment dans la finance et les services.

Aujourd’hui, la richesse est visible partout : villes propres, infrastructures modernes, niveau de vie élevé. Les voitures allemandes sont omniprésentes. Mais cette réussite a un prix.

Les étrangers affluent, attirés par les salaires élevés, mais les locaux peinent à se loger. Le coût de la vie, particulièrement immobilier, est devenu un problème majeur.

D’où un paradoxe frappant : certains Luxembourgeois doivent quitter leur propre pays pour s’installer en France, en Moselle notamment, où les loyers sont plus accessibles — malgré une économie plus fragile.

Le contraste est saisissant. Deux territoires voisins, autrefois similaires, ont évolué de manière radicalement différente. D’un côté, un pays prospère et attractif. De l’autre, une région marquée par la désindustrialisation, parfois comparée à la « rust belt » américaine.

Un choix de société

Assis à une terrasse, une bière locale à la main, j’observe les gens passer. Ils parlent trois langues sans même y penser. Ils montent dans un bus sans sortir leur portefeuille. Ils vivent dans un pays où, malgré les contradictions, certaines décisions ont été prises.

Pas parfaites. Mais prises quand même.

Et moi, je pense au Québec. À nos débats sans fin. À nos projets qui n’aboutissent jamais.

Puis je termine ma bière. Et je me dis que parfois, la différence entre deux sociétés, ce n’est pas la richesse.

C’est le courage de choisir.

Note éditoriale: Ce texte est une chronique d’opinion. Les propos et analyses présentés sont ceux de l’auteur et n’engagent pas le Journal de Sherbrooke.

🇱🇺 Luxembourg

Guide pratique pour voyageurs curieux

🏙️ Capitale Luxembourg
💶 Monnaie Euro (€)
📏 Superficie 2 586 km²
👥 Population 681 973 habitants
🗣️ Langues Luxembourgeois entre locaux, français dans les commerces et le travail, allemand dans les médias.

Expressions utiles :
Bonjour : Moien
Merci : Villmools Merci
Au revoir : Äddi
💸 Coût de la vie Globalement plus élevé qu’à Paris, surtout pour le logement et certaines sorties. Une destination à prévoir avec un budget confortable.
🎁 Souvenirs Objets à l’effigie du grand-duc et de la grande-duchesse, souvenirs officiels, cartes postales, petits objets aux couleurs nationales.
🍺 Culture locale Les Luxembourgeois aiment les bars et les terrasses.
Bières locales à découvrir : Bofferding, Battin, Diekirch, Mousel, Simon, Ourdaller.
Souvent un peu moins chères qu’en France.
🚋 Transports Bus, tram et trains gratuits dans tout le pays.
Payants uniquement dès que vous franchissez une frontière (France, Belgique, Allemagne).

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