SHERBROOKE – Il faut être isolé dans une caverne depuis des semaines pour ne pas voir la météo qui fait des siennes partout au Québec. On alterne selon les jours entre la pluie, le soleil et même la neige. L’humeur générale est au plus bas, et nous attendons tous impatiemment le « vrai » printemps.
Toutefois, c’est encore plus difficile pour nos commerçants locaux. Ceux-ci doivent composer avec l’inflation, la hausse des prix de leur loyer — qui n’est pas protégé contrairement à celui des locataires résidentiels. Ils font face à des fournisseurs qui, eux aussi, ont faim et probablement moins de patience qu’à l’habitude.
Des temps durs pour nos entrepreneurs
Il y a quelques semaines, fermait le légendaire commerce de Pierre, Le Tourne-Livre, qui a rendu de bons et loyaux services pendant de longues années aux amateurs de livres. Pierre a bien essayé de maintenir son commerce ouvert, quitte à prendre un emploi à côté chez IGA, mais les coûts devenaient trop lourds à gérer pour une si petite entreprise.
Promenez-vous au centre-ville ou en périphérie. Nombreux sont les commerces, restaurants et même dépanneurs à avoir déposé le bilan au cours de la dernière année. Nous sommes à peine à la troisième semaine d’avril que Sherbrooke a parfois des airs de ville fantôme.
La faute à qui ? Ou plutôt, à quoi ?
Dans le cas des dépanneurs et des bars, il faut aussi parler des changements culturels, notamment l’adoption de saines habitudes de vie par les nouvelles générations. Les gens consomment moins d’alcool et de cigarettes.
Inutile de blâmer les jeunes : comment leur en vouloir de préserver leur santé, surtout dans un contexte où l’emploi est plus difficile à trouver, et l’argent plus rare ? Trouver un emploi, même comme plongeur dans la restauration, devient une gageure à l’heure où l’on ne parle plus de pénurie de main-d’œuvre, mais d’une remontée du chômage.
Un climat lourd pour les commerçants
Allez voir les commerçants de votre voisinage, et ils vous diront presque tous la même chose : c’est très tranquille, et les clients hésitent à acheter. Il faut dire que l’augmentation des loyers depuis la pandémie a appauvri une bonne partie des classes populaires et moyennes.
Les gens hésitent encore plus que d’habitude, car plusieurs ont de la difficulté à se nourrir. Alors, comment trouver de l’argent pour les petits extras ? Comme un café glacé, une bière de microbrasserie ou un simple repas dans un fast-food ?
Une crise, malgré ce qu’en dit le gouvernement
À écouter certains commentateurs politiques ou nos élus, il faudrait blâmer Donald Trump pour les difficultés économiques que nous vivons. Si, bien sûr, les tarifs sont un élément perturbateur, les médias ne rendent pas toujours compte d’une réalité qui se vit sur le terrain, au quotidien, pour nos commerçants.
La crise est bien réelle : on emprunte davantage, on vend à crédit, on tente d’éponger les pertes en coupant dans les dépenses courantes. Les fournisseurs ont encore moins de patience qu’à l’habitude — et, à quelque part, on peut les comprendre.
Tout le monde court après l’argent, et rien n’indique une embellie économique à court terme. Pendant ce temps, les lumières s’éteignent une à une dans nos rues. Et quand le printemps finira par arriver pour vrai, il restera à voir quels commerces auront encore la force d’ouvrir leurs portes.
Note éditoriale: Ce texte est une chronique d’opinion. Les propos et analyses présentés sont ceux de l’auteur et n’engagent pas le Journal de Sherbrooke.

