À l’UdeS, l’art et la chimie se répondent dans une rencontre unique

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SHERBROOKE – Le 17 mars dernier, le Centre culturel de l’Université de Sherbrooke a accueilli une rencontre aussi singulière qu’enrichissante. Dans le cadre de la série Passerelles, une conversation publique a réuni les artistes Clara et François Lacasse ainsi que la professeure Adelphine Bonneau autour d’un thème peu commun : les liens entre art visuel et chimie.

Présentée en marge de l’exposition Diaphanoscopie, cette activité a offert un moment rare où se croisent pigments, réactions chimiques, photographie, histoire de l’art et méthodes scientifiques. Une invitation à regarder autrement les œuvres… et la matière qui les compose.

IMAGE TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK / BLOUIN DIVISION

Une rencontre entre création et recherche

L’événement s’est d’abord amorcé par une visite commentée de l’exposition à la Galerie d’art Antoine-Sirois, permettant au public d’entrer dans l’univers des deux artistes. La réflexion s’est ensuite poursuivie au Centre culturel lors d’un échange animé par Roxanne Labrèche P., conservatrice et directrice artistique de la galerie.

Ce passage de l’observation à la discussion a permis d’approfondir l’expérience. Là où l’exposition suscite l’émotion, la conversation en révèle les mécanismes : les choix, les essais, les doutes, mais aussi les liens inattendus entre disciplines.

Cette édition marque d’ailleurs une première importante. L’intégration d’une scientifique à la discussion témoigne d’une volonté claire de décloisonner les savoirs et de créer un véritable dialogue entre art et science.

Entre hasard et maîtrise

Au cœur des échanges, une idée forte s’est imposée : autant en art qu’en science, le hasard joue un rôle essentiel.

François Lacasse a évoqué une pratique picturale tournée vers l’expérimentation, où la matière et les procédés techniques deviennent des partenaires de création. Les œuvres les plus marquantes, selon lui, sont souvent celles qui échappent aux intentions initiales.

Clara Lacasse, pour sa part, a insisté sur l’importance des essais et erreurs en photographie. Même en maîtrisant le médium, l’imprévu demeure. C’est souvent dans ces moments d’incertitude que surgissent les images les plus fortes.

Adelphine Bonneau a rappelé que la science n’est pas exempte de surprises. Derrière la rigueur des protocoles, chaque échantillon peut révéler l’inattendu. Son travail en archéométrie et en archéologie expérimentale repose précisément sur cette tension entre contrôle et découverte.

La couleur comme trace et transformation

La discussion s’est également attardée à la couleur, envisagée comme bien plus qu’un simple élément visuel.

Pigments, réactions chimiques, procédés photographiques : tous ont souligné que la couleur est une matière vivante, porteuse de mémoire et de transformation. Elle témoigne à la fois d’un geste artistique et d’un phénomène physique.

Dans le cas de la recherche scientifique, l’analyse de microéchantillons permet même de remonter jusqu’aux pratiques d’artistes anciens. Une manière de lire les œuvres autrement, à travers leur composition même.

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Le temps au cœur des processus

Autre point de convergence entre les intervenants : le rôle du temps.

Pour François Lacasse, les couches de peinture s’accumulent, se superposent et évoluent. Chez Clara Lacasse, le moment du développement photographique introduit une part de révélation. Du côté scientifique, le temps est essentiel à l’analyse, à la validation et à l’interprétation.

Dans chaque cas, le temps agit comme un allié discret, permettant à l’œuvre ou à la connaissance de se révéler progressivement.

Un dialogue entre générations et disciplines

L’exposition Diaphanoscopie elle-même incarne ce dialogue. Elle réunit les œuvres de François et Clara Lacasse, père et fille, dans une démarche collaborative où chacun observe et influence le travail de l’autre.

Ce croisement des regards donne naissance à une proposition artistique riche, centrée sur la transparence, la matière et la perception. Là où la peinture explore la profondeur et la superposition, la photographie capte des traces subtiles du réel.

Le titre de l’exposition fait d’ailleurs référence à une technique permettant de révéler des couches invisibles de la matière grâce à la lumière — une métaphore forte du travail des deux artistes.

Une initiative qui fait tomber les frontières

Avec Passerelles, l’Université de Sherbrooke propose bien plus qu’une simple activité culturelle. Elle crée un espace de rencontre entre disciplines, accessible à la fois à la communauté universitaire et au grand public.

L’événement a permis de stimuler la curiosité, de valoriser la culture sur le campus et de rappeler que l’art et la science ne s’opposent pas. Au contraire, ils partagent une même quête : comprendre, explorer et donner sens au monde.

Dans un contexte où les savoirs sont souvent compartimentés, ce type d’initiative apparaît essentiel. Il ouvre la porte à de nouvelles façons de penser, de créer… et de regarder.

Source : Université de Sherbrooke
https://www.usherbrooke.ca/actualites/nouvelles/details/57899

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