Du détroit d’Ormuz à nos portefeuilles : vers une crise énergétique mondiale ?

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SHERBROOKE – L’économie mondiale tient tel un jeu de dominos. Il suffit d’en faire tomber un seul pour que les autres chutent les uns après les autres. On l’a constaté avec la pandémie, mais cette fois-ci, la crise qui se dessine est d’une autre nature : elle est énergétique, et ses conséquences pourraient être encore plus profondes sur nos finances personnelles et notre mode de vie.

Une année record pour le pétrole canadien

Les plus récentes données de Statistique Canada viennent pourtant brosser un portrait en apparence rassurant. En 2024, la production canadienne de produits pétroliers raffinés a atteint des niveaux records, portée par une hausse de la demande intérieure et surtout des exportations. Le diesel et l’essence dominent largement, représentant à eux seuls plus de 70 % de la production, tandis que les exportations ont bondi de plus de 10 %, principalement vers les États-Unis.

Dans le détail, la production a progressé de 1,4 % sur un an, dépassant même les niveaux de 2019. Le pays compte 17 raffineries actives, concentrées principalement en Alberta, en Ontario et au Québec. Le diesel et l’essence atteignent des volumes historiques, avec plus de 40 millions de mètres cubes chacun.

Mais cette performance économique cache une fragilité structurelle. Car si le Canada produit davantage, il reste dépendant d’un système énergétique mondial dont les points de passage sont vulnérables.

Le détroit d’Ormuz : talon d’Achille du système mondial

Les attaques de l’Iran sur les infrastructures énergétiques des pays voisins du Golfe, notamment le Qatar, ainsi que la menace de fermeture du détroit d’Ormuz aux bateaux « ennemis » de la république islamique, pourraient bien avoir raison d’un modèle énergétique que l’on croyait fiable, prévisible et relativement abordable.

Ce détroit, par lequel transite près de 20 % du pétrole mondial, constitue l’un des points de friction les plus stratégiques de la planète. Sa fermeture, même partielle, provoquerait un choc immédiat sur les marchés.

Les analyses relayées notamment par RTL et Sud Ouest évoquent déjà des tensions concrètes, notamment sur l’approvisionnement en kérosène en Europe, ce qui pourrait perturber les vols dès les prochaines saisons touristiques.

Une dépendance qui dépasse le carburant

Pendant des décennies, la croissance de nos sociétés n’a été possible qu’en raison d’une énergie abondante, facile d’accès et bon marché. Lire ici : les combustibles fossiles. Pétrole, gaz naturel, charbon. Ces ressources prennent des centaines de millions d’années à se former naturellement, à partir de matière organique comprimée sous la surface terrestre.

Mais ce modèle est en train de se fissurer, non pas en raison d’une disparition soudaine des ressources, mais à cause de leur accessibilité dans un monde de plus en plus instable.

Jean-Marc Jancovici, devenu une figure incontournable du débat énergétique, rappelle que notre prospérité repose sur un équilibre extrêmement fragile. Selon lui, une fermeture prolongée du détroit d’Ormuz pourrait retrancher jusqu’à 20 % de l’approvisionnement mondial en hydrocarbures.

Le risque d’une crise alimentaire mondiale

Le pétrole est utilisé à la fois pour les transports, mais aussi pour la production d’engrais, essentiels à l’agriculture moderne. Une hausse des prix de l’énergie entraîne donc mécaniquement une hausse du prix des aliments.

Et comme souvent, ce sont les pays les plus vulnérables qui en subissent les premières conséquences. L’histoire récente en témoigne : les printemps arabe ont été en partie déclenchés par la hausse du coût de la vie et des denrées alimentaires.

Pour éviter des crises sociales, plusieurs États devront augmenter leurs dépenses publiques, au risque d’alimenter davantage l’inflation. Cette pression pourrait aussi accentuer les mouvements migratoires vers l’Europe.

Des vols plus chers pour tout le monde

En Europe et en Asie, les inquiétudes grandissent face à une possible pénurie de kérosène. Ce carburant, indispensable au transport aérien, dépend en grande partie des flux transitant par le Moyen-Orient.

Si ces flux sont perturbés, les compagnies aériennes verront leurs coûts exploser. Le résultat est simple : des billets d’avion plus chers, moins accessibles, et possiblement une réduction de certaines liaisons.

Voyager, qui s’est démocratisé grâce à l’énergie bon marché, pourrait redevenir un privilège.

Un modèle sous tension

Le paradoxe est frappant : alors que le Canada atteint des sommets historiques en matière de production et d’exportation de produits pétroliers, le système global dans lequel il évolue devient de plus en plus instable.

La question n’est donc plus seulement de savoir si nous avons assez de pétrole, mais si nous serons capables d’y accéder de manière stable et abordable.

Et dans un monde où l’énergie devient incertaine, c’est toute notre manière de vivre, de produire et de consommer qui pourrait être appelée à changer — plus rapidement que prévu.

Note éditoriale: Ce texte est une chronique d’opinion. Les propos et analyses présentés sont ceux de l’auteur et n’engagent pas le Journal de Sherbrooke.


Références:

  • Statistique Canada
    Niveaux de production et d’exportation sans précédent : produits pétroliers raffinés — bilan de l’année 2024 (12 juin 2025)
  • Sud Ouest
    Avion : la pénurie de kérosène menace déjà les aéroports européens, va-t-elle impacter les vols de l’été ?
  • RTL
    Plastiques, vêtements, transports : pourquoi le blocage du détroit d’Ormuz dépasse largement l’enjeu du carburant
  • Analyses de Jean-Marc Jancovici sur la dépendance aux hydrocarbures et les risques systémiques énergétiques

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