SHERBROOKE – Alors que la crise du logement occupe l’avant-plan, un enjeu plus discret, mais tout aussi déterminant, freine le développement des villes québécoises : l’état des infrastructures en eau. Dans un communiqué publié le 31 mars 2026, APCHQ, s’appuyant sur une étude d’Aviseo commandée par le Groupe tactique sur les infrastructures en eau liées au logement, met en lumière un sous-financement chronique.
Ce déficit compromet non seulement l’accès aux services essentiels, mais aussi la construction de milliers de logements. Et pour plusieurs municipalités, dont Sherbrooke, cette réalité n’a rien de nouveau : elle s’inscrit dans une tendance lourde qui s’aggrave depuis plusieurs années.
Les infrastructures d’eau potable du Québec, souvent vieillissantes, peinent à suivre la croissance démographique et la densification urbaine. Les changements climatiques viennent aussi accentuer la pression sur ces réseaux déjà fragilisés.
Selon les données présentées dans le communiqué, les municipalités investissent en moyenne 280 $ par habitant, alors que les besoins réels sont estimés à 799 $. Cet écart important s’accumule au fil du temps et fragilise la capacité des villes à maintenir leurs installations.
À cela s’ajoute une baisse d’environ 400 millions de dollars des investissements provinciaux depuis 2018. Résultat : les infrastructures atteignent leurs limites, avec des conséquences directes sur le développement immobilier.
En 2025, 43 municipalités ont dû imposer des restrictions liées à leurs réseaux d’eau. Cela a freiné la construction d’environ 36 000 logements, selon le communiqué de l’APCHQ.
Un scénario devenu réalité à Sherbrooke
Dans certains cas, des moratoires sont imposés, des permis sont suspendus ou des redevances importantes sont exigées aux promoteurs. Ces frais peuvent dépasser 5 000 $ par logement, ce qui alourdit encore davantage les coûts de construction.
La situation à Sherbrooke illustre bien cette réalité. Déjà en février 2025, la Ville a dû imposer un moratoire sur certains nouveaux projets en raison de la capacité limitée de ses installations de traitement des eaux.
Cette décision montre que même une ville en croissance peut se retrouver freinée par ses infrastructures. Des projets sont retardés, voire bloqués, non pas faute d’intérêt, mais simplement parce que le réseau ne peut plus suivre.

Vers le principe de l’utilisateur-payeur ?
À cette pression s’ajoute un autre facteur : la forte consommation d’eau au Québec. La province figure parmi les plus grands consommateurs au pays, ce qui accentue encore davantage la pression sur les réseaux.
Certaines solutions existent pourtant. À Repentigny, par exemple, l’installation de compteurs d’eau a permis de stabiliser la consommation pendant 20 ans, malgré une croissance de la population de 18 %.
Le Groupe tactique sur les infrastructures en eau propose plusieurs pistes, également mentionnées dans le communiqué de l’APCHQ. L’idée d’un principe utilisateur-payeur, notamment via les compteurs d’eau, revient souvent.
Éviter de taxer davantage les citoyens
Des outils financiers comme le financement par accroissement de la valeur foncière sont aussi évoqués. Ils permettraient de financer les infrastructures sans alourdir directement le fardeau fiscal des citoyens.
Du côté du gouvernement du Québec, on demande des investissements plus importants et surtout plus prévisibles. Le fédéral est également appelé à bonifier ses transferts et à offrir plus de flexibilité aux municipalités.
Au final, les solutions sont connues. Mais leur mise en œuvre dépend d’une volonté politique claire, qui tarde encore à se manifester.
Car derrière chaque projet bloqué, il y a une réalité simple : sans eau, il n’y a pas de développement. Et sans développement, la crise du logement ne pourra que s’aggraver.

