SHERBROOKE – La modernisation de la consigne devait simplifier la récupération des contenants et améliorer le recyclage au Québec. Dans les faits, plusieurs citoyens ont plutôt l’impression d’avoir perdu un système simple, accessible et déjà bien intégré à leurs habitudes.
Avec les nouveaux centres Consignaction, les Québécois peuvent rapporter leurs contenants consignés dans des lieux spécialisés, dans certaines zones chez des détaillants participants ou encore utiliser des services comme le retour express avec remboursement par application mobile. Officiellement, le réseau vise à traiter de plus grands volumes et à moderniser une consigne élargie à davantage de contenants. RECYC-QUÉBEC précise que l’AQRCB, associée à Consignaction, agit comme organisme de gestion désigné du système de consigne.
Des irritants pour plusieurs citoyens
Mais sur le terrain, plusieurs citoyens jugent que cette modernisation a aussi créé de nouveaux irritants. Avant, il était possible d’apporter ses canettes et ses bouteilles consignées à l’épicerie, souvent jusqu’à 22 h, en même temps que l’on faisait ses achats. Pour bien des gens, ce détour faisait partie d’une routine normale. Aujourd’hui, même lorsque les centres Consignaction sont situés près de supermarchés, ils exigent souvent un déplacement distinct, avec des heures d’ouverture plus limitées.
Une citoyenne résume bien cette frustration : elle trouvait beaucoup plus pratique l’ancien système, puisqu’elle pouvait rapporter ses contenants le soir, après le travail ou en faisant son épicerie. Cette limite des heures d’ouverture devient particulièrement irritante pour ceux qui n’ont pas d’horaire régulier ou qui ne possèdent pas de voiture.
Le problème est encore plus évident pour les personnes démunies ou pour les ramasseurs de contenants. Pour certains, récupérer des bouteilles et des canettes n’est pas un geste écologique abstrait : c’est une manière de survivre, d’acheter quelques produits essentiels, ou de compléter un revenu insuffisant. Or, lorsque le centre le plus proche exige de marcher longtemps, de transporter plusieurs sacs ou même de prendre deux autobus, le système devient beaucoup moins accessible.
Un internaute vivant pourtant au centre-ville de Québec affirme devoir prendre deux autobus pour se rendre au point de retour le plus proche. Résultat : il ne se déplace plus et met ses contenants directement dans le bac bleu. D’autres disent faire la même chose, estimant qu’ils paient déjà des taxes pour que les matières soient triées au centre de tri.
C’est là que le modèle semble se mordre la queue. Un système censé améliorer la récupération peut finir par décourager certains citoyens de rapporter leurs contenants consignés. Lorsque le déplacement devient trop compliqué, lorsque les machines sont peu nombreuses ou brisées, ou lorsque l’expérience est impersonnelle et déprimante, plusieurs préfèrent abandonner la consigne plutôt que de perdre leur temps.
Retour Express : un service apprécié par plusieurs
Il faut toutefois reconnaître que Consignaction ne déplaît pas à tout le monde. Un citoyen s’est dit très satisfait du nouveau système : il entre son numéro de téléphone, imprime un code QR, le colle sur son sac et reçoit l’argent dans son compte quelques jours plus tard. Pour les gens organisés, motorisés, à l’aise avec les applications mobiles et qui n’ont pas besoin de récupérer l’argent immédiatement, le système peut effectivement être pratique.
Le problème, c’est qu’un modèle pensé pour être moderne ne l’est pas nécessairement pour tout le monde. Pour les personnes âgées, les citoyens sans voiture, les gens pauvres, les travailleurs aux horaires atypiques ou ceux qui dépendaient de la consigne comme revenu d’appoint, l’ancien système avait un avantage majeur : il était simple, proche et intégré à la vie quotidienne.
La question n’est donc pas de rejeter toute modernisation. Elle est de se demander pourquoi il fallait remplacer aussi brutalement un réseau déjà connu et utilisé. Plusieurs citoyens auraient préféré un modèle hybride plus souple, où les épiceries auraient pu continuer à reprendre les contenants, tout en permettant aux centres Consignaction de traiter les grands volumes et d’offrir des options plus technologiques.
Un système qui mérite des améliorations
Car au fond, ce que les citoyens reprochent au système actuel, ce n’est pas seulement son existence. C’est d’avoir transformé un geste simple en démarche supplémentaire. Et lorsqu’une réforme écologique complique la vie de ceux qui participaient déjà à l’effort collectif, il faut se demander si la modernisation n’a pas été pensée davantage pour l’appareil administratif que pour les citoyens ordinaires.
Consignaction n’est peut-être pas un échec complet. Mais à entendre plusieurs usagers, c’est certainement un modèle en manque de rodage, qui devra faire ses preuves s’il veut réellement atteindre ses ambitions.
Sources : témoignages anonymisés d’internautes sur Facebook; informations officielles de Consignaction et de RECYC-QUÉBEC. Consignaction indique que les lieux de retour comprennent notamment les centres Consignaction, Consignaction+ et certaines zones chez des détaillants participants.
Note éditoriale: Ce texte est une chronique d’opinion. Les propos et analyses présentés sont ceux de l’auteur et n’engagent pas le Journal de Sherbrooke.

