Journée nationale des patriotes : je me souviens

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SHERBROOKE – Aujourd’hui, nous commémorons le sacrifice des patriotes qui se sont révoltés contre l’Empire britannique. Ils souhaitaient plus de liberté, plus de démocratie et plus d’égalité. Mais cette journée n’est pas seulement un congé de mai : elle raconte aussi l’évolution de notre mémoire nationale.

De la reine à Dollard

Dans le reste du Canada, ce congé demeure associé à la fête de Victoria, en souvenir de la reine Victoria et de la monarchie britannique. Au Québec, cette célébration ne pouvait évidemment pas avoir la même signification. Pour un peuple issu de la Nouvelle-France, conquis par l’Empire britannique, il était difficile de se reconnaître pleinement dans une fête monarchique anglaise.

C’est pourquoi, pendant longtemps, on a plutôt parlé de la fête de Dollard. Adam Dollard des Ormeaux, mort en 1660 lors de la bataille du Long-Sault, a représenté pour plusieurs générations le courage, le sacrifice et la survie française en Amérique. Il ne faut pas le mépriser ni l’effacer : Dollard fait partie de notre roman national.

Un symbole de survivance

Bien sûr, l’histoire de Dollard peut être discutée et replacée dans son contexte. Les rapports avec les nations autochtones, les conflits coloniaux et les récits héroïques de l’époque méritent d’être compris avec nuance. Mais comprendre autrement ne veut pas dire renier.

La fête de Dollard permettait aux Canadiens français de ne pas simplement célébrer la Reine. Elle leur donnait une figure à eux, enracinée dans la Nouvelle-France. Dollard rappelait que notre peuple avait dû survivre dans un continent immense, souvent hostile, avec peu de moyens.

Le choix des patriotes

Puis le Québec a choisi de remplacer cette fête par la Journée nationale des patriotes. Ce changement ne devrait pas être vu comme une condamnation de Dollard, mais comme une évolution de notre mémoire collective. On passait d’un symbole de survivance à un symbole de liberté politique.

La fête de la Reine rappelait l’Empire. La fête de Dollard rappelait la survie française en Amérique. La Journée nationale des patriotes rappelle la lutte d’un peuple pour se gouverner lui-même.

IMAGE TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK / QUÉBEC FIER

Une révolte démocratique

Les patriotes vivaient à une époque où plusieurs peuples cherchaient à s’émanciper. En Grèce, en Haïti, en Amérique latine, des peuples se levaient contre les empires. Chez nous aussi, des assemblées populaires réclamaient plus de justice et de démocratie.

Les patriotes rassemblaient des gens du peuple, mais aussi une modeste élite canadienne-française composée de notaires, de médecins, d’avocats et de journalistes. Ils réclamaient un gouvernement responsable, le contrôle du budget par les élus et davantage de libertés. Ces revendications étaient légitimes, modernes et profondément démocratiques.

Le refus de l’Empire

Mais les autorités britanniques ont refusé d’écouter les demandes du peuple et de ses représentants. Le budget et les grandes décisions demeuraient entre les mains de Londres et des gouverneurs coloniaux. Le népotisme, la corruption et le mépris politique étaient devenus insupportables.

Un peuple qui n’avait presque rien s’est donc révolté avec le peu d’armes disponibles. Il y eut des batailles devenues légendaires, dont la victoire de Saint-Denis. Il y eut aussi la défaite, l’exil, les pendaisons, les fermes brûlées et la répression.

Une défaite devenue mémoire

Militairement, les patriotes ont perdu. Mais historiquement, ils ont gagné. Ce sont eux que nous commémorons aujourd’hui, et non les gouverneurs coloniaux ni les bureaucrates de l’Empire.

Leur combat a laissé une trace profonde dans notre histoire. Ils ont porté l’idée que le peuple devait se gouverner lui-même. Ils ont rappelé que la liberté politique n’est jamais donnée gratuitement.

Une portée encore actuelle

En 2026, cette journée garde toute sa force. Elle nous rappelle que le Québec n’est pas seulement une province administrative dans le Canada. Il est un peuple avec une mémoire, une langue, une culture, des blessures et une aspiration persistante à la liberté.

Il ne faut donc pas opposer inutilement Dollard aux patriotes. Dollard appartient à la mémoire de la Nouvelle-France et de la survivance. Les patriotes appartiennent à la mémoire démocratique, nationale et politique.

Se souvenir pour avancer

L’un rappelle la survie. Les autres rappellent la liberté. Ces deux dimensions font partie de notre histoire.

Mais aujourd’hui, si nous célébrons les patriotes, c’est parce que leur combat parle encore à notre époque. Ils ne se sont pas battus pour des postes, des privilèges ou des carrières. Ils se sont battus parce qu’ils croyaient qu’un peuple devait être libre.

Et peut-être qu’un jour, nous dirons qu’ils n’étaient pas seulement les martyrs d’un rêve brisé, mais les précurseurs d’une future république.

Bonne Journée nationale des patriotes.

Je me souviens.

Note éditoriale: Ce texte est une chronique d’opinion. Les propos et analyses présentés sont ceux de l’auteur et n’engagent pas le Journal de Sherbrooke.

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