Du 11 septembre à la surveillance de masse : 25 ans qui ont changé le monde

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SHERBROOKE — Le 11 septembre 2001 demeure l’un de ces rares événements dont une génération entière se souvient presque image par image. Du moins, pour ceux qui étaient déjà assez vieux pour comprendre que quelque chose d’exceptionnel était en train de se produire. C’est mon cas. À l’époque, je venais tout juste de commencer ma quatrième année du primaire à La Baie, ma petite ville natale du Saguenay.

Ma mère restait alors à la maison et préparait le dîner lorsque nous revenions de l’école. Ce midi-là, en entrant chez moi, je l’ai trouvée devant LCN — ou peut-être RDI — complètement hypnotisée par les images qui défilaient à l’écran. Deux avions venaient de frapper les tours du World Trade Center, à New York. Disons simplement que le dîner était rapidement passé au second plan.

Le jour où le monde a basculé

Nous sommes nombreux à nous souvenir précisément de l’endroit où nous étions lorsque nous avons appris les attentats contre le World Trade Center et le Pentagone, ainsi que l’écrasement du vol 93 dans un champ de Pennsylvanie. Ces images ont marqué l’imaginaire collectif comme peu d’événements avant elles. Pour toute une génération, elles allaient également devenir une porte d’entrée, souvent brutale et profondément déformée, vers les réalités du Moyen-Orient, du monde musulman et de l’islamisme radical.

Un visage allait rapidement symboliser cette nouvelle menace : celui d’Oussama ben Laden. Du jour au lendemain, Al-Qaïda, le jihadisme et le terrorisme international sont entrés dans le vocabulaire quotidien de millions de personnes. Malheureusement, les distinctions entre islam, islamisme, monde arabe et terrorisme ont souvent été complètement effacées dans le débat public.

Quand la peur s’installe

Dans les mois et les années qui ont suivi, de nombreux musulmans se sont retrouvés regardés avec suspicion simplement en raison de leur religion ou de leur origine. Pourtant, cette représentation de « l’Arabe terroriste » n’était pas née le 11 septembre. Depuis plusieurs décennies déjà, une partie du cinéma et de la culture populaire occidentale avait multiplié les caricatures faisant de l’Arabe ou du musulman un ennemi menaçant, fanatique ou violent.

Les attentats de 2001 ont donné une force nouvelle à ces représentations. Les auteurs du 11 septembre appartenaient à une organisation terroriste bien réelle, portée par une idéologie extrémiste bien réelle. Mais transformer plus d’un milliard de musulmans en suspects potentiels constituait une réponse aussi injuste qu’absurde.

La guerre contre le terrorisme

Depuis le 11 septembre, notre monde n’est plus tout à fait le même. Au nom de la lutte contre le terrorisme, les États ont considérablement renforcé leurs moyens de surveillance, leurs pouvoirs policiers et leurs capacités de collecte de renseignements. Certaines de ces mesures étaient probablement inévitables face à une menace nouvelle, mais d’autres ont durablement repoussé les limites de ce que nos sociétés considèrent comme acceptable.

Des guerres ont également été déclenchées au nom de cette lutte contre le terrorisme. L’Afghanistan est devenu le théâtre de la plus longue guerre de l’histoire américaine contemporaine, avant le retour au pouvoir des talibans en 2021. L’invasion de l’Irak en 2003, justifiée notamment par l’existence présumée d’armes de destruction massive qui ne furent jamais retrouvées, a contribué à déstabiliser durablement une région déjà fragile.

L’histoire n’est jamais terminée

Certains trouvent l’histoire ennuyante. Pourtant, elle est probablement l’un des meilleurs outils dont nous disposons pour comprendre pourquoi notre monde est devenu ce qu’il est. Les événements que nous regardons aujourd’hui aux nouvelles ne surgissent presque jamais de nulle part.

Les guerres, les tensions religieuses, les mouvements migratoires, la montée de certains régimes autoritaires et même plusieurs débats sur nos libertés publiques trouvent une partie de leurs racines dans les décisions prises au cours des 25 dernières années. Comprendre le 11 septembre ne signifie donc pas seulement regarder vers le passé. C’est aussi tenter de comprendre le présent.

Le véritable héritage du 11 septembre

Le pire héritage de ces attentats n’est probablement pas constitué par les ruines qui ont recouvert Ground Zero. C’est peut-être plutôt cette idée, entretenue depuis un quart de siècle par certains mouvements politiques, selon laquelle nous serions engagés dans un inévitable « choc des civilisations ». Une vision du monde dans laquelle musulmans et Occidentaux seraient condamnés à se considérer comme des adversaires.

Il y a aussi cet autre héritage, moins spectaculaire, mais peut-être plus durable : l’habitude de la surveillance. Téléphones intelligents, géolocalisation, reconnaissance faciale, caméras intelligentes, collecte massive de données et algorithmes capables d’établir des profils toujours plus précis de nos habitudes font maintenant partie du quotidien. La frontière entre sécurité légitime et surveillance permanente devient parfois difficile à tracer.

Minority Report n’était peut-être pas si loin

Nous sommes aujourd’hui capables de savoir où une personne se déplace, ce qu’elle achète, ce qu’elle regarde, ce qu’elle recherche et parfois même ce qu’elle pense politiquement, simplement à partir des traces numériques qu’elle laisse derrière elle. Dans plusieurs pays, les technologies de reconnaissance faciale et d’analyse automatisée des comportements progressent rapidement. Quant à la police prédictive, elle existe déjà sous différentes formes, même si sa fiabilité et ses conséquences sur les libertés civiles demeurent fortement contestées.

Il y a 25 ans, certaines de ces technologies auraient ressemblé à de la science-fiction. Aujourd’hui, elles tiennent dans notre poche ou sont installées au-dessus de nos rues. Et nous les acceptons souvent sans même y penser.

Après le 11 septembre, nous avions peur des terroristes.

Un quart de siècle plus tard, nous devrions peut-être aussi nous demander jusqu’où nous sommes prêts à aller pour nous protéger d’eux.

Bienvenue en 1984.

Note éditoriale: Ce texte est une chronique d’opinion. Les propos et analyses présentés sont ceux de l’auteur et n’engagent pas le Journal de Sherbrooke.

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