SHERBROOKE — Le parti Démocratie directe propose de revoir en profondeur le fonctionnement de la protection de la jeunesse au Québec en misant sur une plus grande vérification des faits, une séparation des pouvoirs et davantage d’imputabilité. La formation politique affirme vouloir mieux protéger les enfants réellement en danger, tout en réduisant les risques d’interventions qu’elle juge injustifiées auprès de familles considérées comme sécuritaires. Cette proposition s’inscrit dans la campagne menant aux élections générales du 5 octobre 2026.
Des décisions davantage documentées
La formation politique souhaite notamment que les décisions pouvant entraîner des conséquences importantes dans la vie d’un enfant soient systématiquement documentées et traçables. Elle propose une vérification plus rigoureuse des faits, la confrontation des expertises et une séparation plus nette entre les personnes chargées de vérifier une situation, celles qui prennent les décisions et celles qui interviennent directement auprès des familles. Le parti estime qu’il devrait également être possible de déterminer clairement qui a pris une décision, sur quelles informations elle repose et, le cas échéant, pourquoi un document au dossier a été modifié.
Démocratie directe propose également la création ou l’intervention de nouveaux mécanismes de surveillance, notamment un ombudsman indépendant et une équipe multidisciplinaire. La publication du parti évoque aussi une structure appelée « AIPE », sans toutefois en préciser le mandat ou le fonctionnement. L’objectif affiché est de créer davantage de contrepoids dans un domaine où les décisions peuvent notamment mener au retrait temporaire ou prolongé d’un enfant de son milieu familial.
Des recours existent déjà
Le système québécois comporte toutefois déjà plusieurs mécanismes de contestation et de surveillance. Un enfant ou ses parents peuvent notamment saisir le tribunal lorsqu’ils contestent certaines décisions du directeur de la protection de la jeunesse, dont la conclusion voulant que la sécurité ou le développement de l’enfant soit compromis ou la décision concernant son orientation. La Loi sur la protection de la jeunesse prévoit par ailleurs que l’intérêt de l’enfant doit constituer la considération primordiale et que son maintien dans son milieu familial doit être privilégié lorsqu’il est dans son intérêt.
Les familles et les usagers peuvent également déposer une plainte auprès du commissaire aux plaintes et à la qualité des services de leur établissement. Ce commissaire est présenté par le gouvernement comme indépendant de l’établissement dans l’exercice de ses fonctions, tandis qu’un deuxième recours peut être exercé auprès du Protecteur du citoyen lorsqu’une personne demeure insatisfaite du traitement de sa plainte. La proposition de Démocratie directe viserait donc moins à créer toute forme de surveillance à partir de zéro qu’à ajouter des mécanismes et à modifier la répartition des pouvoirs au sein du système.
« L’enfant d’abord »
Le parti résume son approche par le principe de « l’enfant d’abord ». Il soutient qu’une intervention ferme demeure nécessaire lorsqu’un enfant est véritablement en danger, mais estime que la même rigueur doit s’appliquer à la justification des décisions prises par les institutions. Cette volonté d’accroître la traçabilité et l’imputabilité rejoint d’ailleurs l’un des engagements plus larges de Démocratie directe, qui promet de rendre davantage de décisions, de coûts et de résultats accessibles au public.
La formation politique fait de la séparation des pouvoirs et de la responsabilité des décideurs l’un des éléments centraux de son programme 2026. Elle propose plus largement une réforme des institutions québécoises reposant notamment sur des comités citoyens, une constitution rédigée avec la participation de citoyens et un référendum d’initiative citoyenne. Dans le cas de la protection de la jeunesse, elle affirme vouloir appliquer cette philosophie en renforçant les mécanismes permettant de vérifier et de contester l’exercice du pouvoir lorsque l’avenir d’un enfant est en jeu.
Sources :
- Démocratie directe Québec — Programme 2026 et propositions publiées par la formation politique.
- Gouvernement du Québec — Régime d’examen des plaintes du réseau de la santé et des services sociaux.
- Légis Québec — Loi sur la protection de la jeunesse, notamment les articles 3, 4 et 74.2.

