QUÉBEC — Alors que la campagne électorale provinciale est bien entamée, le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) estime que les engagements des partis demeurent insuffisamment précis pour répondre à la crise de l’abordabilité du logement. L’organisme soutient que plus de la moitié des partis n’ont toujours pas présenté de propositions concrètes permettant de déterminer combien de logements véritablement sociaux seraient créés au cours des prochaines années. Le scrutin provincial est prévu le 5 octobre prochain.
Un objectif de 20 %, mais des définitions différentes
Lors d’un récent débat consacré à l’habitation, la CAQ, le Parti libéral du Québec, le Parti québécois et Québec solidaire se sont montrés favorables à ce que les logements ne relevant pas du marché privé représentent éventuellement 20 % du parc locatif québécois. Le FRAPRU souligne toutefois que les expressions « logement social et communautaire », « sans but lucratif » et « hors marché » ne sont pas nécessairement synonymes. Pour l’organisme, la distinction est importante puisque le prix demandé aux locataires, la gouvernance des immeubles et le maintien de leur abordabilité à long terme peuvent varier considérablement d’un modèle à l’autre.
Le FRAPRU défend depuis plusieurs années une cible d’au moins 20 % de logements sociaux et communautaires dans le parc locatif. Lors d’un congrès tenu à Sherbrooke en 2024, l’organisme estimait que cette proportion se situait alors autour de 10,5 % et demandait déjà qu’elle soit doublée. Sa revendication actuelle prévoit le financement d’au moins 10 000 logements sociaux chaque année pendant 15 ans.
Des loyers réellement accessibles
Le regroupement met notamment en garde contre une définition trop large du logement « abordable ». Selon sa porte-parole, Véronique Laflamme, atteindre une cible statistique de logements hors marché aurait peu d’effet pour les ménages à faible revenu si une partie importante des unités demeure offerte à des loyers élevés. Elle donne l’exemple d’un logement de quatre pièces et demie à 1 700 $ par mois, qui pourrait entrer dans certaines définitions du logement hors marché sans pour autant répondre aux besoins des ménages les plus vulnérables.
Le FRAPRU réclame ainsi que les futurs investissements gouvernementaux servent en priorité à des HLM, des coopératives et des organismes sans but lucratif d’habitation dont les loyers demeurent durablement inférieurs à ceux du marché. Il demande également la création de programmes permanents permettant autant la construction de nouveaux logements que l’acquisition d’immeubles locatifs existants pour les soustraire au marché spéculatif. Parmi ses sept demandes électorales figurent aussi la rénovation du parc social existant, la reconnaissance du droit au logement et un meilleur contrôle des loyers.
Le PLQ a présenté un plan à Sherbrooke
Jusqu’à maintenant, le FRAPRU affirme que Québec solidaire et le Parti libéral du Québec sont les deux partis ayant présenté des engagements chiffrés et pluriannuels concernant le développement de logements sociaux. Le PLQ a notamment dévoilé à Sherbrooke, le 1er septembre, un plan prévoyant 1,5 milliard de dollars d’investissements et l’ajout de 40 000 logements sociaux et abordables en cinq ans. Les libéraux disent vouloir atteindre un rythme de 10 000 nouvelles unités par année à la fin d’un éventuel mandat et porter la proportion de logements hors marché à 20 % d’ici 2050.
Cette annonce ne règle toutefois pas, aux yeux du FRAPRU, la question de la définition des logements comptabilisés dans ces objectifs. Le regroupement souhaite que les formations politiques indiquent clairement combien des unités promises seraient réellement accessibles aux ménages à faible ou modeste revenu. Il demande notamment l’abandon du concept de logement « abordable intermédiaire », introduit dans les programmes gouvernementaux actuels, craignant que des fonds publics servent à financer des logements dont les loyers demeureraient trop élevés.
Les partis appelés à préciser leurs engagements
À moins d’un mois du scrutin, le FRAPRU veut donc profiter des débats électoraux et du dévoilement des plateformes pour obtenir des réponses plus détaillées. L’organisme compte transmettre ses demandes à l’ensemble des partis et dresser un bilan de leurs engagements avant la fin de la campagne. Son principal critère restera la création de logements dont l’abordabilité est garantie à long terme, plutôt que la seule augmentation du nombre d’unités construites.
Sources :
- Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), demandes électorales 2026 et campagne « Choisir les locataires ».
- FRAPRU, objectif de doubler le parc de logements sociaux et communautaires.
- Parti libéral du Québec, Plan habitation : 1,5 G$ d’investissements pour 40 000 logements sociaux et abordables supplémentaires, 1er septembre 2026.
- Élections Québec, élections générales provinciales du 5 octobre 2026.

