SHERBROOKE – Un témoignage publié récemment sur Reddit a suscité une importante vague de soutien au Québec. Derrière le récit d’un travailleur dont la vie a basculé après un accident se trouve une réalité parfois difficile à comprendre pour l’entourage : les blessures psychologiques peuvent être aussi invalidantes que les blessures physiques.
Il y a bientôt quatre ans, quelques secondes ont suffi pour bouleverser la vie d’un homme.
Dans un témoignage publié sur le forum r/Quebec, celui-ci raconte avoir subi un accident de travail qu’il considérait initialement comme relativement banal. Les premières conséquences étaient surtout physiques. Puis, dans les semaines suivantes, son comportement et son état psychologique ont commencé à changer.
Un médecin lui a finalement parlé de syndrome de stress post-traumatique, ou SSPT.
« J’ai minimisé la chose. Pour moi, c’était impossible qu’un événement aussi “niaiseux” puisse m’affecter à ce point », raconte-t-il.
C’est finalement un ancien supérieur, retraité des Forces armées et ayant participé à plusieurs déploiements militaires, qui l’aurait convaincu de prendre son diagnostic au sérieux : « Ne minimise pas ça. Va consulter et prends tes traitements au sérieux. »
Des blessures qui ne se voient pas
Les années suivantes ont été marquées par des séquelles physiques et psychologiques reconnues comme permanentes par la CNESST, selon son témoignage.
Mais ce sont surtout les répercussions invisibles qu’il décrit avec le plus de douleur.
Il parle d’un conjoint devenu moins présent et d’un père parfois physiquement là, mais psychologiquement et émotionnellement absent parce qu’il doit continuellement lutter contre ce qui se passe dans sa tête.
Refusant de renoncer au travail, l’homme est retourné aux études, a obtenu un diplôme et s’est trouvé un nouvel emploi. Or, depuis quelques semaines, son état se serait de nouveau considérablement détérioré. Son médecin aurait conclu à une récidive et une aggravation de son stress post-traumatique, entraînant un nouvel arrêt de travail et un ajustement de ses traitements.
Son témoignage prend alors une tournure particulièrement sombre.
« J’ai l’impression d’être un fardeau pour la société », écrit-il, expliquant que son identité d’homme demeure fortement associée à sa capacité de travailler.
Les remarques de certaines personnes de son entourage n’aident manifestement pas : « Ouin, t’es chanceux, hein? T’es payé à rien faire. »
À cela, il oppose une réalité beaucoup moins enviable : les nuits blanches, les crises d’angoisse, la culpabilité, la honte et un combat quotidien pour parvenir à fonctionner.
Puis vient cette phrase : « Je ne veux pas mourir. Mais j’ai parfois l’impression de ne plus avoir ma place dans notre société. »
Une importante vague de soutien
La publication a provoqué de nombreuses réactions, dont plusieurs provenant de personnes ayant elles-mêmes vécu un problème de santé mentale, un accident ou un stress post-traumatique.
Un message revient constamment : la valeur d’une personne ne devrait pas dépendre de sa capacité à occuper un emploi.
Un internaute affirme notamment être heureux que ses impôts permettent de soutenir les travailleurs qui en ont réellement besoin. D’autres rappellent que l’auteur demeure avant tout un père, un conjoint, un ami et un membre de la société, indépendamment de sa productivité économique.
« Tu es plus que ton emploi », résume l’un d’eux.
Une autre personne raconte avoir elle-même reçu un diagnostic de stress post-traumatique une dizaine d’années plus tôt et avoir connu plusieurs rechutes malgré la médication et l’accompagnement de différents professionnels. Son principal conseil : cesser de se juger constamment et accepter que le rétablissement ne soit pas nécessairement linéaire.
D’autres témoignages font également état d’arrêts de travail, de dépressions majeures, de maladies chroniques et de handicaps invisibles. Plusieurs décrivent la violence particulière que peuvent représenter les remarques laissant entendre qu’une personne en arrêt de travail serait « chanceuse ».
Un véritable trouble de santé mentale
Le stress post-traumatique ne touche d’ailleurs pas uniquement les militaires, les policiers ou les personnes ayant vécu une guerre.
L’Agence de la santé publique du Canada définit le trouble de stress post-traumatique comme un trouble de santé mentale pouvant apparaître après l’exposition à un événement grave potentiellement traumatisant ou à une série de tels événements. Il peut toucher des personnes de tous âges et de tous genres.
Parmi les symptômes possibles se trouvent les souvenirs intrusifs, les cauchemars, les flashbacks, les troubles du sommeil, l’hypervigilance, les pensées négatives persistantes, la colère et l’engourdissement émotionnel. Les symptômes peuvent apparaître rapidement après l’événement traumatisant, mais également des mois ou même des années plus tard.
Le gouvernement du Québec souligne également que les conséquences peuvent toucher les activités personnelles, familiales et sociales. L’état d’une personne souffrant de stress post-traumatique peut aussi empirer lorsque le problème n’est pas pris au sérieux.
Autrement dit, la gravité d’un traumatisme ne peut pas simplement être mesurée de l’extérieur.
Un événement qui semble banal à une autre personne peut provoquer des conséquences psychologiques profondes chez celle qui l’a vécu.
Consulter n’est pas un échec
Plusieurs internautes ayant réagi au témoignage insistent justement sur l’importance d’aller chercher de l’aide.
Certains racontent les bénéfices obtenus grâce à une psychothérapie, une ergothérapie en santé mentale ou une médication. Plusieurs évoquent également l’EMDR, alors que les expériences rapportées varient : certains disent en avoir retiré des bienfaits importants ou modestes, tandis qu’une autre personne affirme que cette approche ne lui a pas convenu et qu’elle a dû chercher autre chose.
Cette diversité est importante. Il n’existe pas nécessairement une seule approche convenant à tout le monde.
Un diagnostic doit être établi par un professionnel de la santé qualifié et différentes formes de traitement peuvent permettre de réduire les symptômes et d’améliorer la qualité de vie. Le traitement doit être adapté à la personne et à son expérience.
Le témoignage publié sur Reddit rappelle finalement quelque chose d’essentiel : un handicap n’a pas besoin d’être visible pour être réel.
Prendre au sérieux les symptômes, consulter et accepter temporairement de ne plus être capable de fonctionner comme auparavant ne constituent pas des signes de faiblesse.
Pour quelqu’un qui traverse un stress post-traumatique, prendre soin de sa santé peut déjà représenter un combat de tous les jours.
Besoin d’aide?
Si vous êtes en détresse ou avez des pensées suicidaires, vous pouvez appeler ou texter le 9-8-8, partout au Canada, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.
Au Québec, Info-Social 811, option 2, permet également de joindre rapidement un professionnel en intervention psychosociale. Le service est gratuit et accessible en tout temps.
En présence d’un danger immédiat pour vous-même ou pour une autre personne, composez le 9-1-1.

