SHERBROOKE — Le Parti Québécois souhaite donner beaucoup plus de liberté aux producteurs québécois de vins, de cidres et de spiritueux. Paul St-Pierre Plamondon a présenté jeudi une série de propositions qui permettraient notamment aux producteurs artisanaux de vendre et de distribuer davantage leurs bouteilles sans devoir passer par la Société des alcools du Québec (SAQ).
Le chef péquiste s’attaque à un cadre réglementaire qu’il juge lourd, coûteux et mal adapté à la réalité des petites entreprises québécoises. Son parti promet, s’il forme le prochain gouvernement, de réduire le rôle de la SAQ dans la commercialisation des produits fabriqués ici et de faciliter leur présence dans les commerces.
Vendre directement aux consommateurs
Au cœur de l’annonce se trouve la possibilité pour les producteurs artisanaux de distribuer et de vendre directement leurs produits aux consommateurs québécois, sur un modèle qui se rapprocherait de celui dont profitent déjà les microbrasseries.
Le cadre actuel est loin d’être uniforme. Un permis de production artisanale permet déjà de fabriquer, d’embouteiller et de vendre différentes catégories de boissons, mais celles-ci sont étroitement liées aux matières premières provenant de l’exploitation agricole du titulaire. Les règles diffèrent également selon qu’il s’agit de vin, de cidre, d’alcools ou de spiritueux.
Le PQ voudrait notamment réunir plusieurs de ces autorisations dans un même permis et permettre l’utilisation d’une plus grande quantité d’ingrédients locaux provenant d’autres producteurs. L’objectif affiché est de donner davantage de marge de manœuvre aux entreprises, particulièrement lorsqu’une récolte est insuffisante ou lorsqu’elles souhaitent développer de nouveaux produits.
La majoration de la SAQ dans la mire
Autre proposition susceptible de retenir l’attention : le PQ promet de mettre fin aux redevances versées à la SAQ lorsqu’une bouteille est vendue sans que celle-ci soit véritablement passée par le réseau de la société d’État.
Selon le Parti Québécois, cette majoration peut représenter jusqu’à 50 % du prix de vente au détail d’une bouteille. Il s’agit ici d’un chiffre avancé par la formation politique dans son annonce de jeudi.
Pour Paul St-Pierre Plamondon, ce fonctionnement pénalise particulièrement les petites entreprises qui produisent leurs alcools au Québec et cherchent ensuite à les commercialiser localement.
Le PQ souhaite également faciliter le regroupement de producteurs afin qu’ils puissent mettre en commun leur distribution. Des assouplissements ont déjà été adoptés au cours des dernières années : depuis 2025, certaines activités de fabrication et de livraison peuvent notamment être confiées à d’autres titulaires de permis de production artisanale. La Régie des alcools, des courses et des jeux a encore apporté des changements réglementaires en 2026 afin de réduire certaines obligations administratives.
La proposition péquiste irait cependant nettement plus loin en modifiant directement les règles de commercialisation.
Des cavistes consacrés aux produits d’ici
Le Parti Québécois veut aussi permettre l’ouverture de commerces spécialisés consacrés aux alcools québécois ou aux produits obtenus par importation privée.
Les règles entourant la vente d’alcool dans les commerces québécois limitent actuellement la possibilité d’exploiter de véritables « cavistes » sur le modèle que l’on retrouve ailleurs. Le PQ affirme notamment vouloir revoir l’obligation qui fait en sorte que la majorité de la surface d’un détaillant comme une épicerie ou un dépanneur doit être consacrée à autre chose qu’aux boissons alcooliques.
Une telle réforme pourrait éventuellement permettre à un commerce de se spécialiser dans les vins, cidres et spiritueux québécois sans devoir adopter le modèle traditionnel de l’épicerie.
Un système qui remonte à 1921
Paul St-Pierre Plamondon associe le régime actuel à « l’époque de la prohibition ». Historiquement, la situation québécoise est toutefois particulière.
Alors que la prohibition s’imposait dans une grande partie du continent, les Québécois se sont prononcés en 1919 en faveur de la légalisation de la vente de bière et de vin. La Commission des liqueurs de Québec, ancêtre de la SAQ, a ensuite été créée en 1921. L’État s’est alors attribué le contrôle du commerce des vins et des spiritueux, tandis que la bière produite au Québec demeurait accessible en dehors de ce monopole. La SAQ elle-même retrace les origines de son modèle à cette période.
Plus d’un siècle plus tard, le PQ estime que plusieurs règles issues de cette conception très centralisée du commerce de l’alcool n’ont plus leur raison d’être.
Le parti assure toutefois ne pas vouloir favoriser une augmentation de la consommation. Paul St-Pierre Plamondon présente plutôt la réforme comme une façon d’encourager l’achat de produits du terroir et de reproduire, pour les vignerons, cidriculteurs et distillateurs, le développement qu’ont connu les microbrasseries québécoises au cours des dernières décennies.
Sources :
- Parti Québécois, « Vente de vins, cidres et spiritueux québécois : le Parti Québécois veut libéraliser un système qui date de la prohibition », 13 août 2026.
- Régie des alcools, des courses et des jeux du Québec, règles concernant les permis de production artisanale.
- Régie des alcools, des courses et des jeux du Québec, changements législatifs concernant la production artisanale.
- Société des alcools du Québec, historique de la Commission des liqueurs et de la SAQ.

