Paul St-Pierre Plamondon maintient sa promesse de tenir un référendum sur l’indépendance du Québec dans un premier mandat. Mais le chef du Parti Québécois vient d’ajouter une condition importante : tant que Donald Trump sera à la Maison-Blanche, il n’y aura pas de référendum. Une décision qui repousse le scénario au minimum à 2029 et qui fait déjà réagir jusque chez les souverainistes.
Paul St-Pierre Plamondon a voulu mettre les choses au clair mardi matin. Si le Parti Québécois remporte les élections du 5 octobre, il y aura toujours un référendum sur l’indépendance dans un premier mandat, comme il le promet depuis plusieurs années. Mais pas avant le départ de Donald Trump.
« Un gouvernement du Parti Québécois ne tiendra pas de référendum tant que Donald Trump sera président des États-Unis », a annoncé le chef péquiste.
Donald Trump doit quitter ses fonctions le 20 janvier 2029. Dans les faits, PSPP écarte donc un référendum en 2026, 2027 ou 2028. S’il respecte également sa promesse de tenir la consultation au cours de son premier mandat, celle-ci devrait vraisemblablement avoir lieu en 2029 ou en 2030.
Pourquoi attendre Trump?
PSPP explique sa décision par le climat d’incertitude qui règne actuellement aux États-Unis et dans les relations entre Washington et ses partenaires.
Pour lui, un débat sur l’avenir politique du Québec doit pouvoir se dérouler dans des conditions suffisamment stables pour que les électeurs puissent se prononcer sur la question elle-même. Il ne veut pas que le débat soit dominé par les décisions de Donald Trump, les tensions commerciales ou les craintes entourant les relations avec les États-Unis.
Le chef péquiste ne cache pas non plus l’objectif politique derrière cette décision. Depuis plusieurs mois, les adversaires du PQ soutiennent qu’une période de tensions avec Washington serait particulièrement mal choisie pour ajouter une crise constitutionnelle au Canada.
PSPP veut manifestement enlever cet argument de la table.
Il souhaite également ramener la prochaine campagne sur le bilan de la CAQ et sur les enjeux qui préoccupent davantage les électeurs au quotidien : santé, coût de la vie, logement, itinérance et gestion des fonds publics.
La décision fait grincer des dents chez certains souverainistes
Le choix ne fait toutefois pas l’unanimité, y compris chez des partisans de l’indépendance.
L’auteur et analyste Jérôme Blanchet-Gravel a rapidement remis en question la stratégie. Selon lui, rien ne permet de croire que le monde sera nécessairement plus stable après le départ de Donald Trump.
Les tensions entre Washington et Pékin, le protectionnisme américain et la volonté des États-Unis de défendre plus agressivement leurs intérêts ne disparaîtront pas nécessairement avec un changement de président.
Sa critique touche surtout à une question plus fondamentale pour le mouvement souverainiste : si le Québec veut devenir un pays capable de défendre seul ses intérêts, est-il cohérent de repousser son projet parce que le président américain est jugé trop imprévisible?
Blanchet-Gravel estime que cette approche risque plutôt de renforcer l’idée que le cadre canadien constitue une forme de protection pour le Québec face aux États-Unis.
C’est une interprétation, évidemment, mais elle montre que la décision de PSPP ne sera pas uniquement contestée par les fédéralistes.
Le PQ peut gagner une élection sans gagner un référendum
C’est probablement là que se trouve le véritable défi de Paul St-Pierre Plamondon.
Le Parti Québécois est actuellement bien placé dans les intentions de vote. Le sondage Léger publié le 11 août lui accordait 30 % des intentions de vote.
Mais l’appui au PQ et l’appui à l’indépendance sont deux choses différentes.
Les dernières données compilées par Qc125 placent l’appui à la souveraineté autour de 31 % après répartition des indécis, contre environ 69 % pour le Non.
Le PQ pourrait donc très bien être en position de former le prochain gouvernement sans que les Québécois soient prêts à le suivre dans son projet de pays.
Même parmi les électeurs péquistes, l’unanimité n’existe pas. Selon les données de Léger, environ 73 % des électeurs du PQ voteraient Oui à un référendum. Autrement dit, près d’un électeur péquiste sur quatre ne suivrait pas le parti sur la souveraineté.
PSPP doit donc gagner deux batailles différentes : une élection générale en 2026 et, éventuellement, un référendum.
Le référendum n’est pas la priorité des électeurs
Une autre donnée permet de comprendre pourquoi le PQ souhaite éviter que toute la campagne tourne autour de la souveraineté.
Dans le même coup de sonde, seulement 8 % des Québécois identifient la tenue d’un référendum parmi les enjeux susceptibles d’influencer leur vote.
La santé et les services sociaux arrivent très loin devant, à 48 %. Le coût de la vie suit à 42 %, puis le logement abordable à 28 %.
Même chez les électeurs péquistes, seulement 15 % placent le référendum parmi les enjeux susceptibles d’influencer leur décision.
Pour le PQ, il y a donc un avantage évident à parler d’abord de gouvernement et ensuite de souveraineté.
C’est d’ailleurs exactement le message envoyé par PSPP mardi. Il promet de consacrer les premières années d’un éventuel gouvernement péquiste aux services publics, au logement, au coût de la vie, à l’itinérance et aux finances publiques.
Le référendum viendrait ensuite.
L’ombre de 1995
Un troisième référendum partirait aussi de beaucoup plus loin que celui de 1995.
Le 30 octobre 1995, le Québec était passé à quelques dizaines de milliers de voix de choisir la souveraineté.
Selon les résultats officiels d’Élections Québec, 2 308 360 personnes avaient voté Oui et 2 362 648 avaient voté Non.
L’écart n’avait été que de 54 288 voix.
Le résultat final : 49,42 % pour le Oui et 50,58 % pour le Non, avec une participation exceptionnelle de 93,52 %.
Plus de 30 ans plus tard, les sondages ne montrent pas une course aussi serrée. Si les chiffres actuels se maintiennent, un gouvernement péquiste aurait donc énormément de terrain à gagner avant de pouvoir espérer remporter une nouvelle consultation.
Et c’est peut-être là que les deux années supplémentaires prennent tout leur sens.
Entre une éventuelle victoire électorale en octobre 2026 et un référendum en 2029 ou 2030, un gouvernement PSPP disposerait de plusieurs années pour tenter de démontrer sa capacité à gouverner et, surtout, pour faire progresser l’option souverainiste.
Mais cette stratégie comporte aussi un risque. Une conjoncture favorable aujourd’hui ne le sera pas nécessairement dans trois ans. L’économie peut changer, l’opinion publique aussi. Et le successeur de Donald Trump pourrait très bien poursuivre une partie de ses politiques.
En voulant éliminer Trump de l’équation, PSPP règle donc un problème immédiat, mais il en ouvre un autre.
Si l’avenir politique du Québec doit attendre que le contexte international soit favorable, à quel moment les conditions seront-elles vraiment idéales pour tenir un référendum?

