Québec solidaire dévoile ses 100 premiers jours : voici ce que ferait un gouvernement Ghazal

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SHERBROOKE — Québec solidaire commence à préciser ce à quoi ressembleraient les premiers mois d’un éventuel gouvernement dirigé par Ruba Ghazal. À l’approche des élections québécoises, le parti a dévoilé une série de mesures qu’il promet de mettre en chantier dès ses 100 premiers jours au pouvoir, touchant aussi bien les finances publiques que le logement, l’environnement, l’éducation, le travail et les institutions démocratiques.

La liste est particulièrement ambitieuse. Québec solidaire propose notamment de taxer davantage les grandes fortunes, de faire passer le salaire minimum à 20 $ l’heure, de renforcer le contrôle des loyers, de créer un réseau commun en éducation et de lancer une assemblée constituante. Le parti promet également de fermer le Bureau du Québec à Tel-Aviv et de mettre un terme aux projets de pipelines et de gazoducs canadiens qui traverseraient le territoire québécois.

Une taxe sur les grandes fortunes pour renflouer les coffres de l’État

C’est probablement la proposition qui risque de faire le plus réagir. Alors que les finances publiques québécoises demeurent déficitaires, Québec solidaire veut aller chercher de nouveaux revenus directement auprès des contribuables les plus fortunés.

Dans une publication diffusée le 17 août, le parti propose d’imposer annuellement les grandes fortunes dépassant 25 millions de dollars et affirme qu’une taxe de 1 % permettrait de générer environ 5 milliards de dollars par année. Québec solidaire présente cette mesure comme une solution permettant de maintenir le financement des services publics plutôt que de procéder à des compressions budgétaires. Il faut cependant préciser que l’estimation de 5 milliards provient du parti lui-même.

Le chiffre arrive à un moment particulier. Dans son Rapport préélectoral sur l’état des finances publiques publié en août, le ministère des Finances prévoit pour 2026-2027 un déficit comptable de 5,2 milliards de dollars, ce qui explique en partie le fameux « trou de 5 milliards » évoqué dans le débat politique. Lorsqu’on tient compte des versements au Fonds des générations et de la définition prévue par la Loi sur l’équilibre budgétaire, le déficit atteint plutôt 7,69 milliards. Le gouvernement prévoit néanmoins toujours un retour à l’équilibre pour 2029-2030.

Autrement dit, Québec solidaire fait un rapprochement assez simple : si son nouvel impôt sur la fortune rapportait réellement les 5 milliards annoncés, les revenus générés seraient d’une ampleur comparable au déficit comptable actuellement prévu pour l’année financière. Cela ne signifie cependant pas qu’une telle taxe ferait automatiquement disparaître le déficit, puisque les autres engagements du parti entraîneraient eux aussi de nouvelles dépenses.

Un salaire minimum à 20 $ et davantage de télétravail

Sur le coût de la vie, Québec solidaire promet de hausser le salaire minimum à 20 $ l’heure. Il s’agit d’une progression importante par rapport à la plateforme électorale de 2022, alors que le parti proposait plutôt un salaire minimum de 18 $.

QS s’attaque également à une décision récente du gouvernement de la CAQ concernant ses propres employés. Un gouvernement solidaire abolirait les directives imposant davantage de présence au bureau aux fonctionnaires et reviendrait vers une formule laissant une plus grande place au télétravail. Le parti dénonçait déjà, en février dernier, la fin de la formule hybride telle qu’elle avait été appliquée précédemment dans la fonction publique.

Il s’agit d’un exemple de mesure qui pourrait être appliquée relativement rapidement par un nouveau gouvernement, contrairement à certaines autres promesses nécessitant des modifications législatives beaucoup plus importantes.

Un contrôle plus serré des loyers

La crise du logement occupe également une place importante dans cette feuille de route. Québec solidaire promet de « contrôler réellement les loyers », une orientation qui s’inscrit dans les propositions déjà avancées par le parti au cours des dernières années.

QS réclame notamment un plafonnement des augmentations en fonction de l’indice de fixation des loyers établi par le Tribunal administratif du logement. L’objectif affiché est de limiter les augmentations importantes et de réduire les possibilités de hausses lors des changements de locataires.

Il faut ici distinguer une mesure pouvant être annoncée pendant les 100 premiers jours de sa mise en application complète. Modifier durablement les mécanismes de contrôle des loyers nécessiterait vraisemblablement des changements législatifs et réglementaires. Les « 100 premiers jours » présentés par Québec solidaire doivent donc davantage être compris comme une liste de décisions à prendre et de grands chantiers à amorcer que comme neuf transformations qui seraient nécessairement terminées trois mois après l’arrivée au pouvoir.

Un réseau commun pour changer profondément l’école québécoise

En éducation, Québec solidaire veut lancer la création d’un « réseau commun ». Derrière cette expression se trouve une réforme beaucoup plus vaste qu’un simple changement administratif.

Le parti avait déjà déposé en 2025 le projet de loi 895 afin de créer un réseau scolaire commun regroupant notamment les écoles publiques primaires et secondaires dans un nouveau modèle. La proposition s’inscrit dans la critique que fait depuis longtemps QS du système scolaire québécois et de la coexistence du réseau public régulier, des programmes publics sélectifs et du secteur privé subventionné.

Un éventuel gouvernement Ghazal ferait donc de cette transformation l’un de ses premiers grands chantiers en éducation.

Un ministère consacré aux Femmes et à l’Égalité des genres

Québec solidaire annonce également la création d’un ministère des Femmes et de l’Égalité des genres. Il ne s’agirait donc plus seulement de confier cette responsabilité à une ministre occupant simultanément d’autres fonctions, mais de lui donner une structure ministérielle spécifiquement consacrée à ces enjeux.

La proposition fait partie des engagements féministes mis de l’avant par la formation, qui a notamment défendu au cours des dernières années la gratuité des produits menstruels dans les institutions publiques et différentes mesures visant l’autonomie économique des femmes.

Pipelines, gazoducs et bureau du Québec à Tel-Aviv

Les engagements touchent également deux dossiers susceptibles de provoquer des débats importants avec Ottawa et les autres provinces.

Québec solidaire promet premièrement de mettre fin à tous les projets de pipelines et de gazoducs canadiens au Québec. Le parti réaffirme ainsi une opposition de principe au développement de nouvelles infrastructures importantes destinées au transport d’hydrocarbures sur le territoire québécois.

Sur le plan international, QS promet aussi de fermer le Bureau du Québec à Tel-Aviv. Le parti réclame cette fermeture depuis au moins 2025 dans le contexte du conflit israélo-palestinien. Le bureau, qui demeure actuellement une représentation officielle du gouvernement québécois en Israël, a notamment pour mandat de développer des relations avec des partenaires gouvernementaux, économiques, institutionnels, universitaires et culturels.

Il s’agirait donc d’un geste avant tout politique et diplomatique de la part d’un gouvernement solidaire, Québec solidaire souhaitant marquer une rupture avec la position actuelle de Québec envers Israël.

Mode de scrutin et assemblée constituante

Finalement, le parti veut utiliser ses premiers mois au gouvernement pour ouvrir deux dossiers institutionnels majeurs : la réforme du mode de scrutin et le lancement d’une assemblée constituante.

La réforme électorale constitue un vieux débat au Québec. Québec solidaire souhaite modifier le fonctionnement du système actuel, qui repose sur un scrutin majoritaire uninominal à un tour et qui peut produire des écarts importants entre le pourcentage de votes obtenu par un parti et le nombre de sièges qu’il remporte.

L’assemblée constituante s’inscrit quant à elle dans le projet indépendantiste renouvelé de Québec solidaire. Dans son manifeste Nouveau Québec libre présenté en juillet, le parti proposait déjà qu’une assemblée constituante élabore, en collaboration avec les Premiers Peuples, la Constitution d’un éventuel Québec indépendant.

Une feuille de route qui annonce la couleur

Avec cette série d’engagements, Québec solidaire tente surtout de montrer ce qu’il ferait rapidement s’il obtenait pour la première fois les commandes de l’État québécois. Certaines mesures pourraient effectivement être décidées rapidement par le Conseil des ministres, notamment en matière de télétravail dans la fonction publique ou de représentations internationales. D’autres, comme le réseau commun en éducation, le contrôle des loyers, la réforme électorale ou la taxation des grandes fortunes, exigeraient des projets de loi et des transformations beaucoup plus complexes.

Il reste également une question incontournable : celle du coût global du programme. Québec solidaire mise fortement sur une nouvelle fiscalité des grandes fortunes afin de dégager une marge de manœuvre supplémentaire et soutient que cette seule mesure pourrait générer 5 milliards de dollars annuellement. Entre cette estimation et sa concrétisation dans les revenus de l’État, il resterait toutefois plusieurs paramètres à préciser.

À quelques semaines du déclenchement de la véritable campagne électorale, le parti de Ruba Ghazal commence néanmoins à mettre ses cartes sur table. Et si toutes ces propositions ne pourraient évidemment pas transformer le Québec en seulement 100 jours, elles donnent déjà une bonne idée de la direction que prendrait un gouvernement solidaire.

Sources :

  • Québec solidaire — publication officielle présentant les engagements des « 100 premiers jours » d’un gouvernement solidaire.
  • Québec solidaire — publication du 17 août 2026 concernant l’imposition des grandes fortunes dépassant 25 millions de dollars.
  • Ministère des Finances du Québec — Rapport préélectoral sur l’état des finances publiques du Québec, août 2026.
  • Québec solidaire — propositions concernant le télétravail dans la fonction publique, le plafonnement des hausses de loyer, le réseau scolaire commun et l’assemblée constituante.
  • Gouvernement du Québec — mission et mandats du Bureau du Québec à Tel-Aviv.

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