SHERBROOKE — Le député péquiste d’Arthabaska-L’Érable, Alex Boissonneault, s’en est pris dimanche au quotidien anglophone The Gazette, qu’il accuse de chercher à discréditer les efforts du Parti Québécois pour se rapprocher de la communauté anglophone du Québec. Une sortie qui survient alors que le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon tente justement de montrer qu’un éventuel projet d’indépendance ne signifierait pas une rupture avec les Anglo-Québécois.
Dans une longue publication diffusée sur les réseaux sociaux, Alex Boissonneault affirme trouver « dommage de constater, encore une fois, le travail de sape du quotidien The Gazette à l’égard des efforts sincères du Parti Québécois pour se rapprocher de la communauté anglophone du Québec ».
Une main tendue aux anglophones
Cette réaction fait suite à la publication d’une lettre ouverte de Paul St-Pierre Plamondon dans le National Post, un quotidien canadien de langue anglaise. Selon le député d’Arthabaska-L’Érable, l’objectif derrière cette sortie du chef péquiste était avant tout d’entamer un dialogue avec une partie de la population québécoise qui demeure historiquement beaucoup plus réticente envers le Parti Québécois et le projet souverainiste.
« Au fond, ce que Paul St-Pierre Plamondon a voulu proposer, c’est d’ouvrir un dialogue honnête entre notre formation politique et les Anglo-Québécois », écrit Alex Boissonneault.
The Gazette, principal quotidien anglophone de Montréal, a cependant publié dans les jours suivants des chroniques critiques envers la démarche du chef péquiste. Sans entrer dans le détail des arguments présentés par ces chroniqueurs, Boissonneault estime que leur traitement présente essentiellement la démarche du Parti Québécois comme une opération de communication dont les anglophones devraient se méfier.
Le député accuse notamment certains chroniqueurs de multiplier « les raccourcis intellectuels et les procès d’intention » lorsqu’ils abordent les positions du Parti Québécois sur la minorité anglophone.
« Son objectif est de mettre en doute notre honnêteté. Coup sur coup, il réduit les propositions politiques du Parti Québécois à la volonté de “démanteler le Canada” ou à un mensonge visant à amadouer les Québécois anglophones pour mieux leur enlever des droits », affirme-t-il au sujet d’une chronique publiée par Robert Libman.
Un droit de réplique qui serait refusé
Mais c’est surtout sur la possibilité pour le Parti Québécois de répondre directement dans les pages du quotidien montréalais que Boissonneault insiste. Selon lui, le problème ne réside pas uniquement dans la publication de chroniques défavorables à son parti, ce qui fait évidemment partie du débat politique, mais dans le fait que le PQ n’aurait pas accès à la même tribune pour défendre ses positions.
« Ces chroniques ne seraient pas si graves si le Parti Québécois avait au moins un droit de réplique, ou si The Gazette était prêt à élargir ses horizons en offrant une tribune à des points de vue différents », soutient-il.
Le député affirme que des lettres ouvertes proposées par le Parti Québécois auraient été refusées par le journal. Il donne notamment l’exemple de celle de Paul St-Pierre Plamondon, finalement publiée par le National Post, ainsi que d’une lettre qu’il dit avoir lui-même soumise au quotidien montréalais quelques semaines auparavant.
« J’ai moi-même proposé une lettre ouverte à The Gazette il y a quelques semaines pour m’adresser à la communauté anglophone. Elle aussi a été rejetée », affirme Alex Boissonneault.
Il va plus loin en soulevant la question du financement public accordé aux médias écrits par l’intermédiaire de différents programmes et crédits d’impôt. Selon lui, le fait qu’un média bénéficiant de telles mesures puisse refuser les textes provenant d’une formation politique tout en publiant des chroniques très critiques envers celle-ci soulève une question démocratique.
Un vieux fossé à tenter de combler
La relation entre le Parti Québécois et une partie importante de l’électorat anglophone demeure historiquement difficile. Les débats entourant la souveraineté, la Charte de la langue française et les deux référendums ont laissé des traces profondes dans la politique québécoise. Pour un parti souverainiste, convaincre les anglophones qu’ils auraient toujours une place pleine et entière dans un Québec indépendant constitue donc un exercice particulièrement délicat.
C’est précisément ce terrain que semble vouloir occuper le Parti Québécois avec cette nouvelle offensive auprès des Anglo-Québécois. Alex Boissonneault affirme que son parti entend poursuivre cette démarche malgré les critiques.
« Pour nous, ces actions consistent à tendre la main et à aller à la rencontre des Québécois, qu’ils soient francophones, allophones ou anglophones », écrit-il.
Le député conclut en revenant directement à son accusation initiale : « Dans ce contexte, il nous est permis de croire et de déplorer que The Gazette et certains de ses chroniqueurs participent à un véritable travail de sape des efforts du Parti Québécois pour bâtir des ponts entre les communautés. »
Reste maintenant à voir si cette volonté de rapprochement du Parti Québécois réussira réellement à modifier la perception du parti auprès des électeurs anglophones. Car au-delà des chroniques et des lettres ouvertes, il s’agit probablement de l’un des électorats les plus difficiles à conquérir pour une formation politique dont le principal objectif demeure de faire du Québec un pays.
Sources :
- Publication d’Alex Boissonneault, député d’Arthabaska-L’Érable, sur sa page Facebook.

