SAINT-LAMBERT — À quelques semaines des élections générales du 5 octobre, le Parti libéral du Québec profite de son 44e Congrès-Jeunes pour tenter de parler directement à une génération qui sera appelée à jouer un rôle important dans la prochaine campagne électorale. Réunis les 15 et 16 août au Collège Durocher de Saint-Lambert, les jeunes libéraux discutent de résolutions politiques, rencontrent des candidats et des élus et, surtout, entendent les propositions du chef Charles Milliard. Le congrès se déroule sous le thème « Le Québec qu’on veut ».
Dans une publication Facebook diffusée samedi, Amanda Fakihi, qui se trouve sur place au Congrès-Jeunes, a rapporté une série de six engagements présentés par Charles Milliard et visant directement la jeunesse québécoise. On y retrouve l’entrepreneuriat, l’éducation, la santé mentale, la rémunération des stages, l’aide financière aux études et la place des jeunes dans l’appareil gouvernemental.
Ce ne sont pas nécessairement des propositions spectaculaires prises individuellement. Mais mises ensemble, elles donnent une bonne idée de la direction que Charles Milliard veut donner à son parti en matière de jeunesse : faciliter l’accès à l’entrepreneuriat, revoir certains programmes existants et ramener plusieurs enjeux étudiants directement au centre de l’action gouvernementale.
Utiliser son REER pour se lancer en affaires
La proposition qui risque probablement de retenir le plus l’attention concerne la création d’un régime d’accès aux entreprises, ou RAE. Selon la publication d’Amanda Fakihi, le principe permettrait notamment à une personne d’utiliser une partie de son REER afin de démarrer une entreprise ou d’en reprendre une existante.
L’idée rappelle évidemment le Régime d’accession à la propriété, mieux connu sous le nom de RAP. Ce programme permet actuellement à une personne admissible de retirer jusqu’à 60 000 $ de ses REER pour acheter ou construire une habitation, sans que le retrait soit immédiatement imposable, à condition de respecter les règles du programme et de procéder ensuite aux remboursements prévus.
Le concept d’utiliser le même principe pour l’entrepreneuriat n’est d’ailleurs pas complètement nouveau. Le Regroupement des jeunes chambres de commerce du Québec proposait déjà, il y a plus d’une décennie, un « Régime d’accession à l’entrepreneuriat » permettant de puiser dans un REER pour financer l’acquisition d’une première entreprise, avec remboursement des sommes utilisées sur une période déterminée.
La proposition libérale pourrait être particulièrement intéressante dans un contexte de relève entrepreneuriale, alors que plusieurs propriétaires d’entreprises doivent éventuellement trouver quelqu’un pour reprendre leurs activités. Mais plusieurs détails importants restent à connaître : combien pourrait-on retirer? Sur combien d’années faudrait-il rembourser la somme? Le régime serait-il réservé à une première entreprise? Et quelles seraient les conditions pour un démarrage comparativement à une reprise? Ces précisions n’ont pas encore été rendues publiques dans les documents accessibles consultés.
Des états généraux sur l’éducation dans les 100 premiers jours
Charles Milliard veut également remettre l’éducation au centre de l’action gouvernementale. Selon Amanda Fakihi, le chef libéral a réaffirmé que l’éducation devait demeurer « l’ascenseur social par excellence » et s’est engagé à tenir des états généraux sur le système d’éducation durant les 100 premiers jours d’un éventuel gouvernement libéral.
Cette promesse n’arrive pas de nulle part. Le PLQ présente déjà les états généraux sur l’éducation comme l’une de ses principales priorités en matière de services publics et affirme vouloir revoir le système dans son ensemble.
Le parti avait d’ailleurs ajouté des éléments plus précis à cette réflexion lorsqu’il a présenté son plan sur la langue française en juin. Les libéraux proposent notamment que ces états généraux examinent l’enseignement du français, les qualifications des enseignants ainsi que les difficultés particulières rencontrées par les garçons sur le plan de la réussite scolaire.
Pour Milliard, il ne serait donc pas uniquement question de modifier un programme ou d’ajouter quelques mesures ici et là. L’objectif affiché serait plutôt d’ouvrir une réflexion beaucoup plus large sur le fonctionnement du réseau. Reste évidemment à savoir quelle place seraient appelés à prendre les enseignants, les directions, les parents, les étudiants, les syndicats et les différents spécialistes dans cette consultation.
Une commission spéciale sur la santé mentale des jeunes
Autre engagement : mettre sur pied une commission spéciale consacrée à la santé mentale des jeunes.
Le sujet était déjà dans le radar de Charles Milliard avant le Congrès-Jeunes. Il avait publiquement appuyé au printemps l’idée d’une commission spéciale consacrée spécifiquement à cet enjeu.
Une telle commission pourrait permettre à l’Assemblée nationale d’entendre des jeunes, des organismes communautaires, des professionnels de la santé et des spécialistes avant de formuler des recommandations. Il faudra toutefois attendre de connaître la forme exacte proposée par le PLQ, son mandat et l’échéancier envisagé.
Compenser les stages dans le réseau public
Le dossier des stages revient lui aussi dans les engagements annoncés samedi. Charles Milliard propose l’instauration de stages compensés dans le réseau public.
Là encore, la proposition s’inscrit dans une position que les libéraux défendaient déjà à l’Assemblée nationale. En mars dernier, la députée libérale Michelle Setlakwe, porte-parole de l’opposition officielle en matière d’enseignement supérieur, avait dénoncé le fait que le budget québécois ne prévoyait toujours pas la rémunération de l’ensemble des stages obligatoires dans le secteur public. Elle avait même déposé une motion de grief à cet effet.
L’enjeu touche particulièrement plusieurs étudiants qui doivent effectuer des centaines d’heures de stage pour compléter leur formation, notamment dans certains domaines liés à l’éducation, à la santé et aux services sociaux. Pendant cette période, il devient évidemment plus difficile de conserver parallèlement un emploi permettant de payer son logement, son épicerie et ses autres dépenses.
Il restera toutefois à déterminer ce que le PLQ entend exactement par des stages « compensés » : un véritable salaire, une allocation, une bourse ou une formule différente selon le programme. Aucun montant précis n’a été annoncé dans les informations rendues publiques jusqu’à maintenant.
Revoir l’aide financière aux études
Charles Milliard veut aussi revoir le régime d’aide financière aux études afin qu’il corresponde davantage aux « nouvelles réalités » des étudiants québécois.
C’est probablement l’engagement le moins détaillé pour le moment, mais aussi l’un de ceux qui pourraient toucher directement le plus grand nombre de jeunes. Les coûts liés au logement, au transport et à l’alimentation ont changé rapidement au cours des dernières années, et les paramètres servant à déterminer l’aide accordée peuvent avoir une influence considérable sur la capacité d’un étudiant à poursuivre ses études.
Encore ici, plusieurs questions demeurent sans réponse. Le PLQ veut-il augmenter les montants accordés en prêts et bourses? Modifier la contribution parentale présumée? Revoir les seuils de revenus? Adapter le programme aux étudiants qui doivent travailler davantage pendant leurs études? Pour le moment, Charles Milliard annonce surtout son intention de revoir le régime. Les modalités viendront vraisemblablement plus tard dans la campagne.
Pas de ministère de la Jeunesse
Enfin, le chef libéral ferme la porte à une autre formule : la création d’un ministère de la Jeunesse.
Il propose plutôt que les dossiers touchant directement les jeunes relèvent du bureau du premier ministre. Dans l’esprit de cette proposition, la jeunesse ne serait donc pas confinée à un ministère particulier, mais devrait être prise en considération dans l’ensemble des grandes décisions gouvernementales.
C’est aussi une façon de donner une responsabilité politique directe au premier ministre. Une telle structure pourrait toutefois prendre plusieurs formes : secrétariat, conseiller spécial, comité interministériel ou autre mécanisme. Là encore, les détails restent à définir.
Un congrès déjà tourné vers le 5 octobre
Le Congrès-Jeunes se poursuit dimanche. Après une première journée comprenant notamment des ateliers à huis clos, une rencontre avec Charles Milliard, l’étude d’un premier bloc de résolutions politiques et un panel consacré aux coulisses d’une campagne électorale, les militants doivent étudier dimanche matin un deuxième bloc de résolutions avant le dévoilement du nouvel exécutif de la Commission-Jeunesse.
Le message inscrit directement sur l’horaire distribué aux participants ne laisse d’ailleurs pas beaucoup de place à l’interprétation : « Et après? Cap sur la campagne électorale! Le Congrès se termine, la mobilisation commence. »
La Commission-Jeunesse représente une structure particulière au sein du PLQ. Elle regroupe les membres du parti âgés de 16 à 25 ans et détient le tiers des voix au sein de la plus haute instance libérale, ce qui lui donne un poids interne considérable. Son site affirme compter plus de 1 700 membres inscrits et 24 présidences régionales au Québec.
Pas encore de cahier détaillé pour 2026
Nous avons également vérifié les documents rendus disponibles publiquement par la Commission-Jeunesse afin de voir si les propositions présentées samedi avaient été publiées de façon plus détaillée.
Le site de la CJPLQ possède effectivement une section consacrée à un « Cahier de positions », décrit comme un document servant à définir les valeurs et les priorités politiques de l’organisation. Toutefois, le document actuellement offert au téléchargement renvoie à l’édition de 2019. Aucun cahier public de 2026 détaillant les six engagements annoncés par Charles Milliard n’était disponible dans cette section au moment d’écrire ces lignes.
Il faudra donc attendre les prochaines annonces du PLQ pour connaître le coût de ces mesures et, surtout, leurs modalités précises. À moins de deux mois du scrutin, les grandes orientations commencent néanmoins à se dessiner.
Pour Charles Milliard et les jeunes libéraux, le Congrès de Saint-Lambert marque visiblement le passage entre les discussions internes et la véritable campagne électorale.
Sources :
- Publication Facebook d’Amanda Fakihi, depuis le 44e Congrès-Jeunes du Parti libéral du Québec, 15 août 2026.
- Parti libéral du Québec — page officielle du 44e Congrès-Jeunes de la Commission-Jeunesse.
- Commission-Jeunesse du Parti libéral du Québec — présentation de la CJPLQ et programmation de ses activités.
- Commission-Jeunesse du Parti libéral du Québec — section « Documents internes » et Cahier de positions.
- Parti libéral du Québec — priorités politiques de Charles Milliard et plan sur la langue française.
- Assemblée nationale du Québec — Journal des débats du 24 mars 2026, intervention de Michelle Setlakwe sur la rémunération des stages obligatoires dans le secteur public.
- Agence du revenu du Canada — fonctionnement du Régime d’accession à la propriété.
- Regroupement des jeunes chambres de commerce du Québec — archives concernant le Régime d’accession à l’entrepreneuriat.

