Franck Sylvestre : quand l’antiracisme se heurte à la liberté de création

Partagez

SHERBROOKE – Une marionnette, des spectacles annulés et une controverse qui dure depuis maintenant plus de trois ans. Le conteur et marionnettiste Franck Sylvestre sera à Sherbrooke le 15 septembre prochain pour revenir sur son histoire, à l’occasion de la Journée internationale de la démocratie.

La Société nationale de l’Estrie organise la rencontre Le droit de raconter – Dialogue avec Franck Sylvestre, qui se déroulera de 19 h à 21 h au Centre culturel Le Parvis, situé au 987, rue du Conseil. La discussion sera animée par Vania Larose.

Le choix de la date n’est pas anodin. Le 15 septembre est officiellement reconnu par les Nations Unies comme la Journée internationale de la démocratie, une journée qui vise notamment à rappeler l’importance des droits fondamentaux et de la liberté d’expression dans une société démocratique.

Une marionnette à son image

Au cœur de l’histoire se trouve Max, une marionnette noire aux traits volontairement caricaturaux utilisée par Franck Sylvestre dans son spectacle jeunesse L’incroyable secret de Barbe Noire.

En 2023, la marionnette avait soulevé la controverse dans l’ouest de Montréal. Des organismes avaient estimé que son apparence rappelait certaines représentations racistes historiques des personnes noires et l’avaient notamment associée au blackface.

Il y a toutefois un élément difficile à évacuer dans ce débat : la marionnette représente Franck Sylvestre lui-même.

L’artiste, d’origine martiniquaise, avait choisi de caricaturer ses propres traits. Des documents du ministère de la Culture et des Communications produits au moment de la controverse confirment que Sylvestre est lui-même un artiste noir d’origine martiniquaise et que la Ville de Beaconsfield avait annulé une représentation de son spectacle, tandis que Pointe-Claire avait choisi de maintenir la sienne. Le ministère indiquait également que la pièce existait depuis plusieurs années avant que la controverse n’éclate.

La question dépasse donc rapidement la simple apparence d’une marionnette : jusqu’où peut-on interpréter l’œuvre d’un artiste à sa place, particulièrement lorsque celui-ci utilise sa propre apparence comme matière première?

Une controverse qui a eu des conséquences

Pour Franck Sylvestre, le débat n’est pas demeuré théorique.

Droits collectifs Québec soutient que la controverse a entraîné l’annulation de plusieurs représentations et porté atteinte à la réputation de l’artiste ainsi qu’à sa capacité de vivre de son travail. L’organisme québécois à but non lucratif, fondé en 2019, lui apporte depuis un soutien dans ses démarches.

En septembre 2023, Sylvestre a notamment mis en demeure Alain Babineau, alors associé à la Coalition rouge, lui demandant de cesser de tenir certains propos qu’il estimait diffamatoires et de se rétracter. Des procédures judiciaires ont ensuite été entreprises. Il importe ici de rappeler que les accusations formulées dans une poursuite demeurent des allégations tant qu’elles n’ont pas été tranchées par un tribunal.

Droits collectifs Québec a depuis fait du dossier Sylvestre un enjeu plus large de liberté d’expression. En octobre 2024, l’organisme lançait même une « tournée de la liberté d’expression » autour de cette affaire, estimant que l’artiste avait été victime de censure à la suite de la controverse.

Un artiste reconnu bien avant la controverse

L’affaire a parfois éclipsé le parcours de Franck Sylvestre lui-même.

Après des études en théâtre à Paris et en création littéraire à l’UQAM, il s’est consacré au conte et aux arts de la scène. Il œuvre notamment auprès des jeunes depuis le début des années 1990 et figure toujours au Répertoire culture-éducation du ministère de la Culture et des Communications.

Son livre-disque L’incroyable secret de Barbe Noire, publié en 2016, a remporté en France le prix La Plume de Paon du livre-disque en 2017. Le gouvernement du Québec souligne également qu’il a participé à différents jurys artistiques et que ses créations ont obtenu le soutien de plusieurs conseils des arts.

Son spectacle n’est donc pas apparu soudainement au moment de la controverse de 2023. Selon les documents gouvernementaux produits à l’époque, l’œuvre existait déjà depuis de nombreuses années et avait notamment été présentée dans le cadre d’une tournée soutenue par le Conseil des arts de Montréal.

Qui décide de ce qu’un artiste peut représenter?

L’histoire de Franck Sylvestre pose finalement une question qui dépasse son propre cas.

Une œuvre doit-elle être évaluée en fonction de son contexte, du récit et de l’intention de son auteur? Ou certaines représentations devraient-elles être retirées dès lors qu’une partie du public les considère blessantes?

La controverse devient particulièrement complexe lorsqu’un artiste issu du groupe qui serait supposément caricaturé revendique lui-même cette représentation.

On peut bien sûr critiquer une œuvre. La liberté artistique n’implique pas que le public doive aimer ce qu’un artiste présente. Mais l’annulation d’un spectacle est une autre question. Elle touche directement à la possibilité pour un créateur de montrer son travail et au droit du public de se faire sa propre opinion.

C’est précisément ce qui rend la présence de Sylvestre pertinente lors de la Journée internationale de la démocratie. L’ONU rappelle elle-même que la liberté d’opinion et d’expression constitue un droit humain fondamental.

À Sherbrooke, le public pourra cette fois entendre directement celui qui se trouve au centre de l’affaire plutôt que de juger son spectacle à partir d’une photographie devenue virale.

Comment assister à la rencontre?

Le droit de raconter – Dialogue avec Franck Sylvestre aura lieu le mardi 15 septembre 2026, de 19 h à 21 h, au Centre culturel Le Parvis, au 987, rue du Conseil à Sherbrooke. L’adresse est également confirmée par le Centre culturel.

Le tarif est de 5 $ en admission générale. Les places ne sont pas assignées et fonctionnent selon le principe du premier arrivé, premier servi.

Les réservations se font en ligne sur la plateforme Zeffy, par l’intermédiaire de la billetterie de la Société nationale de l’Estrie. Réserver pour « Le droit de raconter »

Sources

  • Société nationale de l’Estrie – billetterie officielle de Le droit de raconter – Dialogue avec Franck Sylvestre.
  • Droits collectifs Québec – dossier Franck Sylvestre, communiqués et recours judiciaires.
  • Ministère de la Culture et des Communications du Québec – documents relatifs à la controverse entourant L’incroyable secret de Barbe Noire.
  • Répertoire culture-éducation du gouvernement du Québec – parcours professionnel de Franck Sylvestre.
  • Centre culturel Le Parvis – coordonnées officielles.
  • Organisation des Nations Unies – Journée internationale de la démocratie et liberté d’expression.

Nouvelles

Actualités