SHERBROOKE – La Coalition avenir Québec, désormais rebaptisée sous le nom d’Équipe Christine Fréchette, semble jusqu’à présent profiter des tensions commerciales entre le Canada et les États-Unis. Un récent sondage Synopsis Recherche a confirmé la tendance : l’ancien parti de François Legault, au pouvoir depuis deux mandats, talonne désormais le favori de la course, soit Paul St-Pierre Plamondon du Parti Québécois.
Le retour de « l’effet Carney » ?
Vous vous en souvenez peut-être : lorsque Justin Trudeau était encore premier ministre, des ministres et députés ont fait une mutinerie pour l’inciter à partir. Si Trudeau était resté au pouvoir, il aurait pu s’agir de l’une des pires défaites électorales de l’histoire canadienne. Malgré le départ de certains ministres, qui ont choisi de ne pas se présenter, les libéraux ont eu une carte inespérée à jouer : le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche.
Ainsi, les médias ont mis de l’avant un certain Mark Carney, un pur produit de la mondialisation néolibérale, banquier d’affaires, ancien gouverneur de la Banque du Canada et de la Banque d’Angleterre, et détenteur de passeports canadien, britannique et irlandais. Cet homme, jadis technocrate méconnu, est devenu en quelques semaines le sauveur d’un Canada en crise face aux velléités expansionnistes de Donald Trump.
Même s’il n’obtiendra pas sa majorité dès le départ (qu’il aura par la suite), il aura sauvé le Parti libéral de l’effondrement en capitalisant sur la menace réelle ou supposée de Donald Trump. Et nous connaissons la suite.
Christine Fréchette, l’autre Carney ?
Christine Fréchette souffre depuis son accession au pouvoir d’un déficit de légitimité. En effet, celle-ci sera désignée cheffe du parti au pouvoir par les membres. Ce qui fait qu’une vaste majorité de la population n’a pas eu l’occasion de voter pour elle. Ce qui ne l’empêchera pas de signer une entente avec Terre-Neuve concernant l’hydroélectricité du Labrador. Une entente contraignante qui nous suivra pendant des décennies.
Mais c’est surtout la présence de Mark Carney dans le paysage qui intrigue. Que faisait-il à Terre-Neuve avec la première ministre désignée ? On connaît bien les différentes magouilles des fédéraux à l’égard d’Hydro-Québec, qui, historiquement, n’ont jamais donné un sou aux Québécois pour leur électricité, et ont tenté de détourner, ou même de financer des opposants, en vue de possibles ententes pour vendre l’électricité du Québec à d’autres juridictions.
Se peut-il que les libéraux fédéraux misent avant tout sur Christine Fréchette pour nuire à Paul St-Pierre Plamondon ? Oui, cela fait partie des possibilités. Ils savent que Charles Milliard est un leader faible, peu charismatique, et qu’il a du pain sur la planche pour tenter de reconquérir l’électorat francophone des régions.
Un sondage qui en dit long sur l’humeur des Québécois
Même si François Legault est passé du statut de premier ministre le plus populaire du Canada au plus impopulaire, il semblerait que l’on ait enterré la Coalition avenir Québec un peu trop vite. Donald Trump s’est invité durant la campagne électorale, en raison des tarifs qu’il souhaite imposer au Canada.
Déjà, des usines un peu partout au Québec menacent de fermer. Ou certaines ont déjà mis la clé sous la porte. Les Québécois semblent réagir encore une fois d’une manière très prévisible : redonner ses chances à un gouvernement certes impopulaire, mais qui semble garant d’une stabilité que l’on aurait moins avec un nouveau gouvernement.
Christine Fréchette, grâce à l’aide du premier ministre canadien Mark Carney, a maintenant toutes les chances de provoquer la surprise et de remporter ses élections. Même s’il est probable, pour le moment, qu’elle dirige un gouvernement minoritaire. La campagne ne se jouera plus entre le Parti Québécois et le Parti libéral, mais entre les forces souverainistes et le « rebranding » de l’ancienne coalition de François Legault.
Préparez-vous, parce que ça va chauffer.
Note éditoriale: Ce texte est une chronique d’opinion. Les propos et analyses présentés sont ceux de l’auteur et n’engagent pas le Journal de Sherbrooke.

