Aide médicale à mourir : le Québec est-il en train de devenir la capitale mondiale ?

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Avec 7,9 % des décès survenus dans ce contexte — soit environ un décès sur treize — le Québec affiche aujourd’hui le taux le plus élevé au monde en matière de recours à l’aide médicale à mourir. Bien que la cause officielle inscrite sur les certificats de décès demeure la maladie sous-jacente, l’ampleur du phénomène en fait désormais l’un des modes de décès les plus fréquents au pays. Une réalité qui soulève de nombreuses questions sur l’évolution de la fin de vie dans la province.

Chaque année, des milliers de Canadiens ont recours à l’aide médicale à mourir pour mettre fin à leurs souffrances. Mais au Québec, la pratique atteint aujourd’hui une ampleur particulièrement marquée. Selon les données les plus récentes, 6 268 personnes ont reçu l’aide médicale à mourir entre le 1er avril 2024 et le 31 mars 2025, représentant 7,9 % de l’ensemble des décès dans la province.

Concrètement, cela signifie qu’environ un décès sur treize au Québec survient désormais dans le cadre de l’aide médicale à mourir.

Pour avoir personnellement accompagné quelques personnes dans ce processus, une chose devient rapidement évidente : la réalité de l’aide médicale à mourir est souvent bien plus complexe que les débats publics ne le laissent croire. Derrière les statistiques et les lois se trouvent des histoires profondément humaines. Et parfois, malgré toute la gravité de ces moments, quelque chose de profondément humain — et même beau — réside dans la possibilité pour une personne de dire au revoir à ses proches et de quitter ce monde selon ses propres termes.

Depuis sa légalisation au Canada en 2016, l’aide médicale à mourir s’est progressivement imposée comme un élément important du système de soins de fin de vie. En moins d’une décennie, le nombre de cas a augmenté de façon significative, transformant profondément le débat éthique, médical et social entourant la mort assistée.

Une croissance rapide au Canada

Selon le plus récent rapport annuel publié par Santé Canada, 16 499 Canadiens ont reçu l’aide médicale à mourir en 2024, soit 5,1 % de tous les décès au pays. Depuis l’adoption de la loi fédérale en 2016, plus de 76 000 personnes ont eu recours à cette procédure.

L’âge médian des personnes ayant reçu l’aide médicale à mourir au Canada est de 77,9 ans, et la majorité des demandes concernent des personnes atteintes de maladies graves ou incurables.

Le cancer demeure la condition médicale la plus fréquemment associée aux demandes, suivi notamment par certaines maladies neurologiques, pulmonaires ou cardiovasculaires.

Le Québec au cœur du phénomène

Si la pratique progresse partout au Canada, le Québec se distingue particulièrement. Selon la Commission sur les soins de fin de vie, 6 268 Québécois ont reçu l’aide médicale à mourir entre avril 2024 et mars 2025, ce qui représente 7,9 % de l’ensemble des décès dans la province.

Les données indiquent également que :

  • 75 % des personnes ayant reçu l’aide médicale à mourir avaient 70 ans ou plus
  • l’âge moyen était de 76 ans
  • 53 % étaient des hommes et 47 % des femmes

En comparaison, certaines juridictions où la pratique est légale depuis plus longtemps présentent des proportions plus faibles :

  • Pays-Bas : environ 5,8 % des décès
  • Belgique : environ 3,1 % des décès

Ces chiffres placent le Québec parmi les juridictions où l’aide médicale à mourir est la plus fréquente au monde.

Qui sont les personnes qui demandent l’aide médicale à mourir ?

Environ 45 % des patients étaient mariés ou en union, tandis qu’environ 30 % étaient veufs, ce qui indique que plusieurs bénéficient encore d’un réseau familial. La répartition entre les sexes demeure relativement équilibrée, avec environ 53 % d’hommes et 47 % de femmes.

Sur le plan médical, les diagnostics les plus fréquemment associés aux demandes demeurent les cancers (environ 58 % des cas), suivis par les maladies neurologiques (10 %), les maladies pulmonaires (8 %), les maladies cardiaques (7 %), ainsi que diverses autres affections chroniques ou dégénératives touchant notamment les systèmes rénal, métabolique ou multisystémique.

Les motivations exprimées par les patients

Les données recueillies dans les rapports officiels montrent que les motivations évoquées par les patients dépassent souvent la seule douleur physique.

Parmi les facteurs les plus fréquemment mentionnés :

  • la perte de capacité à accomplir des activités significatives (86,3 %)
  • la perte d’autonomie (83,4 %)
  • la perte de dignité perçue (57,6 %)
  • la crainte de devenir un fardeau pour les proches (35,7 %).

Ces éléments illustrent que la souffrance associée aux demandes d’aide médicale à mourir est souvent complexe et multidimensionnelle, mêlant dimensions physiques, psychologiques et existentielles.

Pour les médecins et les infirmières praticiennes qui participent à l’aide médicale à mourir, la procédure demeure l’un des actes les plus délicats de leur pratique. Plusieurs professionnels de la santé expliquent que ces interventions s’inscrivent généralement dans un long processus d’accompagnement, souvent après des mois — parfois des années — de traitements, de perte progressive d’autonomie et de discussions avec les patients et leurs proches. Même lorsque toutes les conditions légales sont respectées, plusieurs reconnaissent que ces moments exigent prudence, réflexion et un important soutien entre collègues.

Une recherche d’envergure pour mieux comprendre le phénomène

Parallèlement aux débats publics et aux données statistiques, la croissance du recours à l’aide médicale à mourir fait également l’objet d’un important programme de recherche au Québec. Un projet financé par le Fonds de recherche du Québec vise actuellement à mieux comprendre les facteurs qui expliquent l’évolution de cette pratique dans la province. Mené par le Consortium interdisciplinaire de recherche sur l’aide médicale à mourir (CIRAMM), ce projet rassemble plus de 75 chercheurs, cliniciens, étudiants et partenaires communautaires provenant de plusieurs universités et organisations du réseau de la santé. L’étude, qui bénéficie d’un financement d’environ un million de dollars sur trois ans, s’appuie sur une approche multidisciplinaire combinant une synthèse des recherches internationales, des entrevues avec des patients, leurs proches et des professionnels de la santé, une enquête populationnelle ainsi que des groupes de discussion.

L’objectif est de mieux comprendre les caractéristiques des personnes qui demandent l’aide médicale à mourir, les différences observées entre les régions du Québec et les facteurs sociaux, médicaux et organisationnels pouvant influencer le recours à cette pratique. Les chercheurs souhaitent également comparer la situation québécoise avec celle d’autres juridictions où l’aide à mourir est légale, comme les Pays-Bas, la Belgique, la Suisse, l’Oregon et la Californie.

Parmi les responsables de cette initiative figure Catherine Perron, professeure à l’École de travail social de l’Université de Sherbrooke, ce qui confère à cette recherche une dimension particulièrement pertinente pour l’Estrie

La question sensible de la santé mentale

La dimension psychologique soulève également un débat important au Canada.
L’élargissement éventuel de l’aide médicale à mourir aux personnes dont la seule condition médicale serait une maladie mentale a suscité d’importantes discussions au pays. Initialement prévue pour 2023, cette modification législative a été reportée à plusieurs reprises et demeure actuellement prévue pour mars 2027.

Plusieurs experts soulignent les défis liés à l’évaluation de la capacité décisionnelle dans certains troubles psychiatriques, ainsi que l’évolution parfois imprévisible de certaines maladies mentales.

D’autres estiment toutefois que les personnes souffrant de troubles mentaux graves peuvent elles aussi vivre des souffrances jugées intolérables et que la question mérite une réflexion nuancée.

Un débat sociétal qui se poursuit

Au-delà des statistiques et des débats juridiques, l’aide médicale à mourir demeure avant tout une question profondément humaine.

Chaque situation implique une personne, une famille et une équipe médicale confrontées à des décisions souvent difficiles dans les derniers moments de la vie.

Une chose est certaine : derrière chaque décision d’aide médicale à mourir ne se trouve pas seulement une loi ou un protocole médical, mais une histoire profondément humaine — celle d’une personne, d’une famille et d’une équipe soignante confrontées aux derniers chapitres de la vie. À mesure que cette pratique continue de prendre de l’ampleur au Québec, elle soulève aussi des questions fondamentales sur la souffrance, l’autonomie, les soins et la manière dont une société choisit d’accompagner ses citoyens dans leurs derniers instants.

Rectificatif : Une version précédente de cet article indiquait que l’aide médicale à mourir constituait la cause du décès. En réalité, sur les certificats de décès au Québec, la cause officielle demeure la maladie sous-jacente, tandis que l’aide médicale à mourir est considérée comme le mécanisme ayant mené au décès. Nous remercions un lecteur d’avoir porté cette nuance importante à notre attention.

Sources:

  • Santé Canada — Sixième rapport annuel sur l’aide médicale à mourir au Canada (2024)
  • Commission sur les soins de fin de vie — Rapport annuel 2024-2025
    https://csfv.gouv.qc.ca
  • Institut canadien d’information sur la santé — Statistiques nationales sur les décès et les soins de fin de vie
    https://www.cihi.ca
  • Regional Euthanasia Review Committees — Annual Report on Euthanasia in the Netherlands
    https://www.euthanasiecommissie.nl
  • Commission fédérale de contrôle et d’évaluation de l’euthanasie — Rapport sur l’euthanasie en Belgique

    Parlement du Canada — Évolution législative de l’aide médicale à mourir au Canada

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