WASHINGTON — Donald Trump a lancé un avertissement sans équivoque aux écoles publiques américaines lundi. Celles qui disent à un enfant qu’il est « prisonnier du mauvais corps » commettent, selon lui, une forme de maltraitance envers les mineurs.
Le président américain a fait cette déclaration le 24 août, à la Maison-Blanche, lors d’un événement consacré à la rentrée scolaire.
« Toutes les écoles publiques d’Amérique sont désormais averties. Si elles disent à un enfant qu’il est prisonnier du mauvais corps, elles commettent de la maltraitance envers un enfant », a-t-il déclaré.
La sortie a rapidement circulé sur les réseaux sociaux. La transcription de l’allocution confirme que Trump a bel et bien tenu ces propos.
Elle s’inscrit surtout dans une bataille politique déjà bien engagée aux États-Unis.
Une question de droits parentaux pour Trump
Depuis son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump fait de la place des parents dans les décisions concernant leurs enfants l’un des principaux arguments de son offensive contre les politiques liées à l’identité de genre dans les écoles.
Son administration s’oppose notamment aux politiques permettant à un élève d’utiliser à l’école un prénom, des pronoms ou une identité de genre différents sans que ses parents en soient nécessairement informés.
Pour Trump, la ligne est claire. L’école ne devrait pas prendre ce genre de décision à l’insu de la famille.
Cette position avait déjà été mise de l’avant au début de son mandat. En janvier 2025, le président avait signé un décret visant ce que la Maison-Blanche qualifiait d’« endoctrinement radical » dans les écoles primaires et secondaires américaines. L’identité de genre faisait explicitement partie des sujets visés.
Mais le ton employé cette semaine va plus loin. En utilisant les termes « child abuse », ou maltraitance envers un enfant, Trump ne parle plus seulement de désaccord idéologique ou de politique scolaire.
Washington avait déjà commencé à intervenir
L’avertissement du président arrive alors que son administration a déjà commencé à intervenir auprès de certains districts scolaires.
Le 27 juillet, le département américain de l’Éducation annonçait des mesures concernant des districts du Maryland et du Michigan. Le gouvernement leur reproche notamment des politiques permettant de ne pas divulguer automatiquement aux parents certaines informations concernant l’identité de genre de leur enfant.
L’administration invoque entre autres la Family Educational Rights and Privacy Act (FERPA), une loi fédérale qui accorde aux parents certains droits d’accès aux dossiers scolaires de leurs enfants.
Le discours de Trump n’arrive donc pas dans le vide. Une partie de l’appareil fédéral travaille déjà sur cette question.
Washington possède également un levier important, celui du financement. Le gouvernement fédéral verse chaque année des milliards de dollars aux systèmes scolaires américains. Dans certains dossiers, la menace de perdre du financement peut donc peser lourd, même si l’éducation demeure largement administrée par les États et les autorités locales.
Une portée juridique à nuancer
Il reste cependant une distinction importante.
Le fait que le président qualifie une pratique de « child abuse » ne signifie pas que celle-ci devient automatiquement une infraction criminelle partout au pays.
Les lois entourant la protection de la jeunesse et la maltraitance varient d’un État à l’autre. Les pouvoirs du gouvernement fédéral en matière d’éducation ont également leurs limites et plusieurs politiques de l’administration Trump font régulièrement l’objet de contestations devant les tribunaux.
La déclaration est donc politiquement très forte, mais sa portée juridique devra être évaluée selon les mesures concrètes qui suivront.
Un débat qui dépasse les lignes partisanes
Derrière cette bataille se trouvent deux conceptions difficiles à réconcilier.
Plusieurs parents considèrent qu’ils doivent être informés si leur enfant demande à être identifié différemment à l’école, indépendamment de leurs allégeances politiques. Pour eux, une institution publique ne devrait pas pouvoir conserver une telle information sans en aviser la famille, puisqu’elle touche directement au rôle et à l’autorité des parents.
À l’opposé, les défenseurs des jeunes transgenres soutiennent qu’une obligation systématique d’informer les parents pourrait placer certains élèves dans une situation difficile, particulièrement ceux qui craignent d’être rejetés ou maltraités à la maison. Ils estiment que l’école doit parfois pouvoir offrir à ces jeunes un espace confidentiel et sécuritaire.
C’est précisément là que le débat américain se retrouve aujourd’hui. D’un côté se trouve le droit revendiqué des parents d’être informés de ce qui concerne leur enfant. De l’autre se trouve celui revendiqué par certains adolescents à une certaine confidentialité concernant leur identité.
La question dépasse donc largement les seules divisions entre républicains et démocrates. Elle touche à une interrogation beaucoup plus fondamentale sur la limite entre l’autorité parentale, le rôle de l’école et l’autonomie que l’on reconnaît aux mineurs.
Une nouvelle étape dans l’offensive de Trump
Les questions liées à l’identité de genre occupent une place considérable dans la politique américaine depuis quelques années. La participation des athlètes transgenres aux compétitions féminines, l’accès aux traitements médicaux pour les mineurs, les toilettes, les documents officiels et les politiques scolaires font désormais l’objet de batailles politiques et judiciaires à travers le pays.
Trump en avait fait un enjeu important de sa campagne. Son administration tente maintenant de traduire ces engagements en politiques fédérales.
La déclaration prononcée lundi permet au moins de comprendre jusqu’où le président souhaite pousser cette bataille.
Pour Donald Trump, les écoles publiques américaines ont maintenant été « averties ».
Il reste maintenant à voir ce que cet avertissement entraînera concrètement dans les salles de classe et, fort probablement, devant les tribunaux.

