ROUYN-NORANDA – C’est le 24 août 1991 que l’Ukraine proclame son indépendance de l’URSS. Quelques mois plus tard, lors du référendum du 1er décembre, plus de 90 % des Ukrainiens voteront pour confirmer cette indépendance et se séparer définitivement de la tutelle de Moscou. Un scénario inimaginable quelques années auparavant, lorsque le Kremlin gardait son autorité sur les différents peuples composant son empire continental. Qu’est-ce que l’indépendance de l’Ukraine a à nous apprendre, à nous Québécois ? En fait, beaucoup de choses.
L’Ukraine était la deuxième république soviétique en importance au sein de l’URSS — l’Union des républiques socialistes soviétiques — en matière de population, d’économie et d’industrie. Quelques années auparavant, la catastrophe de Tchernobyl était survenue en territoire ukrainien. Ajoutées à cela, les réformes économiques trop tardives venant de Moscou, la crise économique qui ne faisait qu’empirer et la chute du mur de Berlin en Allemagne créeront les conditions permettant aux Ukrainiens de s’émanciper du « grand frère » russe.
L’autorité de Moscou était mise à mal. Ça allait si mal, avec en plus les réformes économiques et politiques promises par Mikhaïl Gorbatchev, que le pouvoir soviétique n’avait plus les moyens — ni encore la légitimité — de réprimer les aspirations profondes des différents peuples de l’empire. Ainsi, plusieurs républiques soviétiques s’émanciperont, notamment par le biais de référendums. Plusieurs obtiendront des résultats extrêmement élevés en faveur de l’indépendance.
En Ukraine, même les Russes du pays voteront majoritairement pour le oui. Tout devait se régler, et pourtant.
Une leçon pour le Québec
Le Québec n’a certes jamais connu un régime comparable à celui de l’Union soviétique. Nous avons eu nos moments difficiles et c’est aujourd’hui pour des raisons économiques, politiques, culturelles et nationales que certains veulent l’indépendance. Par contre, qu’est-ce que cela dit de nous lorsqu’un référendum est perdu avec 49 % pour le oui ?
Pourtant, le Québec était infiniment plus riche que l’Ukraine, avec des industries de pointe et une culture vibrante. Alors que l’Ukraine se remettait de décennies de mauvaises politiques économiques et de répression culturelle, les Ukrainiens ont tenu bon, contre vents et marées.
Malgré les tentatives répétées de Moscou d’influencer la vie politique du pays, les Ukrainiens ont tenu bon dans leur volonté d’affirmer leur souveraineté démocratique. On se souvient de la révolution orange de 2004-2005, ainsi que des événements de la place Maïdan en 2013-2014. Mais c’est en 2022 que l’Ukraine subira la plus grande des épreuves : l’invasion militaire russe.
Une guerre devenue un exemple de courage collectif
L’Ukraine a tenu bon face à ce qui était considéré comme la deuxième — ou la troisième — armée la plus puissante du monde. Les Russes avaient l’expérience du combat : en Afghanistan, en Tchétchénie, en Syrie. Les Ukrainiens étaient condamnés à devoir se rendre au bout de quelques jours. Du moins, c’était le point de vue de plusieurs dirigeants et observateurs.
Pourtant, l’Ukraine a fait mentir le monde entier. Elle est toujours là, debout, plus de quatre ans et demi après le début de l’invasion à grande échelle. Le sentiment national en est ressorti renforcé : apprentissage de l’ukrainien plutôt que du russe, même chez certains Ukrainiens russophones, mise en valeur des poètes et des auteurs nationaux, tels que Taras Chevtchenko.
L’Ukraine est paradoxalement sortie grandie de ce conflit. Même si les pertes sont importantes, elle a compris que sa culture valait la peine d’être défendue. Une leçon de courage pour nous, Québécois, alors que nous devons aujourd’hui affronter une épreuve d’une tout autre nature : un conflit commercial avec les États-Unis de Donald Trump.
L’expérience ukrainienne rappelle surtout une chose : l’incertitude économique n’empêche pas nécessairement un peuple de choisir son indépendance lorsqu’une conscience nationale est suffisamment forte. En 1991, l’Ukraine n’était ni riche ni stable. Elle sortait d’un système économique défaillant et devait pratiquement reconstruire ses institutions. Cela n’a pourtant pas empêché une immense majorité de sa population de choisir la souveraineté.
À une époque où le Québec voit remise en question sa légitimité à légiférer sur la langue et la culture, l’Ukraine demeure un exemple de résilience nationale et de volonté collective.
Bonne fête de l’indépendance aux Ukrainiens d’ici et d’ailleurs.
Note éditoriale: Ce texte est une chronique d’opinion. Les propos et analyses présentés sont ceux de l’auteur et n’engagent pas le Journal de Sherbrooke.

