Christine Fréchette peut-elle créer un effet Carney au Québec ?

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SHERBROOKE — Dans ce nouveau cycle de la guerre commerciale face aux États-Unis, Christine Fréchette vient de donner le ton de la campagne électorale à venir, qui sera vraisemblablement déclenchée la semaine prochaine. C’est soit moi, la stabilité, l’expérience, la continuité, soit l’incertitude, représentée par les autres partis. Faut-il donner la première ministre pour déjà vaincue ? Pas si sûr. Même si elle aura du pain sur la planche.

Les négociations sont rompues

Le torchon brûle entre Ottawa et Washington. Les discussions sont rompues, pour le moment. L’équipe « elbows up », des coudes levés, prépare sa riposte face aux tarifs imposés par l’administration Trump. On a vu circuler sur les réseaux sociaux des images de Christine Fréchette au téléphone avec le premier ministre fédéral Mark Carney.

On sent que l’on est à la remorque d’Ottawa et que tout le monde négocie chacun de son côté. C’est le cas notamment de Doug Ford et de Danielle Smith. Christine Fréchette, quant à elle, veut se donner l’image de la concertation, du travail d’équipe avec les libéraux à Ottawa. D’où peut-être son argument pour la campagne électorale annoncée.

Une première ministre désignée, qui souhaite se faire élire

Christine Fréchette joue gros. Elle n’a pas été élue par la population au poste de cheffe du gouvernement. Ce sont les membres de son parti qui l’ont désignée à la suite d’un vote. Elle doit prouver que la Coalition avenir Québec, fondée par Charles Sirois et François Legault, peut survivre à la figure paternelle de l’ancien premier ministre.

Une coalition qui n’a de coalition que le nom, puisqu’une bonne partie des députés actuels ne souhaitent pas se représenter et où les éléments les plus nationalistes s’y font de plus en plus rares.

Paul St-Pierre Plamondon a réussi son pari de remettre le Parti Québécois sur les rails. Pour un affrontement final avec Ottawa sur l’avenir du Québec. Mais Donald Trump a eu (malgré lui) d’autres plans pour celui qu’on surnomme PSPP.

Un effet Mark Carney 2.0 ?

Les gants ont été jetés, et la première ministre souhaite imposer la cohésion comme sujet central de la prochaine campagne électorale. Elle dit représenter la continuité, l’expérience. Alors qu’à la base, la question de l’indépendance aurait dû être centrale, de même que d’autres enjeux comme le logement, l’itinérance ou l’immigration.

Mais un certain président au sud de la frontière a d’autres plans pour les Québécois. Se pourrait-il que Christine Fréchette répète le même exploit que Mark Carney ? Ce n’est pas impossible.

Si on se souvient bien, Justin Trudeau était, vers la fin, particulièrement impopulaire. Au point où des membres de son cabinet ont opéré une véritable mutinerie pour le forcer à démissionner. Ce qui arriva. La débandade était totale pour les libéraux. Puis, un miracle survint.

La réélection de Donald Trump à la Maison-Blanche a incité les Canadiens à donner un nouveau gouvernement à un banquier international, peu connu jusqu’à présent : Mark Carney. L’ancien gouverneur de la Banque du Canada et de la Banque d’Angleterre s’est fait élire sur la promesse qu’il riposterait aux provocations de Donald Trump.

Même si les résultats ne sont pas là, Carney a quand même une cote de popularité qui demeure élevée. Il est possible que Christine Fréchette sauve les meubles avec sa coalition. Peut-être pas obtenir un gouvernement aussi fort qu’avant, car les nombreux départs de son caucus le fragilisent. Mais elle peut probablement miser sur un moyen très commode en politique pour s’imposer : la peur.

Les humains réagissent drôlement lorsqu’ils ont peur. Même si cela signifie donner une nouvelle chance, en l’occurrence la troisième, à un gouvernement qu’ils ont détesté.

Les pronostics sont ouverts. Christine Fréchette sera-t-elle réélue et dirigera-t-elle le prochain gouvernement ? Ou celui-ci est-il trop entaché par ses nombreuses controverses ? Rien n’est écrit. Les libéraux l’ont prouvé en éjectant Justin Trudeau. On le saura en octobre prochain.

Note éditoriale: Ce texte est une chronique d’opinion. Les propos et analyses présentés sont ceux de l’auteur et n’engagent pas le Journal de Sherbrooke.

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