Selon Mathieu Bock-Côté, la CAQ veut faire de Trump son principal argument électoral

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SHERBROOKE – À une semaine du déclenchement attendu de la campagne électorale québécoise, Mathieu Bock-Côté accuse la Coalition avenir Québec et sa cheffe, Christine Fréchette, de vouloir transformer la crise commerciale avec les États-Unis en principal thème de campagne afin de faire oublier le bilan du gouvernement.

Dans une longue publication diffusée samedi sur Facebook, le sociologue et chroniqueur québécois estime que la CAQ tente de créer un « consensus obligatoire » autour de la réponse québécoise aux menaces commerciales de Washington.

Selon lui, toute critique de la stratégie gouvernementale risquerait désormais d’être présentée comme un manque de solidarité envers le Québec dans une période difficile.

« On pouvait s’y attendre, et c’est exactement ce qui est en train de se passer », écrit-il, accusant directement la CAQ d’« instrumentaliser la crise commerciale pour en faire la trame de fond de sa stratégie électorale ».

Une véritable crise commerciale en toile de fond

Le contexte économique est cependant bien réel.

Vendredi soir, le premier ministre canadien Mark Carney a annoncé la suspension des négociations commerciales avec Washington après des modifications de dernière minute aux demandes américaines qu’Ottawa considère comme inacceptables.

Les États-Unis doivent imposer des droits de douane de 50 % sur environ 28 milliards de dollars de produits canadiens. Le gouvernement fédéral a annoncé qu’il répliquerait avec des tarifs équivalents sur des produits américains.

Mark Carney a également rencontré samedi les premiers ministres des provinces et territoires. Ottawa continue de défendre une approche dite « Équipe Canada », demandant aux différents gouvernements de demeurer unis devant Washington.

La critique de Mathieu Bock-Côté ne consiste donc pas à nier l’existence de la crise. Il remet plutôt en question l’utilisation politique qui pourrait en être faite par le gouvernement québécois à quelques jours d’une campagne électorale.

Les élections générales québécoises sont prévues le 5 octobre. Selon Élections Québec, la campagne devrait officiellement commencer le 29 août. Elle mènera à l’élection de 127 députés.

PSPP transformé en « monsieur fâché »?

Mathieu Bock-Côté estime également que Paul St-Pierre Plamondon devient l’une des premières cibles de cette stratégie.

Le chef du Parti Québécois critique depuis plusieurs jours la façon dont le gouvernement Fréchette se positionne face à Ottawa et à la crise commerciale.

Pour Bock-Côté, plutôt que de répondre sur le fond aux critiques du chef péquiste, ses adversaires chercheraient à le présenter comme un homme perpétuellement mécontent.

« Ainsi, simplement parce qu’il a osé dénoncer cette instrumentalisation de la crise, on présente PSPP comme un monsieur fâché fâché », écrit-il.

Le ton donne une bonne idée de sa lecture de la campagne qui s’en vient : d’un côté, Christine Fréchette chercherait à apparaître comme la dirigeante responsable capable de protéger les intérêts économiques du Québec; de l’autre, ses adversaires risqueraient d’être dépeints comme ceux qui brisent volontairement l’unité devant Donald Trump.

La tension entre le PQ et la CAQ n’a d’ailleurs pas commencé avec les événements des derniers jours. Au début du mois d’août, le Parti Québécois accusait déjà le gouvernement Fréchette d’utiliser les ressources gouvernementales à des fins préélectorales. PSPP promettait alors d’interdire certaines publicités gouvernementales durant l’été précédant une élection générale.

« Tous avec Christine »

Mathieu Bock-Côté va encore plus loin en prédisant la construction d’un récit politique autour de la première ministre.

Il résume cette stratégie potentielle par la formule : « tous avec Christine, nouvelle David contre le Goliath Trump ».

Autrement dit, la menace américaine pourrait permettre à la CAQ de déplacer le débat électoral.

Plutôt que de parler principalement de santé, d’éducation, du coût de la vie, des finances publiques, de l’immigration ou du bilan général du gouvernement après huit années caquistes, la campagne pourrait se concentrer largement sur la capacité du Québec à traverser une crise économique venue de Washington.

Il s’agit évidemment de l’interprétation de Bock-Côté. Rien n’empêche non plus les partis d’opposition de ramener leurs propres enjeux dans la campagne.

Mais le contexte commercial risque difficilement d’être absent des prochaines semaines. Les conséquences possibles de droits de douane de 50 % sur plusieurs secteurs industriels sont suffisamment importantes pour devenir, avec ou sans stratégie électorale, un enjeu majeur du scrutin.

Une comparaison avec la pandémie

Plus controversée, Mathieu Bock-Côté compare également la situation actuelle avec celle de la pandémie de COVID-19.

« On nous refait le coup de la COVID, cinq ans plus tard », affirme-t-il, dénonçant ce qu’il considère comme un possible effacement du débat politique au nom de l’urgence.

Sa comparaison porte surtout sur le mécanisme politique qu’il croit observer : devant une crise considérée comme exceptionnelle, les partis seraient invités à réduire leurs critiques afin d’afficher une unité nationale.

Pour lui, cette unité deviendrait problématique si elle empêchait les oppositions de débattre de la stratégie à adopter.

Il parle même d’une « hypnose collective » destinée à maintenir la crise commerciale au centre de l’attention publique.

Christine Fréchette et la « politique du téléphone »

L’attaque la plus dure vise toutefois directement le poids politique réel du Québec dans les négociations avec Washington.

Bock-Côté affirme que Christine Fréchette aurait été condamnée à pratiquer « la politique du téléphone », attendant essentiellement les informations provenant d’Ottawa alors que les décisions fondamentales concernant les relations commerciales canadiennes se prenaient ailleurs.

Il présente cette situation comme une démonstration de l’impuissance politique du Québec à l’intérieur du Canada.

Cet argument rejoint naturellement la lecture souverainiste du chroniqueur : selon lui, le problème dépasse Christine Fréchette elle-même. Le Québec, en tant que province, ne dispose tout simplement pas des pouvoirs nécessaires pour négocier directement sa relation commerciale avec les États-Unis.

Il accuse ensuite la CAQ de chercher à transformer cette faiblesse institutionnelle en démonstration de leadership et de « résilience ».

Ottawa demeure effectivement responsable de la négociation commerciale internationale. Les provinces participent néanmoins aux discussions canadiennes et sont consultées sur les enjeux relevant de leurs compétences, comme l’a encore démontré la réunion fédérale-provinciale tenue samedi.

La crise commerciale s’invite déjà dans la campagne

La sortie de Mathieu Bock-Côté donne finalement un aperçu de ce qui pourrait devenir l’un des principaux affrontements intellectuels et politiques de la prochaine campagne.

Pour la CAQ, l’instabilité américaine pourrait devenir l’occasion de défendre l’expérience, la stabilité et la collaboration avec Ottawa.

Pour le Parti Québécois et les souverainistes, la même crise peut au contraire servir à illustrer la dépendance du Québec envers un gouvernement fédéral qui contrôle les grands leviers du commerce international.

À quelques jours du déclenchement attendu de la campagne, la bataille ne portera donc peut-être pas seulement sur les tarifs imposés par Donald Trump.

Elle portera aussi sur la manière de raconter cette crise aux Québécois.

Sources :

  • Publication Facebook publique de Mathieu Bock-Côté, 22 août 2026.
  • Cabinet du premier ministre du Canada, déclaration de Mark Carney sur la suspension des négociations commerciales avec les États-Unis, 21 août 2026.
  • Cabinet du premier ministre du Canada, compte rendu de la rencontre avec les premiers ministres des provinces et territoires, 22 août 2026.
  • Élections Québec, prochaines élections générales provinciales prévues le 5 octobre 2026.
  • Élections Québec, déclenchement attendu de la campagne électorale le 29 août 2026.
  • Parti Québécois, engagement concernant les annonces gouvernementales durant la période préélectorale, 5 août 2026.

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