MONTRÉAL — Santé Québec est déjà au cœur d’un affrontement politique majeur. Le Parti Québécois promet d’abolir la société d’État créée par la CAQ s’il prend le pouvoir, alors que la première ministre Christine Fréchette défend plutôt la stabilité du réseau et estime qu’il serait prématuré de démanteler une réforme qui commence, selon elle, à produire des résultats.
Le Parti Québécois a dévoilé vendredi le premier volet de son plan en santé devant l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, à Montréal. Paul St-Pierre Plamondon propose notamment de décentraliser davantage la gestion du réseau et d’abolir Santé Québec, qu’il qualifie de « monstre bureaucratique ».
Selon la formation souverainiste, cette abolition permettrait de récupérer entre 40 et 100 millions de dollars, une somme qui serait ensuite réinvestie directement dans les soins à la population.
Le PQ veut abolir Santé Québec
Pour le Parti Québécois, le problème est avant tout celui de la multiplication des structures administratives.
Le parti soutient que Santé Québec, créée sous le gouvernement de la Coalition Avenir Québec, ajoute un niveau de bureaucratie supplémentaire dans un réseau qui en comptait déjà plusieurs. Le PQ affirme vouloir utiliser les économies réalisées pour réduire les délais aux urgences, améliorer la première ligne et contribuer à la rénovation des établissements hospitaliers.
Le montant de 40 à 100 millions de dollars demeure toutefois une estimation avancée par le parti. Le détail permettant d’arriver à cette fourchette n’est pas présenté dans les informations rendues publiques vendredi.
Le Parti Québécois situe également sa proposition dans une critique plus large du bilan de la CAQ en santé. Selon lui, les huit années de gouvernement caquiste ont fait augmenter les dépenses sans résoudre les principaux problèmes d’accès aux soins.
Le parti promet donc de revoir la gouvernance du réseau et de donner davantage de marge de manœuvre sur le terrain plutôt que de concentrer les décisions au sommet de Santé Québec.
Christine Fréchette refuse de « repartir de zéro »
La réponse de Christine Fréchette n’a pas tardé.
« Repartir de zéro en santé, est-ce que c’est de ça que les Québécois veulent? », a demandé la première ministre dans une publication diffusée sur les réseaux sociaux.
Selon elle, abolir Santé Québec reviendrait essentiellement à lancer une nouvelle réforme structurelle du réseau alors que celui-ci vient tout juste de traverser une importante réorganisation.
Christine Fréchette affirme que certains indicateurs évoluent déjà dans la bonne direction depuis la création de Santé Québec. Elle cite notamment une diminution du nombre de chirurgies en attente, une baisse des visites aux urgences pour des cas non urgents, une amélioration des délais d’évaluation en protection de la jeunesse ainsi qu’un meilleur accès à certains services de santé mentale.
La première ministre reconnaît cependant elle-même que la situation demeure loin d’être parfaite.
Son argument repose surtout sur la stabilité : plutôt que de modifier une nouvelle fois les structures administratives du réseau, elle souhaite donner du temps à Santé Québec pour mettre en œuvre les changements déjà amorcés.
Une réforme encore récente
Le débat survient alors que Santé Québec est une organisation relativement jeune.
La société d’État a commencé ses opérations le 6 mai 2024. La transformation la plus importante est toutefois survenue le 1er décembre suivant, avec l’entrée en vigueur de la majorité des dispositions de la Loi sur la gouvernance du système de santé et de services sociaux.
Depuis cette date, les CISSS et les CIUSSS sont devenus des unités administratives de Santé Québec. La société d’État est également devenue l’employeur unique du personnel du réseau.
Le nouveau modèle repose essentiellement sur une séparation des rôles. Le ministère de la Santé et des Services sociaux conserve la responsabilité de déterminer les grandes orientations et politiques ainsi que d’évaluer les résultats, tandis que Santé Québec est chargée des opérations quotidiennes du réseau.
Le gouvernement affirme également avoir commencé à modifier le financement des établissements. Dans son Budget de dépenses 2026-2027, Québec indique notamment que Santé Québec a instauré un modèle dans lequel 99 % des enveloppes budgétaires sont confirmées aux établissements dès le début de l’exercice financier, avec une partie de la gestion axée sur les volumes de soins et la performance.
Deux visions presque opposées
Derrière le sort de Santé Québec se dessinent donc deux conceptions différentes de la gestion du réseau.
Le PQ estime qu’il faut réduire les structures administratives et redonner du pouvoir aux établissements locaux. La CAQ considère au contraire qu’une organisation capable de coordonner l’ensemble du réseau peut permettre de mieux répartir les ressources, de comparer les performances des établissements et d’uniformiser certaines façons de faire.
La question dépasse ainsi largement les économies potentielles de 40 à 100 millions de dollars promises par le Parti Québécois.
Elle pose surtout un problème récurrent dans l’histoire du réseau québécois de la santé : faut-il lancer une nouvelle réorganisation lorsqu’un gouvernement juge la précédente inefficace, ou laisser suffisamment de temps à une réforme pour pouvoir réellement mesurer ses effets?
À peine deux ans après le début des activités de Santé Québec et moins de deux ans après l’intégration complète des établissements sous sa gouverne, le prochain gouvernement pourrait donc devoir décider s’il poursuit l’expérience ou s’il retourne une nouvelle fois à la table à dessin.
Sources :
- Publication du Parti Québécois, 21 août 2026.
- Publication de Christine Fréchette, 21 août 2026.
- Gouvernement du Québec, « Structure du système de santé et de services sociaux québécois ». Consulter la source
- Gouvernement du Québec, « Gouvernance du système de santé et de services sociaux et création de Santé Québec ». Consulter la source
- Gouvernement du Québec, Budget de dépenses 2026-2027, section consacrée à Santé Québec.

