Ottawa suspend les négociations avec Washington et riposte aux nouveaux tarifs américains

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OTTAWA – Les négociations commerciales entre le Canada et les États-Unis viennent de frapper un mur. Le premier ministre Mark Carney a annoncé vendredi soir le retour à Ottawa des négociateurs canadiens, jugeant que les dernières conditions proposées par l’administration américaine ne permettaient plus de conclure une entente acceptable.

Cette décision survient quelques heures seulement avant l’entrée en vigueur de nouveaux droits de douane américains de 50 % sur différentes catégories de produits canadiens. Selon Ottawa, les marchandises touchées représentent environ 28 milliards de dollars. En réponse, le gouvernement canadien promet maintenant d’imposer des tarifs d’une valeur équivalente sur des produits provenant des États-Unis.

Trois jours de négociations supplémentaires n’auront pas suffi

La menace n’est pas nouvelle. Le 20 juillet, la Maison-Blanche avait annoncé des droits supplémentaires de 50 % sur plusieurs produits canadiens, en utilisant l’article 338 du Tariff Act of 1930.

Washington reproche notamment au Canada son traitement des produits laitiers américains, les restrictions touchant les boissons alcoolisées provenant des États-Unis ainsi que certaines mesures dans le secteur automobile. La liste américaine comprend des produits aussi variés que le vin, des articles de sport et le ciment. Certains secteurs, notamment l’énergie, la potasse, plusieurs minéraux critiques et les marchandises déjà visées par d’autres tarifs américains, sont toutefois exclus de ces nouvelles mesures.

Les tarifs devaient initialement entrer en vigueur le 19 août. Donald Trump avait finalement accordé un sursis de trois jours afin de permettre la poursuite des négociations.

Dans une proclamation publiée le 18 août, la Maison-Blanche indiquait que le Canada avait manifesté son intention de régler certaines des questions soulevées par Washington. L’entrée en vigueur des tarifs avait alors été repoussée précisément au 22 août à 00 h 01, heure de l’Est.

Ce délai supplémentaire n’aura finalement pas permis aux deux pays de s’entendre.

Ottawa refuse les dernières conditions américaines

Mark Carney affirme que des modifications apportées à la dernière minute par les États-Unis étaient « inéquitables, non rentables » et remettaient en question la fiabilité de l’éventuelle entente.

Le gouvernement canadien n’a toutefois pas détaillé publiquement, dans sa déclaration de vendredi soir, la nature précise de ces nouvelles demandes américaines. Il est donc impossible, pour l’instant, d’évaluer leur ampleur ou de déterminer quelles concessions Ottawa aurait dû faire pour obtenir une entente.

Carney soutient que le Canada cherchait notamment à conserver un accès sans droits de douane au marché américain pour la majorité de ses exportations, à réduire les tarifs visant certains secteurs stratégiques et à préserver la marge de manoeuvre du gouvernement canadien dans ses propres politiques économiques.

La Maison-Blanche présente évidemment le différend sous un angle différent. Depuis juillet, l’administration Trump accuse plutôt le Canada d’appliquer des mesures discriminatoires envers certains produits américains, particulièrement dans les secteurs de l’automobile, des produits laitiers et des boissons alcoolisées.

Nous nous retrouvons donc devant deux versions diamétralement opposées d’un même conflit commercial : Ottawa affirme protéger ses industries et sa souveraineté économique, alors que Washington soutient chercher à éliminer des barrières qu’il considère injustes envers ses entreprises.

Des tarifs « au dollar près »

Ottawa ne compte pas absorber les nouvelles mesures américaines sans réagir.

« Le Canada imposera des droits de douane équivalents, au dollar près », a indiqué le premier ministre.

Il faudra cependant attendre avant de connaître la liste exacte des produits américains qui seront visés, de même que la date précise d’entrée en vigueur de ces contre-mesures. Ottawa promet également d’annoncer de nouvelles mesures d’aide aux entreprises et aux travailleurs touchés par le conflit commercial.

Le gouvernement affirme avoir déjà consacré près de 25 milliards de dollars à différentes mesures de soutien depuis 18 mois.

Cette guerre tarifaire comporte néanmoins un coût des deux côtés de la frontière. Un tarif imposé par Washington est payé à l’importation aux États-Unis, ce qui peut rendre les marchandises canadiennes plus coûteuses pour les acheteurs américains et réduire leur compétitivité. Inversement, les contre-tarifs canadiens peuvent augmenter le coût de certains produits américains pour les importateurs canadiens, avec le risque qu’une partie de la facture soit éventuellement transférée aux entreprises ou aux consommateurs.

La riposte peut donc exercer une pression politique sur Washington, mais elle n’est pas sans conséquence pour l’économie canadienne.

Un discours économique à distinguer du bilan réel

Une partie importante de la déclaration de Mark Carney est également consacrée au bilan économique de son gouvernement.

Le premier ministre affirme notamment que près de 500 milliards de dollars de grands projets d’infrastructure seraient en développement, que les exportations canadiennes vers les marchés autres que les États-Unis devraient doubler pendant la prochaine décennie et que le Canada serait en voie d’enregistrer la deuxième croissance économique la plus rapide du G7 au cours des deux prochaines années.

Ces éléments font toutefois partie de l’argumentaire politique présenté par le gouvernement pour défendre sa stratégie économique. Ils ne changent pas le problème immédiat : malgré plusieurs semaines de négociations et un dernier délai accordé par Washington, aucun accord commercial n’a été conclu.

Surtout, l’économie canadienne demeure profondément intégrée à celle des États-Unis. Diversifier les exportations canadiennes vers l’Europe, l’Asie ou d’autres marchés peut diminuer cette dépendance à long terme, mais remplacer rapidement le marché américain demeure une entreprise autrement plus complexe.

Une relation commerciale de plus en plus imprévisible

Le conflit dépasse également les nouveaux tarifs annoncés cette semaine.

Depuis son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump utilise régulièrement les droits de douane comme outil de politique économique et de négociation. Dans le cas du Canada, Washington a déjà multiplié les mesures visant certains secteurs comme l’acier, l’aluminium, le cuivre et l’automobile.

L’administration américaine a par ailleurs indiqué qu’elle ne souhaitait pas simplement renouveler l’Accord Canada–États-Unis–Mexique sous sa forme actuelle.

La suspension des négociations annoncée vendredi ne signifie pas nécessairement leur fin définitive. Ottawa et Washington ont tout intérêt à éventuellement reprendre les discussions compte tenu de l’importance des échanges entre les deux pays.

Mais à court terme, une nouvelle phase du conflit commercial commence.

À compter du 22 août, des produits canadiens supplémentaires feront face à des tarifs américains de 50 %. Ottawa promet maintenant une riposte équivalente.

La prochaine inconnue sera de savoir combien de temps cette confrontation durera — et surtout qui en assumera finalement la facture.

Sources :

  • Bureau du premier ministre du Canada, « Déclaration du premier ministre Carney sur les négociations commerciales avec les États-Unis », 21 août 2026.
  • Maison-Blanche, proclamation suspendant temporairement les nouveaux droits visant le Canada, 18 août 2026.
  • Maison-Blanche, « President Donald J. Trump Imposes Additional Tariffs on Canada », 20 juillet 2026.

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