Des jeunes s’attaquent aux graffitis du centre-ville de Sherbrooke

Partagez

SHERBROOKE – Des murs plus propres, mais aussi une expérience concrète pour des jeunes. Un projet pilote de nettoyage de graffitis mené au centre-ville de Sherbrooke vient de prendre fin, après avoir mobilisé des participants du Carrefour jeunesse-emploi de Sherbrooke.

Selon Sherbrooke Centro, la dernière journée du projet a eu lieu vendredi. Les jeunes participants ont été appelés à prêter main-forte aux opérations de nettoyage des graffitis dans le secteur du centre-ville. Le projet bénéficiait d’un soutien financier gouvernemental par l’entremise du Fonds pour bâtir des communautés plus sécuritaires (FBCS).

Plusieurs restaurateurs du Centro ont également participé à leur façon en offrant des repas aux jeunes durant le projet. La Buvette du Centro, Bella Bubble Bar, Santamaria Tacos, Le Snack, le Restaurant KebaBiz, Pizza Mivan et le Restaurant Louis’ figurent parmi les établissements remerciés par les responsables de l’initiative.

Une problématique qui ne date pas d’hier

Si l’opération était présentée comme un projet pilote, la question des graffitis et du vandalisme n’est pas nouvelle à Sherbrooke. La Ville s’intéresse au phénomène depuis de nombreuses années et a notamment mis sur pied un comité Tags et Graffitis, dont le mandat était d’éduquer, de sensibiliser et d’informer la population tout en favorisant le développement de l’art urbain dans des espaces autorisés.

Dans son plan d’action municipal de 2021, la Ville estimait que l’encadrement de l’art urbain pouvait contribuer à diminuer les coûts associés au nettoyage des graffitis illégaux, améliorer le sentiment de sécurité et rehausser l’image de Sherbrooke. Un bilan couvrant les années 2017 à 2021 a par la suite été déposé devant les instances municipales. La Ville y soulignait notamment les retombées éducatives et les activités de sensibilisation réalisées auprès de la population.

Les données policières donnent également une idée de l’ampleur plus générale du phénomène des méfaits. En 2021, le Service de police de Sherbrooke avait effectué 562 déplacements classés dans la catégorie « méfaits ou graffitis », comparativement à 548 l’année précédente. Cette statistique doit toutefois être interprétée avec prudence : elle regroupe les méfaits et les graffitis et ne représente donc pas le nombre de graffitis recensés dans la ville. Le SPS précise également que les cartes d’appel ne correspondent pas nécessairement à des crimes effectivement commis.

La propreté, un enjeu identifié au centre-ville

Plus récemment, la propreté du centre-ville a été directement intégrée dans les orientations municipales. Dans son Plan de dynamisation commerciale du centre-ville adopté en 2025, la Ville prévoit notamment la création d’un comité interservices consacré à l’entretien du secteur ainsi que la mise sur pied d’un programme de « nettoyage proactif ».

L’objectif inscrit dans le document est particulièrement précis : intervenir dans un délai maximal de 24 à 48 heures lorsqu’un problème est signalé et, par le fait même, améliorer l’image perçue du centre-ville. Le plan prévoit également une collaboration avec le programme Travail alternatif payé à la journée, mieux connu sous l’acronyme TAPAJ.

Le projet auquel ont participé les jeunes du Carrefour jeunesse-emploi s’inscrit donc dans une réflexion beaucoup plus large sur l’entretien et l’attractivité du Centro. La Ville a d’ailleurs placé l’amélioration de l’expérience des usagers, la propreté, l’éclairage et le sentiment de sécurité parmi les éléments à travailler au cours des prochaines années.

À Sherbrooke, on distingue également depuis longtemps les graffitis réalisés sans autorisation de l’art urbain pratiqué légalement. Un jeu de données de la Ville répertorie neuf murs dédiés aux graffitis temporaires et trois murs destinés à des œuvres permanentes. Cette façon de faire permet aux artistes d’avoir des espaces pour créer tout en cherchant à réduire les interventions sur les propriétés privées ou le mobilier urbain.

Un méfait lorsqu’il est fait sans autorisation

La réglementation demeure néanmoins claire lorsqu’un graffiti est réalisé sans la permission du propriétaire. La Ville rappelle qu’un tag ou un graffiti apposé sur une surface non autorisée peut constituer un méfait au sens du Code criminel.

La réglementation municipale interdit aussi d’endommager les murs, clôtures, abris, kiosques, sièges, panneaux de signalisation et autres objets situés dans les espaces publics municipaux. Les amendes minimales indiquées par la Ville varient de 50 à 1 000 $ pour une première infraction et peuvent atteindre 2 000 $ en cas de récidive.

Un projet qui mise aussi sur les jeunes

L’autre particularité de l’initiative réside dans la participation du Carrefour jeunesse-emploi. L’organisme sherbrookois travaille auprès des jeunes adultes de 16 à 35 ans dans leurs démarches d’insertion sociale et économique, notamment vers l’emploi ou les études. Il participe également à des projets permettant aux jeunes de développer leur autonomie et de s’impliquer concrètement dans leur communauté.

Le principe rejoint d’ailleurs l’esprit dans lequel le Fonds pour bâtir des communautés plus sécuritaires est utilisé à Sherbrooke. Les documents du ministère québécois de la Sécurité publique indiquent que les interventions financées dans la ville ciblent notamment la jeunesse, les populations vulnérables et marginalisées ainsi que les secteurs plus défavorisés, avec une approche misant davantage sur la prévention et la participation communautaire.

Une enveloppe beaucoup plus large

Le FBCS est un programme du gouvernement fédéral créé en 2022. Ottawa avait initialement prévu 250 millions de dollars sur cinq ans afin de financer des initiatives locales de prévention de la violence liée aux armes à feu et aux gangs et, plus largement, d’agir sur les conditions sociales pouvant favoriser la criminalité. Pour le Québec, le financement transite par le gouvernement provincial, qui redistribue ensuite les sommes dans différentes municipalités.

Les documents du ministère de la Sécurité publique montrent qu’une somme de 212 128 $ avait été attribuée à Sherbrooke pour 2022-2023. Pour 2024-2025, l’engagement financier associé à la Ville atteignait 412 059 $ et devait servir à des « actions concertées visant à améliorer la sécurité urbaine » et à intervenir sur les facteurs de risque pouvant favoriser des actes délinquants.

Ces montants ne correspondent toutefois pas uniquement au projet de nettoyage des graffitis. Les documents publics consultés ne précisent pas quelle portion exacte de l’enveloppe a été consacrée à cette initiative particulière. Le financement sherbrookois sert à plusieurs mesures de prévention et d’intervention communautaire.

Le gouvernement fédéral a par ailleurs annoncé en mars 2026 son intention de prolonger le Fonds en y consacrant jusqu’à 157,5 millions de dollars supplémentaires sur trois ans. Le programme finance notamment des initiatives d’accompagnement des jeunes, de développement de compétences, de prévention et de mobilisation communautaire.

Reste maintenant à voir quel bilan sera tiré du projet pilote sherbrookois. Dans sa publication annonçant la fin des travaux, Sherbrooke Centro n’a pas précisé le nombre de graffitis effacés, la superficie nettoyée, le nombre exact de jeunes ayant participé ni le coût spécifique de l’opération. Ces données permettraient éventuellement de mesurer plus précisément l’efficacité de la formule et de déterminer si celle-ci pourrait revenir ou être élargie.

Sources :

  • Sherbrooke Centro — publication publique annonçant la fin du projet pilote de nettoyage de graffitis et la participation du Carrefour jeunesse-emploi de Sherbrooke.
  • Ville de Sherbrooke — Plan de dynamisation commerciale du centre-ville, 2025.
  • Ville de Sherbrooke — réglementation concernant les tags et les graffitis.
  • Service de police de Sherbrooke — Rapport annuel 2021.
  • Ville de Sherbrooke — bilan et documents du comité Tags et Graffitis.
  • Données Québec / Ville de Sherbrooke — murs dédiés aux graffitis temporaires et permanents.
  • Carrefour jeunesse-emploi de Sherbrooke — mission et Créneau carrefour jeunesse.
  • Ministère de la Sécurité publique du Québec — rapports et engagements financiers du Fonds pour bâtir des communautés plus sécuritaires.
  • Sécurité publique Canada — Fonds pour bâtir des communautés plus sécuritaires.

Nouvelles

Actualités