SHERBROOKE — Elles promettent énergie, concentration et performance. Elles sont omniprésentes dans les dépanneurs, les événements sportifs, les jeux vidéo et sur les réseaux sociaux. Pourtant, derrière l’image dynamique des boissons énergisantes se trouvent des produits dont la consommation n’est pas sans risque, particulièrement chez les jeunes.
Dans un nouvel épisode du balado du ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, la Dre Cat Tuong Nguyen, médecin spécialiste en santé publique et en médecine préventive, fait le point sur ces boissons dont la popularité a augmenté au cours des dernières années.
Selon les données citées dans le balado, environ 12 à 13 % des Québécois âgés de 18 à 34 ans en consommeraient au moins une fois par semaine. Une tendance à la hausse depuis une dizaine d’années.
Une boisson énergisante, ce n’est pas une boisson pour sportifs
La première distinction faite par la Dre Nguyen peut sembler évidente, mais elle est importante : une boisson énergisante et une boisson pour sportifs sont deux produits différents.
Les boissons pour sportifs sont principalement conçues pour favoriser l’hydratation et remplacer certains électrolytes perdus pendant un effort physique prolongé. Elles contiennent généralement de l’eau, du sucre ainsi que des minéraux comme le sodium et le potassium.
Une boisson énergisante cherche plutôt à stimuler. Elle contient notamment de la caféine et peut aussi renfermer d’autres ingrédients comme le guarana ou la taurine.
L’association fréquente entre boissons énergisantes et sport peut donc induire le consommateur en erreur. Le gouvernement du Québec déconseille d’ailleurs leur consommation avant, pendant ou immédiatement après une activité physique. Elles peuvent notamment nuire à la réhydratation, provoquer des nausées, des ballonnements ou de la diarrhée et augmenter certains risques cardiovasculaires.
Pour s’hydrater pendant une activité normale, rappelle essentiellement la spécialiste, la meilleure solution demeure beaucoup moins spectaculaire : de l’eau.
Une canette peut suffire
La caféine constitue l’un des principaux enjeux.
Santé Canada recommande aux adultes de ne pas dépasser 400 milligrammes de caféine par jour. Chez les moins de 18 ans, le calcul est différent : la recommandation est d’un maximum de 2,5 milligrammes par kilogramme de poids corporel.
Un adolescent de 50 kilos, soit environ 110 livres, devrait ainsi rester sous la barre des 125 milligrammes par jour.
Or, une seule canette de boisson énergisante peut contenir entre 50 et 180 milligrammes de caféine selon le produit et son format. Dans certains cas, un adolescent peut donc dépasser son apport quotidien maximal recommandé avec une seule canette.
Et la boisson énergisante n’est évidemment pas sa seule source possible de caféine. Le café, le thé, le chocolat et certaines boissons gazeuses viennent s’ajouter au calcul.
Un café filtre contient lui-même généralement entre 100 et 140 milligrammes de caféine. La différence, souligne la Dre Nguyen, réside aussi dans la façon de consommer le produit. Une boisson énergisante est froide, sucrée, aromatisée et facile à boire rapidement. Il devient alors possible d’ingérer une quantité importante de caféine en relativement peu de temps.
Insomnie, nervosité et palpitations
Dépasser les quantités recommandées n’entraîne pas systématiquement un problème grave, mais les effets indésirables possibles sont nombreux.
La caféine peut notamment provoquer de l’insomnie, des maux de tête, de l’irritabilité, de la nervosité ou de l’anxiété. Une consommation importante peut aussi accélérer le rythme cardiaque ou provoquer un rythme anormal, en plus de contribuer à la déshydratation et, à plus long terme, à une dépendance à la caféine.
La Dre Nguyen précise qu’une consommation occasionnelle et modérée présente généralement peu de risques pour un adulte en bonne santé. Cela ne signifie toutefois pas que ces produits sont complètement inoffensifs.
Les boissons énergisantes sont particulièrement déconseillées aux enfants et aux adolescents, aux personnes sensibles à la caféine ainsi qu’aux personnes enceintes ou qui allaitent.
Le problème ne se limite pas à la caféine
Les stimulants ne constituent qu’une partie de l’équation. Plusieurs boissons énergisantes contiennent également beaucoup de sucre, parfois autant ou davantage que certaines boissons gazeuses.
Une consommation excessive et régulière de boissons sucrées est notamment associée à la carie dentaire, au gain de poids et à un risque accru de diabète de type 2.
L’Institut national de santé publique du Québec souligne d’ailleurs que les boissons sucrées demeurent une source importante de sucre dans l’alimentation des Québécois et que leur consommation est particulièrement préoccupante chez les jeunes.
Un faux allié pour étudier
L’un des arguments de vente les plus efficaces demeure la promesse d’une meilleure concentration.
Avant un examen ou une longue journée, la tentation peut être forte de chercher un regain d’énergie dans une canette. Selon la Dre Nguyen, l’effet stimulant peut effectivement donner temporairement l’impression d’être plus éveillé. Cela ne signifie cependant pas que la concentration ou les performances intellectuelles seront meilleures.
Une dose importante de caféine peut au contraire provoquer de la nervosité et nuire au sommeil. Pour quelqu’un qui doit passer un examen ou participer à une compétition le lendemain, le résultat peut donc être exactement l’inverse de celui recherché.
Sommeil, alimentation, hydratation et préparation demeurent des moyens beaucoup moins accrocheurs sur le plan publicitaire, mais nettement plus fiables.
Le mélange avec l’alcool particulièrement déconseillé
Un autre comportement inquiète les autorités de santé publique : le mélange entre boissons énergisantes et alcool.
La caféine ne fait pas disparaître les effets de l’alcool. Elle peut toutefois masquer certaines manifestations comme la fatigue et la somnolence.
Une personne intoxiquée peut ainsi avoir l’impression d’être plus éveillée qu’elle ne l’est réellement. Selon la Dre Nguyen, ce faux sentiment de sécurité peut favoriser une consommation supplémentaire d’alcool et augmenter la prise de risques, notamment en matière de conduite avec les facultés affaiblies ou de comportements sexuels à risque.
Le mélange des deux produits est donc fortement déconseillé.
Un marketing qui vise un mode de vie
Le balado s’attarde également à la façon dont les boissons énergisantes sont commercialisées.
Sports extrêmes, compétitions, musique, jeux vidéo, influenceurs et vedettes : les marques investissent dans des univers particulièrement populaires auprès des jeunes. La boisson n’est plus seulement présentée comme un liquide caféiné, mais comme un accessoire associé à la performance, à l’aventure et à un certain mode de vie.
Selon la Dre Nguyen, cette stratégie contribue à normaliser le produit et peut donner l’impression que sa consommation est beaucoup plus répandue qu’elle ne l’est réellement.
Elle rappelle ainsi que près des trois quarts des adolescents québécois de 15 à 17 ans ne consommeraient jamais de boissons énergisantes, selon les données rapportées dans le balado.
Québec resserre aussi les règles
Les préoccupations ne sont plus uniquement théoriques. En juin dernier, l’Assemblée nationale a adopté une loi visant à interdire la vente de boissons énergisantes aux personnes âgées de moins de 16 ans.
La loi prévoit également d’interdire à une personne de 16 ans ou plus d’en acheter en sachant qu’elle les destine à un jeune de moins de 16 ans. Son entrée en vigueur est prévue six mois après sa sanction.
Cette mesure s’inscrit dans une volonté du gouvernement de réduire la consommation chez les jeunes et de retarder l’âge auquel ils commencent à utiliser ces produits.
Un balado pour aller plus loin
L’épisode « Les boissons énergisantes : un cocktail qui n’est pas sans danger », publié le 18 août par le gouvernement du Québec, dure un peu plus de 18 minutes.
La Dre Cat Tuong Nguyen y approfondit les effets possibles des boissons énergisantes, les idées reçues entourant leur consommation et les techniques utilisées pour les rendre attrayantes auprès des jeunes. Quelques exemples et anecdotes permettent également de mieux comprendre comment notre fascination pour les produits promettant un regain d’énergie ne date pas d’hier.
L’épisode peut être écouté gratuitement sur le site du gouvernement du Québec et sur les différentes plateformes où est diffusé le balado, notamment sur YouTube.
Sources :
- Gouvernement du Québec, « Boissons énergisantes », mise à jour du 18 août 2026.
- Gouvernement du Québec, épisode « Les boissons énergisantes : un cocktail qui n’est pas sans danger », publié le 18 août 2026.
- Santé Canada, « La caféine dans les aliments » — recommandations sur l’apport quotidien maximal en caféine.
- Institut national de santé publique du Québec, « L’encadrement des boissons énergisantes caféinées pour la santé et le mieux-vivre des adolescents », 2026.
- Gouvernement du Québec, « Le Québec adopte une loi pour mieux protéger les jeunes contre les boissons énergisantes », 11 juin 2026.

