SHERBROOKE — Les opposants au projet de centre de données de Keel Infrastructure reviennent à la charge. Cette fois, ce n’est pas directement la consommation d’électricité, le bruit ou l’impact environnemental qui se trouve au centre de leurs préoccupations, mais plutôt la quantité d’information transmise à la population par l’administration municipale.
Dans une publication diffusée mardi sur la page Facebook « Arrêter le projet de méga centre de données à Sherbrooke », qui rassemble des citoyens opposés au projet, les responsables du groupe disent avoir l’impression que plusieurs de leurs questions demeurent sans réponse.
« Trouvez-vous qu’on manque de réponses à nos questions concernant le mégacentre de données? », demandent-ils d’entrée de jeu.

Les opposants veulent davantage de réponses
Le groupe revient notamment sur une vidéo mettant en vedette le directeur d’Hydro-Sherbrooke, qu’il juge trop générale. Selon les opposants, celui-ci « reste en surface et ne répond pas aux questions de fond ».
Ils reprochent également à l’administration municipale de ne pas avoir répondu suffisamment aux interventions citoyennes effectuées lors de la plus récente séance du conseil municipal. La dernière séance régulière du conseil s’est tenue le 18 août.
« Aucune réponse aux questions posées par les citoyen·nes lors du dernier conseil municipal », déplore le groupe, qui estime aussi que les explications publiques données jusqu’à maintenant se résument trop souvent à rappeler que le projet n’est pas encore officiellement autorisé.
La contestation prend donc maintenant une autre direction : les opposants veulent savoir jusqu’où la Ville connaît déjà les détails du projet et, surtout, si certaines informations ne peuvent pas être rendues publiques pour des raisons contractuelles.
Une entente de non-divulgation?
C’est la principale question soulevée dans la nouvelle publication.
Les opposants avancent deux possibilités. Selon eux, soit la mairesse Marie-Claude Bibeau appuie un projet dont plusieurs détails demeurent encore inconnus de l’administration municipale, soit la Ville possède davantage d’information qu’elle n’en communique actuellement à la population.
Le groupe dit considérer cette deuxième possibilité comme la plus plausible et pose directement la question : « La Ville de Sherbrooke a-t-elle signé une entente de non-divulgation avec le promoteur? »
Il ne s’agit toutefois pas d’une affirmation selon laquelle une telle entente existe. Les opposants demandent précisément à l’administration Bibeau de confirmer ou d’infirmer son existence.
« Si aucune entente de ce type n’existe, la Ville peut-elle nous le confirmer? », écrivent-ils.
À l’heure actuelle, les différentes informations officielles et publiques consultées concernant le projet ne permettent pas de répondre à cette question. Aucune preuve publique démontrant l’existence d’une entente de non-divulgation entre la Ville et Keel Infrastructure n’a été présentée par le groupe. Inversement, les documents consultés ne permettent pas non plus d’établir qu’une telle entente n’existe pas.
Plusieurs éléments sont néanmoins déjà connus
Si le projet demeure conditionnel à plusieurs autorisations, il est cependant possible d’en connaître aujourd’hui beaucoup plus qu’au début de l’été.
Keel Infrastructure présente son projet comme le regroupement, sur un même site du secteur industriel de Sherbrooke, de trois installations qu’elle exploite déjà dans la ville. L’entreprise souhaite transférer vers ce nouveau campus une puissance électrique totale de 96 mégawatts actuellement consacrée principalement à ses activités existantes. Aucune nouvelle allocation de puissance ne serait demandée.
Cette puissance de 96 MW n’est d’ailleurs pas nouvelle dans le réseau sherbrookois. Le rapport annuel 2021 d’Hydro-Sherbrooke faisait déjà référence à « l’alimentation de trois nouveaux sites de cryptomonnaie (96 MW) », dans le contexte du déplacement des activités de l’entreprise qui exploitait alors ses installations sous le nom de Bitfarms.
Keel souhaite maintenant transformer la vocation de cette puissance électrique pour l’affecter au calcul informatique haute performance et aux infrastructures nécessaires à l’intelligence artificielle. L’entreprise a annoncé le 15 juillet avoir obtenu l’autorisation municipale nécessaire pour conclure une entente avec Hydro-Sherbrooke concernant le transfert et l’exploitation de cette capacité. Le changement doit toutefois également obtenir l’autorisation du ministère québécois de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie.
Un projet qui n’est toujours pas définitif
Keel affirme également que des études environnementales, techniques et sonores sont toujours en cours. Selon les informations actuellement présentées par le promoteur, le système de refroidissement envisagé fonctionnerait en circuit fermé avec de l’eau distillée et du glycol. L’entreprise indique aussi que l’eau nécessaire à ce système serait transportée par camion-citerne plutôt que puisée dans le réseau municipal, à l’exception de la consommation normale nécessaire aux personnes travaillant sur le site.
La Ville a accepté en juillet une offre d’achat visant le terrain envisagé pour le projet, mais plusieurs étapes demeurent à franchir. Keel mentionne notamment les études en cours, l’autorisation d’usage conditionnel et le permis de construction de la Ville, les autorisations environnementales provinciales ainsi que l’autorisation du ministère de l’Économie pour le regroupement des abonnements électriques. Une rencontre avec la communauté est actuellement annoncée pour la fin du mois d’octobre 2026.
Le promoteur soutient donc que plusieurs décisions finales restent à prendre.
Pour les opposants, cette situation ne justifie toutefois pas d’attendre encore plusieurs mois avant de répondre aux questions qui peuvent déjà l’être.
Le débat ne porte donc plus seulement sur les avantages ou les conséquences éventuelles d’un centre de données de 96 MW à Sherbrooke. Une autre question s’impose progressivement dans la discussion : quelles informations la Ville possède-t-elle actuellement sur le projet, et lesquelles peut-elle rendre publiques?
C’est précisément sur ce terrain que les opposants demandent maintenant à l’administration municipale de se prononcer clairement.
Sources :
- Page Facebook publique « Arrêter le projet de méga centre de données à Sherbrooke », publication du 25 août 2026, fournie pour cet article.
- Ville de Sherbrooke, calendrier et archives publiques des séances du conseil municipal.
- Hydro-Sherbrooke, Rapport annuel 2021, notamment concernant l’alimentation de trois sites de cryptomonnaie totalisant 96 MW.
- Keel Infrastructure, informations officielles sur le projet de centre de données de Sherbrooke et ses différentes étapes.
- Keel Infrastructure, communiqué officiel du 15 juillet 2026 concernant le transfert de 96 MW et le projet sherbrookois.

