Comment sortir de l’ombre? Démocratie Directe interpelle sondeurs et diffuseurs

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QUÉBEC – À quelques semaines de l’élection provinciale du 5 octobre, Démocratie Directe souhaite faire entendre sa voix dans un espace largement occupé par les cinq principales formations politiques. Le parti dirigé par Jean-Charles Cléroux interpelle maintenant les maisons de sondage et les diffuseurs, estimant que son classement systématique sous l’appellation « un autre parti » contribue à le maintenir dans l’ombre.

Dans une publication diffusée mardi, la formation politique s’est notamment attaquée au plus récent sondage Léger sur les intentions de vote au Québec. Dans cette enquête publiée le 25 août, le Parti québécois, le Parti libéral, la Coalition avenir Québec, le Parti conservateur et Québec solidaire sont tous présentés séparément. Les autres formations sont regroupées dans une seule catégorie : « un autre parti ».

Cette catégorie récolte 1 % des intentions de vote chez les électeurs décidés. Attention toutefois : ce chiffre ne correspond pas aux appuis de Démocratie Directe. Il représente l’ensemble des répondants ayant choisi une formation autre que les cinq partis nommés par Léger. Le sondage ne permet donc pas de connaître précisément le niveau d’appui de Démocratie Directe.

Un cercle difficile à briser

C’est précisément ce que dénonce la petite formation politique. Son argument est assez simple : pour qu’un parti puisse démontrer qu’il progresse, encore faut-il que cette progression puisse être mesurée.

Démocratie Directe estime ainsi être confronté à une sorte de cercle vicieux. Une formation peu connue obtient peu de couverture médiatique; parce qu’elle demeure peu connue, son poids électoral est difficile à mesurer; et faute de résultats distincts dans les sondages, elle dispose de peu d’arguments pour obtenir davantage de visibilité.

Le rapport de Léger ne précise pas les critères utilisés pour déterminer quelles formations apparaissent individuellement dans la question sur les intentions de vote. Il confirme toutefois que seuls les cinq principaux partis sont présentés séparément, alors que tous les autres sont réunis dans une même catégorie. Le sondage a été réalisé en ligne du 21 au 24 août auprès de 1 010 Québécois ayant le droit de vote.

Un parti autorisé depuis 2022

Démocratie Directe n’est pourtant pas simplement un mouvement informel. La formation existe officiellement dans le paysage électoral québécois depuis 2022. Les documents d’Élections Québec indiquent que Démocratie directe et Citoyens au pouvoir du Québec ont fusionné le 15 mai 2022. La formation a ensuite présenté des candidats aux élections générales de la même année.

Le parti demeure très modeste comparativement aux principales machines politiques québécoises. À titre indicatif, Élections Québec lui a versé un peu plus de 7 000 $ en allocation en 2024, très loin des sommes accordées aux grandes formations parlementaires.

Pour l’élection de 2026, le parti annonce plusieurs candidatures sur son site. En Estrie, Normand Blouin est notamment présenté comme candidat dans la circonscription d’Orford.

Changer les institutions plutôt que simplement le gouvernement

Démocratie Directe se distingue également des principaux partis par la nature de son programme. Son projet ne repose pas uniquement sur une série de politiques publiques, mais sur une transformation importante du fonctionnement des institutions québécoises.

La formation propose notamment la rédaction d’une constitution québécoise par une assemblée constituante citoyenne. Elle souhaite également instaurer le référendum d’initiative citoyenne, qui permettrait à la population de proposer, modifier ou abroger certaines lois. Le parti veut aussi créer des comités citoyens locaux et régionaux, développer une plateforme de cyberdémocratie et accroître l’imputabilité des élus. Son projet de référendum d’initiative citoyenne prévoit également la possibilité de rappeler des élus.

Il s’agit donc d’une conception beaucoup plus directe de la démocratie que celle actuellement en vigueur au Québec. Élections Québec définit d’ailleurs la démocratie directe comme un système dans lequel la population exerce directement le pouvoir politique, tout en rappelant que des mécanismes de démocratie directe peuvent également être intégrés à une démocratie représentative.

Et les débats des chefs?

La formation s’inquiète aussi d’une éventuelle exclusion des grands débats électoraux. Sur cette question, les règles sont toutefois plus nuancées.

Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes précise qu’un débat n’a pas l’obligation de réunir tous les partis ou tous les candidats dans une même émission. Un diffuseur peut donc organiser un débat auquel certaines formations ne participent pas.

Cela ne signifie toutefois pas que les autres partis peuvent être complètement ignorés. Une fois la période électorale déclenchée, les règles du CRTC imposent un traitement équitable de la couverture politique aux radiodiffuseurs concernés. « Équitable » ne veut pas dire que chaque parti doit recevoir exactement le même nombre de minutes, mais les diffuseurs doivent prendre des mesures raisonnables pour que leur public puisse connaître les principaux enjeux et les positions des partis et candidats en lice.

Cette obligation concerne les radiodiffuseurs assujettis au CRTC et ne constitue donc pas une règle générale obligeant tous les médias québécois à consacrer exactement la même couverture à chaque parti.

Une question qui dépasse Démocratie Directe

La sortie de Démocratie Directe soulève finalement une question plus large sur la place accordée aux petites formations pendant une campagne électorale.

Un sondage doit évidemment demeurer lisible et les appuis aux partis marginaux peuvent être trop faibles pour produire des résultats statistiquement significatifs lorsqu’ils sont mesurés séparément. À l’inverse, regrouper systématiquement ces partis rend pratiquement impossible l’observation d’une éventuelle progression de l’un d’entre eux.

Démocratie Directe affirme ne pas voir de complot derrière cette situation. Le parti demande plutôt aux maisons de sondage de rendre publics leurs critères pour qu’une formation soit mesurée séparément. Il veut également connaître les critères qui seront utilisés par les diffuseurs pour déterminer quels chefs seront invités aux principaux débats de la campagne.

À moins de six semaines du scrutin, Démocratie Directe tente donc de résoudre un problème bien connu des petites formations : comment devenir suffisamment visible pour être mesuré, lorsqu’il faut déjà être mesuré pour devenir visible?

Sources :

  • Léger, « Intentions de vote au Québec : l’élection demeure ouverte », 25 août 2026.
  • Élections Québec, documents sur les partis politiques autorisés, le financement politique et les élections générales de 2022.
  • Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes, directives aux radiodiffuseurs pendant une élection.
  • Démocratie Directe Québec, présentation des mandats, du projet institutionnel et des candidatures annoncées pour 2026.

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