Mégacentre de données à Sherbrooke : Laure Letarte-Lavoie dénonce le traitement réservé aux citoyens

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SHERBROOKE — L’opposition au projet de mégacentre de données prévu à Sherbrooke s’est invitée au conseil municipal mardi soir. Des citoyens ont profité de la période de questions pour interpeller l’administration municipale sur le dossier. Au lendemain de la séance, la conseillère municipale du district de l’Hôtel-Dieu, Laure Letarte-Lavoie, a vivement critiqué la façon dont leurs interventions ont été accueillies.

« La démocratie municipale sherbrookoise mérite mieux », a lancé l’élue de Sherbrooke Citoyen dans une publication diffusée sur les réseaux sociaux.

Selon elle, plusieurs citoyens se sont déplacés au conseil municipal afin d’obtenir des réponses concernant le projet de centre de données. Elle reconnaît que les élus et l’administration ne peuvent pas nécessairement répondre immédiatement à toutes les questions, mais estime que la façon de recevoir les interventions citoyennes aurait pu être différente.

« Ce que je déplore, c’est l’expérience citoyenne qui leur a été offerte : aucune véritable réaction, aucun échange, puis on passe au suivant », écrit-elle.

La conseillère affirme qu’après les interventions, les citoyens auraient essentiellement été informés que leurs questions étaient prises en note et qu’une réponse leur serait éventuellement fournie.

« Les citoyens ne sont pas là pour déranger le processus »

Pour Laure Letarte-Lavoie, le débat dépasse maintenant le seul projet de centre de données. Il touche également à la place laissée aux citoyens dans le processus décisionnel municipal.

« Lorsqu’une citoyenne ou un citoyen prend le temps de venir au conseil municipal, c’est notre devoir de l’accueillir avec respect et de reconnaître la valeur de sa démarche, même lorsque la réponse doit venir plus tard », soutient-elle.

Elle appelle d’ailleurs les Sherbrookois à continuer de suivre les affaires municipales et à participer aux séances publiques.

« Les citoyens ne sont pas là pour déranger le processus. Ils font partie du processus! », insiste la conseillère.

Elle conclut son message en invitant la population à se mobiliser, à s’informer et à poser des questions aux élus : « Votre voix compte. Et elle doit être entendue. C’est ça la vraie démocratie. »

Un projet de 96 MW

Le projet qui se retrouve au cœur de la controverse est celui de Keel Infrastructure, anciennement connue sous le nom de Bitfarms. La société souhaite regrouper sur un seul campus une puissance électrique de 96 mégawatts actuellement associée à trois de ses sites de minage de bitcoins à Sherbrooke. Cette puissance serait désormais destinée à un centre de données spécialisé notamment dans le calcul informatique haute performance et l’intelligence artificielle.

Keel affirme qu’elle ne demande pas 96 MW supplémentaires à Hydro-Sherbrooke. Il s’agirait plutôt de déplacer vers le nouveau site une puissance déjà accordée à ses installations sherbrookoises et d’en changer l’utilisation. Le transfert doit néanmoins être examiné et approuvé par le ministère québécois de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie.

Lors de la séance du 7 juillet, le conseil municipal avait notamment à se prononcer sur une convention d’électricité entre la Ville et Backbone Hosting Solutions, une société liée aux activités de l’entreprise, afin de transférer la puissance autorisée de 96 MW vers des terrains situés sur le boulevard Industriel. Des modifications aux conventions d’électricité de plusieurs installations existantes étaient également à l’ordre du jour afin de faire passer leur vocation d’un usage cryptographique à un usage général de centre de données.

Keel présente le futur complexe de Sherbrooke comme devant devenir l’un des plus importants projets de centre de données au Québec. L’entreprise prévoit également acquérir le terrain destiné au projet, une transaction qui demeure soumise à différentes conditions. Selon son échéancier annoncé en juillet, la conclusion de l’achat est prévue au premier trimestre de 2027.

Une opposition citoyenne qui ne faiblit pas

Depuis que le projet est devenu public, une mobilisation citoyenne s’est organisée à Sherbrooke.

Une pétition intitulée « Arrêter le projet de méga centre de données à Sherbrooke », lancée le 19 juillet, avait dépassé les 8 700 signatures vérifiées au moment d’écrire ces lignes. Ses instigateurs demandent notamment une étude exhaustive et publique des impacts environnementaux du projet ainsi que la tenue d’une rencontre publique avec la population.

Les préoccupations exprimées touchent notamment la consommation énergétique, les impacts possibles sur les boisés, le bruit et les ressources nécessaires au refroidissement des équipements. Il s’agit pour le moment de préoccupations avancées par les opposants au projet, alors que Keel affirme de son côté vouloir travailler avec les acteurs locaux et maintenir un dialogue avec la communauté pendant le développement du complexe.

Laure Letarte-Lavoie, Catherine Boileau et Fernanda Luz, les trois représentantes de Sherbrooke Citoyen au conseil municipal, ont déjà exprimé des réserves à l’égard du projet.

Avec la sortie de Mme Letarte-Lavoie suivant la séance du 18 août, la question de l’acceptabilité sociale et de la participation citoyenne revient maintenant au premier plan.

Alors que plusieurs étapes demeurent à franchir avant que le centre de données puisse voir le jour, les opposants au projet comptent manifestement continuer à utiliser les séances du conseil municipal pour obtenir des réponses.

Sources :

  • Publication publique de Laure Letarte-Lavoie concernant la séance du conseil municipal du 18 août 2026.
  • Ville de Sherbrooke, ordre du jour du conseil municipal du 7 juillet 2026 : conventions d’électricité et transfert d’une puissance autorisée de 96 MW.
  • Keel Infrastructure, mise à jour officielle sur le projet de centre de données de Sherbrooke, 15 juillet 2026.
  • Change.org, pétition « Arrêter le projet de méga centre de données à Sherbrooke ».

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