SHERBROOKE — Connaissez-vous Alexandre Boulerice ? Vous savez, ce bientôt ex-député fédéral sous la bannière du NPD, qui souhaite se faire élire dans Gouin, cette fois-ci au provincial avec Québec solidaire ? Ce député, le seul de sa formation au Québec depuis plusieurs années, s’estime peut-être à l’étroit à la Chambre des communes, où le Nouveau Parti démocratique (qui n’a plus rien de nouveau) n’a qu’une poignée de sièges, tandis que les libéraux piochent à gauche et à droite durant leur mandat majoritaire.
Alexandre Boulerice n’a pas le don de se faire des amis. Bien au contraire. Dans un récent commentaire sur Facebook, il évoquait l’absence de Paul St-Pierre Plamondon à la parade de la Fierté à Montréal, alors qu’il se serait adonné à une partie de mini-putt avec la légende Carl Carmoni, qui aura fait les belles heures de la télé québécoise dans les années 1980.
Plusieurs personnes ont tenté de corriger cette affirmation mensongère de Boulerice : PSPP, comme on l’appelle, était du côté des Îles-de-la-Madeleine, et son avion ne pouvait décoller à temps en raison des conditions météorologiques. Ce qui est attesté par une publication sur Facebook du principal intéressé, qui a mandaté des candidats de son parti pour le représenter lors de l’événement de Fierté Montréal.

Tout ce qui ne va pas avec la gauche « orange »
Boulerice n’en est pas à sa première controverse sur les réseaux sociaux. Il y a quelques mois, il a remis en question la santé mentale de PSPP, en affirmant « la bonne nouvelle, c’est que je suis sûr que ça se soigne », en réaction aux propos du chef péquiste qui disait devoir présumer qu’on l’espionne, lui et son parti. L’aspirant député solidaire a été dénoncé pour ses propos, au regard de l’histoire du Québec, où des opérations d’espionnage sont connues, documentées et avouées par le gouvernement fédéral lui-même.
Ce n’est pas une théorie du complot : dans les années 1970, la GRC a bel et bien mené des opérations clandestines contre le mouvement indépendantiste québécois. En 1971, elle participe notamment à la diffusion de faux communiqués attribués au FLQ, dont celui d’une fausse cellule appelée « La Minerve ». La commission McDonald établira même que la véritable origine de certains de ces communiqués n’avait pas été communiquée au gouvernement, contribuant à donner l’impression d’une activité felquiste plus importante qu’elle ne l’était réellement.
La liste est assez spectaculaire : vol de dynamite chez Richelieu Explosives, incendie de la grange du Petit Québec libre, introductions par effraction, puis vol et reproduction de la liste des membres du Parti québécois lors de l’opération HAM en 1973. Ces méthodes seront exposées par deux enquêtes publiques créées en 1977 : la commission Keable, au Québec, et la commission McDonald, à Ottawa. Cette dernière contribuera finalement au retrait des activités de renseignement de sécurité des mains de la GRC et à la création du SCRS en 1984.
C’est exactement ça, le problème avec la gauche « woke », « inclusive » ou « orange » : la mauvaise foi est naturelle chez eux. Ils ont une vision du monde profondément stéréotypée où l’on se voit comme dépositaire des valeurs humaines universelles, et où nos opposants ne sont que des réactionnaires n’ayant pas de cœur et qui ne pensent qu’à leur poche.
Oui, dit comme ça, ça semble caricatural. Pourtant, les mensonges colportés par Alexandre Boulerice minent davantage la crédibilité de Québec solidaire que n’importe lequel de ses opposants. Car QS ne sera pas vu comme un parti capable de faire des compromis, ce qui est essentiel pour espérer accéder au pouvoir.

Un autre tweet qui a choqué
Dans le petit milieu des indépendantistes québécois en ligne, un court tweet de Boulerice a profondément choqué : « Déportations : 1755, Exécutions : 1839. Nous sommes en 2024. » Comme si l’histoire du Québec ne pouvait se résumer qu’à des dates décontextualisées et comme si l’on ne vivait pas toujours dans le régime ayant succédé à l’Empire britannique responsable de ces actes.
Le Canada est quand même l’héritier légal des autorités britanniques qui ont dirigé le Québec. Le fédéral nous parle ces temps-ci de réparations en matière d’esclavage. Les partisans de cette demande évoquent que les personnes noires vivent toujours avec les conséquences de ces politiques.
Or, le Québec, lui, vit toujours avec la pression d’Ottawa et de ses politiques défavorables aux francophones. Bien sûr, l’on ne peut pas mettre l’esclavage des Noirs au même niveau que le colonialisme dont a fait l’objet le Québec et la majorité canadienne-française. Mais pourquoi, dans ce cas, évoquer des crimes passés pour demander des compensations au présent, alors que l’on raille des Québécois qui demandent que l’on commémore la Journée nationale des patriotes, en hommage à ceux qui se sont battus pour la liberté ?

Québec solidaire ne sauvera pas son parti avec Boulerice
Des gens ont affirmé que Boulerice avait compté dans son propre but en remettant en question la santé mentale de Paul St-Pierre Plamondon. Pourtant, Québec solidaire a dérogé à ses propres règles, qui disaient que, dans les circonscriptions potentiellement gagnables pour le parti, il se réservait normalement le droit de choisir une « femme ou autre ». Et non un homme blanc cisgenre ?
Le parti a fait une dérogation exceptionnelle pour qu’Alexandre Boulerice puisse se présenter dans Gouin. Ce qui indique que le batailleur du NPD est ce que les solidaires souhaitent pour espérer redonner un nouveau souffle à leur parti.
Or, Alexandre Boulerice n’est pas très aimé en dehors de petits milieux de gauche « orange » très fermés. Il sera vu comme quelqu’un d’incapable de compromis et ayant peu de tolérance face aux opinions contraires. Québec solidaire continuera de se marginaliser un peu plus chaque jour. Car, en ayant chassé Gabriel Nadeau-Dubois, qui voulait une gauche pragmatique capable de prendre le pouvoir, les radicaux ont pris toute la place.
C’est dommage pour le parti fondé avec, à sa tête, Amir Khadir et Françoise David. On s’ennuie de ces deux-là, parfois.
Note éditoriale: Ce texte est une chronique d’opinion. Les propos et analyses présentés sont ceux de l’auteur et n’engagent pas le Journal de Sherbrooke.
Sources :
- Commission d’enquête concernant certaines activités de la Gendarmerie royale du Canada, dite commission McDonald, rapport officiel du gouvernement du Canada. Le rapport répertorie notamment le faux communiqué du 19 décembre 1971 au nom de la cellule Minerve du FLQ, la prise de dynamite chez Richelieu Explosives, l’incendie de la grange de Sainte-Anne-de-la-Rochelle, l’opération Bricole et l’opération HAM visant des données concernant les membres du Parti québécois.
- Bibliothèque de l’Assemblée nationale du Québec, Commission Keable (1981). La commission d’enquête sur des opérations policières en territoire québécois a été créée le 16 juin 1977 et devait notamment enquêter sur la perquisition clandestine des 6 et 7 octobre 1972 à Montréal.
- Gouvernement du Canada, documents historiques sur la création du SCRS. Les scandales concernant les activités du Service de sécurité de la GRC ont mené à la commission McDonald, dont les recommandations ont précédé la création d’un service civil de renseignement, le SCRS, en 1984.

