Le « mauvais moment », éternel refuge des fédéralistes face à l’indépendance

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SHERBROOKE — Ce ne sera jamais le bon moment pour faire l’indépendance. Du moins, c’est ce qu’on pourrait croire si l’on écoute les arguments fédéralistes des libéraux ou des conservateurs. Ou même de la gauche néodémocrate. Du moins, ce qu’il en reste. Un récent sondage Léger a affirmé que les Québécois sont prêts à voter Oui dans une proportion de seulement 29 %. Ce qui est faible, considérant que ce sondage est mené régulièrement depuis des décennies.

Pourtant, si l’on écoute les oiseaux de malheur, ce ne sera jamais le bon moment pour faire l’indépendance. Chez les libéraux, notamment par la voix d’Antoine Dionne-Charest, Donald Trump représente une menace supplémentaire pour un Québec indépendant. Les appels à la solidarité pancanadienne se sont multipliés depuis le retour de l’improbable président à la Maison-Blanche.

Pourtant, on ne peut pas parler ici de « Team Canada » : tout le monde joue tout seul dans son coin de la patinoire, en espérant que l’ouragan Trump finisse par passer. On se souvient de Doug Ford, premier ministre de l’Ontario, qui fera campagne aux États-Unis pour dénoncer les tarifs imposés par Washington. Ce qui fera l’objet d’une mesure punitive : les tarifs à l’égard du Canada auront été augmentés.

Même chose du côté de l’Alberta et de la Colombie-Britannique. Chacun joue dans son coin, mais ce n’est pas à eux que le manque de solidarité est reproché, mais encore et toujours au Québec.

Un argument qui ne date pas d’hier

Déjà, Pierre Elliott Trudeau parlait de la « piastre à Lévesque » : un dollar québécois vaudrait entre 65 et 70 cents par rapport au dollar américain. Pourtant, cela fait des années que le dollar canadien se maintient bien en dessous de ces valeurs face au billet vert.

L’argument des fédéralistes a longtemps été : pourquoi vouloir se séparer alors que les choses vont bien ? En effet, durant les années 90, le Canada était champion du monde au niveau de l’indice de développement humain. Ce qui fait dire à Jean Chrétien une formule qui marquera les esprits : « Nous sommes le plus meilleur pays du monde ! »

Maintenant, c’est l’inverse : puisque nous sommes en pleine tempête, pourquoi vouloir se séparer ? Pourtant, c’est quand même sous le règne de Justin Trudeau que la taille de la bureaucratie a augmenté de 40 %. C’est quand même sous des gouvernements fédéralistes que se sont réalisées des prophéties autoréalisatrices sur les problèmes qui seraient supposément causés par l’indépendance.

Pensons aux déménagements des sièges sociaux. Ou encore à la valeur du dollar canadien. Notre monnaie ne vaut pas grand-chose lorsqu’on voyage à l’étranger. Cela aurait été, par contre, un argument pour le secteur manufacturier, s’il n’était pas mis à mal par les tarifs. Et le départ de compagnies installées au Québec en direction du sud.

Tout ça pour ça ?

Certains nous disent : il ne faut pas quitter le Canada, car les choses vont bien. Et d’autres disent : il ne faut pas quitter le Canada, car les choses vont mal. Personne n’a dit que le Québec indépendant serait la solution à tous nos problèmes. Mais cela pourrait simplifier une chose : la bureaucratie. Le fait de ne pas avoir deux gouvernements qui se tirent dans les pattes aiderait beaucoup. Et le Canada ne pourra jamais concilier les intérêts divergents de toutes les provinces.

Si l’agriculture de la Saskatchewan a profité des récents accords Canada-Chine, on ne peut pas en dire autant du secteur automobile ontarien, déjà mis à mal par les tarifs de Trump. Et lorsque le dollar canadien est fort, cela est bon pour le pétrole de l’Alberta, mais pas pour le secteur manufacturier du Québec.

D’où l’importance d’observer la résilience des petits États et les problèmes croissants des grands territoires fédérés comme les États-Unis, la Russie ou le Canada. Le Québec a assurément son épingle du jeu à tirer de toutes ces tensions.

Note éditoriale: Ce texte est une chronique d’opinion. Les propos et analyses présentés sont ceux de l’auteur et n’engagent pas le Journal de Sherbrooke.

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