Le front s’élargit contre le projet de mégacentre de données à Sherbrooke

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SHERBROOKE — La contestation entourant le projet de mégacentre de données de Keel Infrastructure prend de l’ampleur à Sherbrooke. Après une mobilisation citoyenne amorcée dans les dernières semaines, plusieurs organisations communautaires et militantes de la région annoncent maintenant leur intention de s’opposer au projet. Une première assemblée citoyenne est prévue le 22 septembre.

Le projet de centre de données que souhaite développer Keel Infrastructure dans le parc industriel de Sherbrooke continue de susciter des réactions. Alors que les premières critiques provenaient principalement de citoyens préoccupés par les conséquences du projet, plusieurs organisations estriennes commencent désormais à relayer la mobilisation et à appeler publiquement à s’y opposer.

Parmi elles se trouve Solidarité populaire Estrie (SPE), une coalition régionale réunissant des organisations syndicales, populaires, communautaires, féministes, environnementales et étudiantes. L’organisme affirme vouloir une mobilisation sociale contre le mégacentre et invoque notamment les questions de consommation énergétique, de bruit, de souveraineté numérique, de retombées économiques et de transparence entourant le projet.

Solidarité populaire Estrie n’est d’ailleurs pas étrangère aux enjeux liés à la gestion des données. Parmi les campagnes qu’elle appuie déjà figure « Reprenons le contrôle de nos données », qui critique notamment la dépendance du Québec envers des entreprises privées et étrangères pour l’hébergement de données publiques.

Le TROVEP de l’Estrie entre également dans la mobilisation

Le TROVEP de l’Estrie, la Table ronde des organismes volontaires d’éducation populaire de l’Estrie, relaie également l’appel à la mobilisation.

L’organisation fait partie du réseau de Solidarité populaire Estrie et intervient notamment dans des dossiers liés à la justice sociale, à l’éducation populaire et à la participation citoyenne.

Dans un message diffusé sur les réseaux sociaux, le TROVEP reproche notamment aux élus sherbrookois d’avoir donné leur aval à la vente conditionnelle d’une partie de quatre lots du secteur industriel sans avoir préalablement tenu de consultation publique.

Un groupe Facebook intitulé « Arrêter le projet de méga centre de données à Sherbrooke » sert également de lieu de rassemblement pour les citoyens qui désirent suivre le dossier et organiser la contestation.

La mobilisation dépasse donc progressivement l’opposition de quelques citoyens et commence à rejoindre des organisations déjà implantées dans le milieu communautaire sherbrookois.

Un texte favorable à cette mobilisation a également été publié par un militant dans le journal Révolution communiste. Celui-ci défend notamment l’idée qu’aucun centre de données ne devrait être développé sans un contrôle démocratique des travailleurs et de la communauté.

Un immense centre destiné notamment à l’intelligence artificielle

Keel Infrastructure présente pour sa part son projet comme une transformation de ses activités existantes plutôt que comme une nouvelle demande massive d’électricité.

La compagnie dispose actuellement de 96 mégawatts de puissance associés à trois installations de minage de cryptomonnaies situées à Sherbrooke. L’entreprise veut regrouper cette puissance sur un seul campus et convertir son utilisation vers le calcul informatique haute performance et l’intelligence artificielle. Keel affirme ne demander aucune puissance électrique supplémentaire.

Ces 96 MW ne sont pas nouveaux. En 2022, la Ville de Sherbrooke indiquait déjà que cette puissance avait été réservée aux activités de Bitfarms — entreprise devenue depuis Keel Infrastructure — dans le contexte de la fermeture du Centre de la Pointe. La Ville estimait alors que cette consommation devait générer une contribution financière annuelle d’environ 11 millions de dollars.

Le projet actuel constitue néanmoins un changement majeur dans la nature des activités envisagées. Keel souhaite passer du minage de bitcoins à des infrastructures destinées au calcul haute performance, notamment pour l’intelligence artificielle. L’entreprise présente elle-même le futur complexe de Sherbrooke comme devant devenir l’un des plus importants centres de données du Québec.

Le transfert des 96 MW vers le nouveau site doit encore recevoir l’approbation du ministère québécois de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie. L’acquisition du terrain demeure elle aussi conditionnelle à différentes étapes, dont des inspections, des analyses de faisabilité et des autorisations municipales. Keel prévoit actuellement conclure l’achat du terrain au premier trimestre de 2027.

Transparence et acceptabilité sociale au cœur des critiques

Pour les opposants, l’enjeu ne se limite toutefois pas au nombre de mégawatts consommés.

Solidarité populaire Estrie et les citoyens mobilisés soulèvent notamment des questions concernant le bruit, les conséquences environnementales, les retombées économiques réelles du projet, la souveraineté numérique ainsi que la place accordée à la population dans les décisions entourant une infrastructure de cette ampleur.

La question de la consultation risque ainsi de devenir l’un des principaux champs de bataille du dossier.

Keel affirme de son côté vouloir rencontrer la population et obtenir une forme d’acceptabilité sociale avant la réalisation du complexe. L’entreprise soutient également que le projet permettrait essentiellement de déplacer une consommation électrique déjà existante plutôt que de l’augmenter.

Cette distinction ne semble toutefois pas convaincre les groupes qui se mobilisent, qui souhaitent maintenant élargir le débat à la façon dont Sherbrooke décide de l’utilisation de son énergie et de son territoire industriel.

Une assemblée citoyenne prévue en septembre

Une nouvelle étape de la mobilisation est déjà annoncée.

Une première assemblée citoyenne doit avoir lieu le mardi 22 septembre au Petit Hôtel, sur la rue Frontenac, afin de discuter du projet, de ses impacts et des moyens d’action possibles.

D’autres assemblées seraient également en préparation.

Le dossier pourrait ainsi accompagner la rentrée politique sherbrookoise. Le projet n’est pas encore construit, plusieurs autorisations restent nécessaires et les opposants disposent encore de temps pour tenter d’influencer son développement.

Ce qui était au départ surtout une contestation citoyenne prend maintenant une autre dimension avec l’arrivée d’organisations comme Solidarité populaire Estrie et le TROVEP de l’Estrie.

À Sherbrooke, le débat entourant le mégacentre de données semble donc loin d’être terminé.

Sources

  • Keel Infrastructure, mise à jour officielle sur le projet de centre de données de Sherbrooke, 15 juillet 2026.
  • Ville de Sherbrooke, fermeture du Centre de la Pointe et réservation de 96 MW, décembre 2022.
  • Solidarité populaire Estrie, présentation de l’organisme, de ses membres et de ses campagnes.
  • Publications publiques de Solidarité populaire Estrie, du TROVEP de l’Estrie et du groupe « Arrêter le projet de méga centre de données à Sherbrooke » fournies pour cet article.
  • Keel Infrastructure, documents corporatifs et informations aux investisseurs.

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