Un Québec polarisé : à quoi pourrait ressembler l’élection de 2026

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SHERBROOKE — Il est encore trop tôt pour déterminer avec précision ce que sera le prochain gouvernement élu au Québec. Par contre, des tendances se dessinent. Il faut dire qu’on est à deux mois des élections, ce qui est, en politique, une éternité.

Le Parti québécois devrait probablement l’emporter, même s’il sera minoritaire ou faiblement majoritaire. Il faut dire que l’électorat apeuré à l’idée de l’indépendance ne prendra pas le risque de voter pour la CAQ ni pour Québec solidaire, s’il se trouve sur l’île de Montréal. Ce sera encore plus vrai si le référendum devient un enjeu de la campagne. C’est ce qu’on appelle la « question de l’urne ». D’où, par exemple, la volonté d’un ultra-fédéraliste comme Balarama Holness de mettre fin à la division du vote fédéraliste, en appelant les gens à se joindre aux libéraux face à une menace qu’ils considèrent comme existentielle.

Paul St-Pierre Plamondon sera sali tout au long de la campagne comme étant une sorte de raciste pur jus, qui souhaite déporter les travailleurs temporaires et fermer complètement les portes de l’immigration. Il ne faut surtout pas qu’il tombe là-dedans, à devoir constamment se justifier et potentiellement faire des gaffes en chemin. Il doit maintenir sa ligne coûte que coûte. Les électeurs seront les seuls juges; les médias feront majoritairement campagne contre PSPP.

La campagne, à ce niveau, sera sale, très sale. Québec solidaire lancera des noms d’oiseaux sur le meneur, en espérant sauver ses quelques sièges en dehors du centre-ville de Montréal. Ruba Ghazal sera réélue, mais pas Sol Zanetti, qui continuera de faire un fou de lui à mesure que la campagne avancera. S’il est indépendantiste, il demeure facilement irritable lorsque le Parti québécois lui vole la vedette. Et cela nuira à l’image de Québec solidaire, qui sera vu comme un parti incapable de tendre la main, par exemple en vue d’un futur référendum qui ne pourra pas être le fait d’un seul parti.

Charles Milliard restera chef si le Parti québécois est minoritaire ou faiblement majoritaire. Il formera une sorte de gouvernement en « attente », un peu comme Pierre Poilievre à Ottawa avant que son élan ne soit brisé par l’élection et les événements qui ont mené les libéraux à devenir majoritaires. Milliard multiplie présentement les erreurs stratégiques, des erreurs de débutant qui plus est. Ses candidats qui se sont désistés, son incapacité à mobiliser autour de projets rassembleurs, lui qui répète ad nauseam la « cassette » voulant que PSPP soit là pour « diviser » et que lui soit là pour « unir », sont accueillis par des soupirs.

Milliard gagnera des circonscriptions autrefois solidaires, en raison d’un vote immigrant très fort, qui sera mobilisé en masse en vue d’un éventuel référendum. Mais il sera presque nul dans les circonscriptions où la « majorité historique francophone », pour reprendre cet euphémisme, est toujours celle qui décide du nouveau député.

Quant à la CAQ, elle sera réduite à quelques poussières. Elle remportera quelques sièges, mais Christine Fréchette finira par démissionner de ce qui était un emploi d’été. Le parti ne s’en remettra probablement jamais. Il faut dire que la question de l’indépendance reviendra sur toutes les lèvres et qu’il n’y aura pas de place pour les autonomistes et ceux qui ont peur de trop se mouiller.

Éric Duhaime, finalement, sera lui-même battu dans sa circonscription. Il ne l’emportera pas, en raison de l’effet « tout sauf Duhaime ». Par contre, il fera élire quelques députés, notamment en Beauce. Il continuera de faire partie du paysage politique québécois, pour le meilleur et pour le pire. Il sera l’un des gagnants de cette campagne.

Québec solidaire perdra ses circonscriptions en région, ne conservant que quelques sièges à Montréal. Certains sièges jadis sous sa bannière passeront au Parti québécois dans les secteurs à l’est de Montréal, et aux libéraux pour ceux plus à l’ouest. La formation survivra, mais en ressortira très affaiblie. Il faut dire que les militants du parti sont intransigeants et chercheront des coupables. Les médias ? La « droite » ? Les racistes ? Allez savoir…

Rien n’est encore coulé dans le béton. La campagne s’annonce longue, difficile et surtout désagréable pour tout le monde.

Note éditoriale: Ce texte est une chronique d’opinion. Les propos et analyses présentés sont ceux de l’auteur et n’engagent pas le Journal de Sherbrooke.

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