SHERBROOKE – À moins de deux mois des élections québécoises du 5 octobre, Mathieu Bock-Côté y va d’une comparaison pour le moins audacieuse. Dans une publication diffusée sur Facebook, le chroniqueur estime que la première ministre Christine Fréchette pourrait devenir une sorte de « Kim Campbell québécoise », en référence à la débâcle historique du Parti progressiste-conservateur du Canada en 1993.
« Christine Fréchette fait penser à Kim Campbell. Vous ne vous souvenez plus d’elle? Vous avez compris l’idée », écrit Mathieu Bock-Côté au terme d’un long texte consacré aux difficultés de la Coalition avenir Québec.
La comparaison est évidemment provocatrice, mais elle s’appuie sur une situation électorale qui demeure difficile pour la CAQ.
Selon la projection de Qc125 mise à jour le 6 août, le parti de Christine Fréchette recueillerait environ 20 % des voix et ne ferait élire que quatre députés si des élections avaient lieu dans les conditions actuelles. La fourchette du modèle est toutefois très large, allant de zéro à 18 sièges, ce qui témoigne également de l’incertitude entourant l’issue du scrutin.
Le plus récent sondage recensé par Qc125, réalisé par Pallas Data le 2 août, plaçait pour sa part la CAQ à 19 %, derrière le Parti québécois à 31 % et le Parti libéral du Québec à 27 %.

Un « effet Fréchette » qui se serait essoufflé
Dans sa publication, Mathieu Bock-Côté remet également en question l’idée d’un « effet Fréchette » ayant permis à la CAQ de se relancer après le remplacement de François Legault.
« Le pseudo effet Fréchette, auquel on cherche à nous faire croire depuis des semaines n’a rien donné. La balloune n’a même pas pu péter : elle n’a jamais gonflé », affirme-t-il.
Cette affirmation mérite toutefois d’être nuancée. Au mois de mai, un sondage Léger avait bel et bien mesuré une remontée de la CAQ à 22 % des intentions de vote, alors que la formation traversait auparavant une période particulièrement difficile. Léger parlait alors lui-même d’un « effet Fréchette ».
L’élan semble cependant avoir perdu de sa vigueur par la suite. En juin, la CAQ était redescendue à 21 %, tandis que la satisfaction envers le gouvernement Fréchette était passée de 47 % en mai à 38 %. Léger soulignait également que seulement 47 % des électeurs ayant exprimé une intention de vote considéraient leur choix comme définitif, laissant une importante marge de mouvement avant le scrutin.
Le précédent spectaculaire de Kim Campbell
C’est ici que la référence à Kim Campbell prend tout son sens.
En juin 1993, Kim Campbell avait succédé à Brian Mulroney comme première ministre du Canada et cheffe du Parti progressiste-conservateur. Elle devenait par le fait même la première femme à diriger le gouvernement fédéral canadien.
Quelques mois plus tard, la catastrophe électorale était totale.
Le Parti progressiste-conservateur, qui avait remporté 169 des 295 sièges lors des élections de 1988, n’en conserva que deux en 1993. Son vote populaire passa de 43 % à environ 16 %. Kim Campbell elle-même perdit son siège.
La défaite est depuis devenue l’un des exemples les plus spectaculaires d’effondrement d’un parti au pouvoir dans l’histoire politique canadienne.
C’est cette image qu’invoque Mathieu Bock-Côté lorsqu’il évoque l’avenir de Christine Fréchette.
La CAQ pourrait-elle réellement disparaître?
Bock-Côté va cependant plus loin que la simple comparaison entre deux premières ministres ayant hérité d’un gouvernement impopulaire peu avant une élection.
Selon lui, la CAQ souffrirait d’un problème existentiel. Contrairement au Parti québécois, qui a pu survivre à plusieurs défaites grâce à son projet souverainiste et à une importante base militante, la Coalition avenir Québec aurait davantage de difficulté à définir sa raison d’être une fois écartée du pouvoir.
« Cette coalition de circonstances rassemble des gens qui ne pensent pas la même chose », écrit-il, allant jusqu’à qualifier la CAQ de « coalition d’opportunistes sans opportunités ».
Il s’agit ici clairement d’un jugement politique de la part du chroniqueur, et non d’un constat pouvant être établi par les sondages.
Il reste néanmoins que la situation électorale actuelle de la CAQ est sans commune mesure avec celle de 2022. Le parti avait alors obtenu 41 % des suffrages et remporté une imposante majorité. Qc125 lui accorde aujourd’hui environ la moitié de cet appui, à 20,2 %.
La projection de quatre sièges permet donc de comprendre pourquoi le spectre d’une débâcle historique commence à être évoqué.
Pour autant, transformer Christine Fréchette en nouvelle Kim Campbell demeure, à ce stade, une hypothèse beaucoup plus qu’une prédiction certaine. La campagne électorale n’a pas encore livré son verdict, une proportion importante de l’électorat demeure susceptible de changer d’avis et quelques points de pourcentage peuvent faire basculer plusieurs circonscriptions.
Mathieu Bock-Côté assume d’ailleurs lui-même cette part d’incertitude : « La campagne pourrait toujours surprendre. Mais justement, ce serait une vraie surprise. »
La comparaison avec Kim Campbell frappe l’imaginaire. Reste maintenant à savoir si elle apparaîtra, au lendemain du 5 octobre, comme une anticipation particulièrement juste — ou simplement comme l’une des formules les plus spectaculaires de la précampagne québécoise.
Sources
- Mathieu Bock-Côté, publication Facebook « La CAQ, passée date, risque la disparition (ou pourquoi Christine Fréchette risque d’être notre Kim Campbell) », 8 août 2026.
- Qc125, « Projection Qc125 | Québec », mise à jour du 6 août 2026. Qc125 présente également le sondage Pallas Data du 2 août 2026, qui plaçait la CAQ à 19 %, le PLQ à 27 %, QS à 9 %, le PQ à 31 % et le PCQ à 14 %.
- Léger–Québecor, « Intentions de vote au Québec : une lutte à trois se dessine à l’approche de 2026 », 20 mai 2026. Ce sondage mesurait notamment la CAQ à 22 % et documentait ce que Léger qualifiait alors d’« effet Fréchette ».
- Léger–Québecor, « Intentions de vote au Québec : le PQ reste en tête, mais rien n’est encore joué », 17 juin 2026. La CAQ y obtenait 21 % et la satisfaction envers le gouvernement Fréchette était passée de 47 % en mai à 38 % en juin.
- Élections Québec, résultats des élections générales du 3 octobre 2022. La CAQ avait obtenu 40,98 % des voix et fait élire 90 députés.
- L’Encyclopédie canadienne, dossier biographique sur Kim Campbell. Le Parti progressiste-conservateur qu’elle dirigeait avait été réduit à deux sièges lors des élections fédérales de 1993.

