SHERBROOKE – Le Québec interdit désormais la culture et la vente de plusieurs espèces floristiques exotiques envahissantes. Une mesure importante pour l’Estrie, particulièrement touchée par leur propagation, mais qui ne règle pas le problème des espèces déjà bien implantées.
Le Conseil régional de l’environnement de l’Estrie (CREE) accueille favorablement l’entrée en vigueur du nouveau Règlement sur les espèces floristiques exotiques envahissantes adopté par le gouvernement du Québec.
En vigueur depuis le 4 juin, celui-ci vise 31 espèces jugées nuisibles pour la biodiversité québécoise. Il interdit notamment leur culture à des fins de multiplication ainsi que leur vente. Une période de transition d’un an est toutefois accordée pour la vente de six espèces encore largement commercialisées.
Une région particulièrement touchée
Les espèces exotiques envahissantes sont des plantes, des animaux ou des microorganismes introduits à l’extérieur de leur aire de répartition naturelle. Lorsqu’elles réussissent à s’établir, elles peuvent prendre la place d’espèces indigènes et perturber durablement les écosystèmes.
En Estrie, plusieurs plantes visées par le règlement sont déjà largement répandues. C’est notamment le cas du nerprun bourdaine, du nerprun cathartique, du roseau commun, aussi appelé phragmite, et de la renouée du Japon.
Ces espèces peuvent menacer les milieux naturels et humides, les forêts, les terres agricoles ainsi que les lacs et les rivières. Leur présence entraîne également des dépenses importantes pour les municipalités, les organismes environnementaux et les propriétaires qui tentent de contrôler leur propagation.
Selon le CREE, l’Estrie fait partie des régions québécoises les plus touchées par cette problématique.
Des plantes autrefois vendues pour leur apparence
Plusieurs espèces aujourd’hui considérées comme envahissantes ont d’abord été introduites au Québec à des fins horticoles ou ornementales. Leur apparence, leur résistance ou leur croissance rapide les rendaient attrayantes pour l’aménagement des terrains.
Elles ont cependant réussi à quitter les jardins pour coloniser les boisés, les fossés, les rives et les milieux humides.
Depuis plusieurs années, des acteurs environnementaux de la région dénonçaient le fait de devoir investir du temps et de l’argent pour contrôler certaines plantes alors que celles-ci pouvaient encore être vendues, échangées ou cultivées.
Le nouveau règlement devrait donc contribuer à fermer progressivement cette porte et à réduire les risques de nouvelles introductions.
Le CREE souhaite aller plus loin
Malgré son appui à la réglementation, le CREE estime que l’approche du Québec demeure principalement réactive. Les espèces ajoutées à la liste ont généralement déjà démontré leur capacité à se propager et à causer des dommages.
L’organisme souhaite que la province adopte graduellement une approche davantage axée sur la prévention. Plutôt que d’interdire les espèces une fois leurs effets négatifs constatés, seules les plantes reconnues comme peu susceptibles de devenir envahissantes pourraient éventuellement être autorisées à la vente et à la culture.
Cette approche permettrait de mieux protéger les écosystèmes contre des espèces qui ne sont pas encore présentes en Estrie ou au Québec.
La prévention est particulièrement importante puisque l’éradication d’une plante envahissante devient souvent extrêmement difficile, voire impossible, une fois celle-ci bien implantée. Le nerprun bourdaine, par exemple, peut nuire à la régénération de plusieurs arbres lorsqu’il domine le sous-bois, tandis que le nerprun cathartique peut perturber la croissance de plantes indigènes et certains habitats fauniques.
Une première étape
Pour le CREE, le règlement représente malgré tout une avancée importante dans la lutte contre les espèces floristiques exotiques envahissantes.
Il devrait réduire les risques liés à leur commercialisation et limiter l’arrivée de nouvelles plantes susceptibles de perturber les milieux naturels, ruraux et agricoles de l’Estrie.
Le défi demeure toutefois considérable. Plusieurs des espèces ciblées sont déjà profondément enracinées dans la région et continueront de nécessiter des efforts de détection, de contrôle et de sensibilisation.
Le règlement constitue donc une étape importante, mais la lutte contre les espèces envahissantes devra se poursuivre sur le terrain.
Source : Conseil régional de l’environnement de l’Estrie (CREE), Une avancée importante pour la biodiversité, mais le travail n’est pas terminé, 5 août 2026.

