SHERBROOKE – Avec Brève histoire de la médecine au Québec, Denis Goulet signe un ouvrage à la fois ambitieux et étonnamment accessible. Loin d’un livre réservé aux spécialistes, cette synthèse parvient à rejoindre un public large sans sacrifier la rigueur. La lecture est fluide, presque narrative, et donne rapidement l’impression d’entrer dans une histoire vivante plutôt que dans un manuel académique. C’est précisément cette capacité à vulgariser sans simplifier qui fait la force de l’ouvrage.
Dès les premiers chapitres, le lecteur est transporté à l’époque de la Nouvelle-France, dans un monde où la médecine relevait souvent de l’improvisation. On y découvre des personnages aujourd’hui insolites, comme les chirurgiens-barbiers, qui témoignent d’une époque où les frontières entre les métiers étaient floues. Les populations faisaient alors avec les moyens du bord, entre savoirs empiriques, traditions et croyances. Cette plongée dans les débuts rappelle à quel point la médecine, telle qu’on la connaît aujourd’hui, est le fruit d’une lente construction.
Mais même dans ce contexte rudimentaire, certaines préoccupations modernes étaient déjà bien présentes. Le financement des hôtels-Dieu, destinés aux plus démunis, montre que la question de l’accès aux soins ne date pas d’hier. Goulet met habilement en lumière ces continuités historiques, qui donnent une profondeur inattendue aux débats actuels. On comprend alors que les enjeux liés à la santé publique s’inscrivent dans une longue tradition, bien avant la création des systèmes contemporains.
Le véritable tournant survient avec le régime britannique, qui amorce une professionnalisation de la médecine. Peu à peu, la pratique s’encadre, se structure et se dote d’institutions capables de réguler l’accès à la profession. La fondation de collèges et d’ordres professionnels marque une rupture importante avec l’époque précédente. Comme le montre bien l’auteur, cette transformation ne concerne pas seulement les médecins eux-mêmes, mais redéfinit aussi le rapport de la société à la santé.
L’un des aspects les plus intéressants du livre réside dans son analyse du processus de médicalisation. Goulet ne se limite pas à retracer l’évolution des pratiques médicales : il montre comment la médecine s’est progressivement imposée dans la vie quotidienne des Québécois. La santé devient alors une affaire collective, encadrée par des institutions et intégrée dans les politiques publiques. Cette transformation profonde explique en grande partie l’importance accordée aujourd’hui au système de santé.
Ce constat trouve d’ailleurs un écho direct dans l’actualité. Selon un sondage récent de la firme Léger réalisé en 2025, la santé demeure la priorité numéro un des Québécois, devant des enjeux pourtant majeurs comme l’économie ou l’environnement. Cette réalité prend tout son sens à la lumière de l’ouvrage, qui montre que cette préoccupation n’est pas nouvelle, mais le résultat d’une évolution historique profonde.
Au final, Brève histoire de la médecine au Québec s’impose comme une lecture à la fois instructive et agréable. Denis Goulet réussit le pari de rendre accessible un sujet complexe, sans jamais le dénaturer. Que l’on soit professionnel de la santé ou simple lecteur curieux, on y trouve matière à réflexion. C’est un livre qui éclaire le présent en racontant le passé, et qui rappelle que derrière les institutions et les débats se cache avant tout une histoire profondément humaine.

Fiche du livre
Titre : Brève histoire de la médecine au Québec
Sous-titre : De la Nouvelle-France à aujourd’hui
Auteur : Denis Goulet
Éditeur : Septentrion
Date de parution : 28 avril 2026
Nombre de pages : 282 pages

