SHERBROOKE – Blanc bonnet, bonnet blanc. L’expression peut sembler usée, mais elle décrit avec une précision troublante la situation politique actuelle. L’arrivée de Christine Fréchette à la tête du gouvernement ne donne pas l’impression d’un nouveau départ, mais plutôt celle d’un simple ajustement à l’intérieur d’un système déjà bien en place.
Un déni de démocratie ?
La comparaison avec Pauline Marois s’impose d’elle-même. En 2012, les Québécois avaient tranché. Il y avait eu un débat, une campagne, un choix collectif. Aujourd’hui, environ 20 000 membres d’un parti ont suffi pour désigner celle qui dirigera l’État. C’est peu. Très peu, à l’échelle d’une société de plusieurs millions de citoyens. Et même si le processus est conforme aux règles, il laisse un goût d’inachevé sur le plan démocratique.
On entend souvent les critiques à l’égard des élections municipales, où les maires sont parfois élus avec une faible proportion du vote populaire. Mais au moins, les citoyens ont voix au chapitre. Ils peuvent choisir, comparer, trancher entre différentes visions. Dans le cas présent, ce pouvoir est concentré entre les mains d’un groupe restreint, ce qui alimente inévitablement un sentiment de distance entre la population et ceux qui la gouvernent.
La continuité comme projet de société
Ce qui frappe surtout, c’est l’absence de rupture. Car derrière ce changement de leadership, c’est la même équipe qui demeure en place, avec les mêmes réflexes, les mêmes priorités et, pour plusieurs, les mêmes erreurs. Il serait étonnant que la nouvelle première ministre prenne ses distances de façon marquée avec l’héritage de François Legault. Les structures sont les mêmes, les visages autour de la table aussi, et la culture politique du parti n’a pas changé du jour au lendemain.
Pourtant, les conditions étaient réunies pour faire autrement. Le gouvernement Legault a bénéficié d’un contexte exceptionnel : une majorité forte, une opposition fragmentée, et une population initialement prête à lui accorder le bénéfice du doute. Un véritable boulevard pour entreprendre des réformes structurantes, que ce soit en santé, en éducation ou en développement économique.
Un État géré comme une table de blackjack
Or, au fil des années, ce potentiel s’est dilué. Plusieurs décisions ont donné l’impression d’une gestion à courte vue, marquée par des annonces ponctuelles et des projets aux retombées incertaines. À certains égards, l’action gouvernementale a semblé relever davantage d’une logique de casino que d’une planification à long terme. Une impression d’improvisation qui tranche avec les attentes élevées du départ.
La course à la direction elle-même n’a fait que confirmer cette dynamique. Bernard Drainville a bien tenté de réduire l’écart en fin de parcours, mais l’issue semblait connue d’avance. Christine Fréchette apparaissait comme la candidate naturelle du système, celle autour de qui le consensus interne s’était déjà formé. Une victoire logique, mais peu porteuse de renouveau.
Cela pose une question plus large sur la nature même de la Coalition avenir Québec. Le terme « coalition » laisse entendre un équilibre entre différentes sensibilités, une capacité à rassembler au-delà des lignes traditionnelles. Or, dans les faits, cette cohabitation entre rouges fédéralistes et bleus nationalistes semble de plus en plus déséquilibrée.
Les premiers donnent le ton, imposent leur lecture des enjeux et orientent les décisions, pendant que les seconds suivent, souvent relégués à un rôle secondaire. Une coalition, en théorie, suppose un partage réel du pouvoir. Mais ici, tout indique que les rouges dominent et finissent par écraser les bleus.
En attendant le changement réel
Le résultat, c’est un gouvernement qui avance, mais sans véritable débat de fond sur la direction à prendre. Et surtout, une population qui semble de plus en plus en retrait, comme si les grandes décisions se prenaient ailleurs, dans un cercle restreint. Cette distance nourrit le cynisme, mais aussi une forme de résignation tranquille, où l’on accepte que les choses suivent leur cours sans réellement les remettre en question.
L’image du boulevard qui finit en cul-de-sac résume bien ce sentiment. On a l’impression d’être engagé sur une voie prometteuse, mais qui, au final, ne mène nulle part. Le Québec avance, oui, mais sans cap clair, et sans véritable remise en question de ses choix récents.
Rien n’est encore joué. Mais pour espérer un véritable changement, il faudra plus qu’un simple changement de chef. Il faudra une volonté réelle de revoir les façons de faire, de redonner une place aux citoyens dans les décisions, et surtout, de sortir de cette impression persistante de « déjà-vu » qui colle à la politique québécoise actuelle.
Note éditoriale: Ce texte est une chronique d’opinion. Les propos et analyses présentés sont ceux de l’auteur et n’engagent pas le Journal de Sherbrooke.

