Montée de l’IA : Le journaliste commun d’Amérique, une espèce en voie d’extinction ?

Partagez

Écoutez cet article en version audio :
0:00
0:00

SHERBROOKE – La tempête passe… mais l’enjeu demeure.


Avec l’arrivée de l’intelligence artificielle — capable de corriger, rédiger, produire des entrevues, des vidéos, des analyses et même des images réalistes en quelques secondes tout en effectuant des recherches mille fois plus efficacement qu’un humain — pouvons-nous vraiment y échapper ?

Personnellement, je demeure nostalgique de l’époque des journaux papier. Du papier un peu froissé entre mes mains, d’un bon déjeuner et d’un café encore chaud. Il y avait quelque chose de méditatif et d’apaisant dans cette façon de lire les nouvelles. C’était le bon temps. Du vrai journalisme de terrain, celui des zones de guerre, des crises politiques, des guerres de motards ou du journalisme engagé, où l’on prenait des risques pour informer. Du temps où chaque mot avait un poids. Du temps où l’on ne vendait pas notre mère et qu’on ne ruinait pas des vies pour une poignée de clics.

Malheureusement, cette époque semble révolue.
Aujourd’hui, l’information est omniprésente, voyage à une vitesse fulgurante et atteint un niveau jamais vu dans l’histoire de l’humanité. Ce n’est plus l’information qui manque, mais le discernement pour la comprendre, la filtrer et lui redonner du sens.


Le voile est tombé

Le métier de journaliste n’est pas reconnu, régi ni protégé au Québec. Tout comme les naturopathes, les journalistes ne relèvent d’aucun ordre professionnel, mais seulement d’associations plus ou moins représentatives. On nous martèle des mots comme déontologie, association, confiance, éthique, mais la vérité est simple : le journalisme commun n’est encadré par aucune instance officielle. Ils opèrent à travers des balises et des règles de conduite aussi dilués et floues qu’un homéopathe ou un hypnothérapeute.

On croyait assister à un assassinat sur la place publique, mais une véritable bombe à retardement vient d’être activée au sein de l’écosystème, ou plutôt du quasi microclimat médiatique québécois…

Qu’on le veuille ou non, l’intelligence artificielle peut déjà s’acquitter de la quasi-totalité des tâches d’un journaliste ordinaire — et elle est exponentiellement meilleure de jour en jour.

Déjà, les grandes compagnies médiatiques réduisent massivement leurs effectifs. Les coupures pleuvent dans toutes les salles de rédaction, les postes sont fusionnés, les pigistes abandonnent. Ils méritent tout notre respect. Ces femmes et ces hommes ont longtemps porté à bout de bras un métier exigeant, souvent ingrat, et parfois profondément inhumain.

Mais posons-nous la vraie question :
Est-ce que toute cette mise en scène, cette agitation collective coordonnée autour du Journal de Sherbrooke et de Tim Gaudreau, ce persona non grata qui utilise l’IA dans son entreprise de média, ne viserait pas à précipiter la création d’un ordre professionnel — non pas pour protéger la vérité, mais pour protéger des emplois ?

Comment expliquer qu’une simple rectification banale de routine, une erreur journalistique isolée, qui a été corrigée immédiatement comme le retrait d’une citation publique et d’une photo — devienne soudainement un crime grave, une fraude, un plagiat, un acte impardonnable, alors que les médias doivent effectuer ce genre de correction couramment ?

On ne peut nier que les médias remâchent tous souvent les mêmes nouvelles sous d’autres titres ou mots. Nos textes, qui sont tous originaux et en aucun cas des copies intégrales, reflète pourtant un contenu tout autant unique. Un lecteur avisé peut d’ailleurs constater que plusieurs de nos publications sont inédites, abordant des sujets jamais traités ailleurs.

Pourtant, on tente à tout prix de faire croire que notre site serait entièrement “faux”, qu’il s’adonnerait au plagiat ou même à une usurpation d’identité — des accusations fausses, graves et totalement infondées sur le plan légal.

Est-ce que toute cette situation ne représente que la pointe de l’iceberg — celle qui remet en question les fondations mêmes du journalisme au Québec ?


Pouvons-nous vraiment y échapper ?

La question se pose.
Quand on accepte déjà que l’IA occupe une place centrale au travail, en médecine, en éducation, et jusque dans notre quotidien, pourquoi ferait-on exception pour les médias ? L’industrie journalistique doit cesser de nier la réalité : le changement est déjà en marche.

Soudainement, le journaliste traditionnel se retrouve à rivaliser et à compétitionner contre un collègue beaucoup moins cher, plus intelligent et exponentiellement plus efficace. Un collègue qui ne dort pas, ne prend pas de pause et qui peut valider, vérifier ou synthétiser l’information mille fois plus efficacement. L’IA est un outil d’impartialité. Sans biais émotif ou d’appartenance politique.

Disons-nous les vraies choses
: un journaliste ou un média subventionné au privé ou par un parti politique va-t-il vraiment cracher sur la main qui le nourrit dans ses nouvelles ? Cette fois, le concurrent n’est pas un rival d’un autre média : c’est une machine qui apprend plus vite que nous.

L’avènement de la nouvelle technologie n’est pas une fraude, un choix ou une arnaque : c’est un passage nécessaire vers une nouvelle ère technologique. Qu’on le veuille ou non, elle transformera nos métiers, nos valeurs et notre rapport à la vérité.


L’événement Brochu : un tournant symbolique

L’affaire impliquant Tommy Brochu, journaliste chevronné de La Tribune, en est la preuve éclatante.
Après qu’une photo générée par intelligence artificielle, présentant de légères ressemblances de nom et de visage ait suscité la controverse, le débat s’est enflammé. Ironiquement, M. Brodeur se retrouve aujourd’hui porte-étendard d’une cause cruciale : celle de la protection et de la reconnaissance officielle du journalisme.

C’est une course contre la montre. Un ordre professionnel des journalistes doit être créée d’urgence, sans quoi le métier est voué à une extinction imminente. M. Brochu a tout mon respect.— il se trouve, sans le savoir, au bout du fil tendu, à l’apogée de sa carrière mais aussi à la croisée des chemins de l’ère journalistique telle qu’on la connaît. Au-delà de cette tempête médiatique, c’est l’avenir même du journalisme québécois et nord-américain qui se joue.


Hommage à ceux qui ont pavé la voie

Tous les vieux de la vieille, les reporters de l’époque, les journalistes de terrain, ont bâti les fondations d’un métier autrefois noble, nécessaire et essentiel. Et même si la technologie transforme nos outils, elle ne remplacera jamais le courage, la passion ni l’instinct humain qui animaient leurs plumes et leurs micros.


L’intelligence artificielle n’éteindra pas la vérité : elle forcera simplement ceux qui la cherchent à briller encore plus fort.

À travers toute la grande diversion et les artifices des derniers jours, la question demeure : est-ce que le métier de journaliste conventionnel est voué à une mort certaine ? Seul l’avenir nous le dira. Et à la vitesse où il avance, cet avenir n’est plus à venir — il est déjà là.





Texte original : Tim Gaudreau
Correction orthographique : OpenAI

Mention légale

Les logos présentés sont la propriété exclusive de leurs détenteurs respectifs. Leur utilisation est effectuée conformément aux dispositions de la Loi sur le droit d’auteur (L.R.C. 1985, ch. C-42) et de la Loi sur les marques de commerce (L.R.C. 1985, ch. T-13), à des fins d’analyse, de commentaire et d’illustration journalistique. Cet usage est strictement éditorial, sans but commercial, et n’implique aucune affiliation, approbation ou commandite de la part des entités mentionnées.


Nouvelles

Actualités