Itinérance : les solutions existent, le courage politique beaucoup moins

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SHERBROOKE – Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, a récemment révélé sur les réseaux sociaux son plan en matière de lutte contre l’itinérance. Il affirme que 12 000 personnes sont désormais sans logement au Québec, soit 2 400 de plus en seulement trois ans.

Pour donner une idée de l’ampleur du problème, il rappelle que ces personnes pourraient former une chaîne humaine traversant l’île de Montréal ou de Laval. L’image frappe, parce qu’elle montre que l’itinérance n’est plus un phénomène marginal. C’est devenu une crise sociale majeure.

L’itinérance, rappelle-t-il aussi, est désormais bien installée en région, où plus de 30 % des cas sont recensés. Il ne s’agit donc plus seulement d’un enjeu montréalais. Sherbrooke, comme plusieurs autres villes du Québec, est directement concernée.

Alors, qu’est-ce qu’il faudrait pour régler ce problème qui s’est amplifié depuis la pandémie ? Les solutions existent. Mais se peut-il que le courage politique, lui, manque cruellement ?

Une réalité qui a changé de visage

On a longtemps entretenu l’image du sans-abri âgé, souvent un homme seul, avec sa bouteille de bière, ses vêtements sales et son banc de parc. Cette réalité existe encore, bien sûr. Mais elle ne représente plus à elle seule le visage de l’itinérance.

Aujourd’hui, ce sont aussi des personnes âgées sans famille, des travailleurs qui n’arrivent plus à payer leur logement, des jeunes qui sortent mal accompagnés de la DPJ, des gens qui quittent la prison sans véritable filet social, ou encore des personnes fragilisées par la maladie mentale, la dépendance et l’explosion du coût de la vie.

Paul St-Pierre Plamondon a raison de dire que le phénomène s’est transformé. Il ne s’agit plus simplement de « gens de la rue » qu’on peut regarder de loin. Ce sont parfois des gens qui, quelques mois plus tôt, avaient encore un appartement, un emploi, une routine, une apparence de stabilité.

La frontière entre la précarité et la rue est devenue beaucoup trop mince.

Déplacer le problème n’est pas le régler

On le voit très bien lorsqu’une ville tente d’interdire la présence de personnes sans-abri dans le métro ou dans certains lieux publics. Sur le papier, cela peut donner l’impression d’une reprise de contrôle. Dans les faits, ces personnes ne disparaissent pas.

Elles iront ailleurs. Dans les restaurants du secteur. Dans les cafés. Dans les halls d’entrée. Dans les bibliothèques. Dans les commerces. Dans les parcs. Dans les ruelles. Le problème sera simplement déplacé vers d’autres citoyens, d’autres travailleurs, d’autres commerçants.

On comprend évidemment que les usagers du transport collectif, les restaurateurs et les employés de commerce ne devraient pas être laissés seuls devant des situations parfois lourdes, imprévisibles ou inquiétantes. Personne ne devrait avoir à gérer seul des crises de détresse, d’intoxication ou de santé mentale.

Mais l’interdiction seule ne crée ni logement, ni traitement, ni accompagnement, ni réinsertion. Elle ne fait que cacher temporairement ce que notre société refuse de regarder en face.

Le logement d’abord

La proposition la plus importante du Parti québécois est de s’inspirer de ce qui a fonctionné ailleurs, notamment en Finlande et à Houston, avec l’approche du « logement d’abord ».

Le principe est simple : au lieu d’exiger qu’une personne règle tous ses problèmes avant d’avoir droit à un logement, on lui donne d’abord un toit. Ensuite, on l’accompagne pour traiter les autres difficultés : dépendance, santé mentale, dettes, isolement, réinsertion sociale.

Cette approche repose sur une idée pleine de bon sens. Il est extrêmement difficile de se soigner, de suivre une thérapie, de retrouver un emploi ou de reprendre sa vie en main lorsqu’on dort dehors, dans un refuge ou dans une station de métro.

Un logement ne règle pas tout. Mais sans logement, presque rien ne peut vraiment se régler.

Cinq axes pour agir

Le plan présenté par Paul St-Pierre Plamondon repose sur cinq axes : l’offre de logement, les services sociaux, l’aide financière, la prévention et la réinsertion sociale.

Ces cinq éléments doivent aller ensemble. Construire ou rendre disponible du logement sans offrir d’accompagnement ne suffira pas. Offrir des services sociaux sans stabiliser les gens dans un lieu sécuritaire ne suffira pas non plus. Donner une aide financière sans travailler sur la prévention et la réinsertion risque aussi de ne produire que des effets limités.

Il faut donc une approche complète. Une approche qui ne se contente pas de gérer la crise au jour le jour, mais qui cherche réellement à réduire le nombre de personnes dans la rue.

L’objectif annoncé par PSPP est ambitieux : diminuer de 50 % le nombre de personnes en situation d’itinérance au Québec d’ici 2030. Certains diront que c’est irréaliste. D’autres diront que ce n’est pas assez. Mais au moins, cela fixe une cible claire.

Et une société qui ne se fixe plus d’objectifs finit par s’habituer à l’inacceptable.

Une crise liée au logement

Paul St-Pierre Plamondon relie aussi la crise de l’itinérance à la crise du logement et à la croissance démographique rapide des dernières années. Cet aspect du débat sera évidemment plus politique. Mais il est impossible de nier que le manque de logements abordables joue un rôle central.

Quand les loyers explosent, ce sont les plus fragiles qui tombent en premier. Les travailleurs pauvres, les personnes seules, les aînés, les familles monoparentales, les gens avec un dossier de crédit abîmé ou un passé difficile. Ceux qui n’ont pas de marge de manœuvre.

La crise du logement ne produit pas seulement des locataires stressés. Elle produit aussi des gens qui finissent dans leur voiture, chez des amis, dans des refuges ou dans la rue.

C’est là que l’itinérance devient le symptôme visible d’un malaise beaucoup plus profond.

IMAGE TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK / PAUL ST-PIERRE PLAMONDON

Pour une réponse humaine et ferme

Il ne faut pas être naïf. L’itinérance vient avec de vrais problèmes de cohabitation. Les citoyens ont droit à des quartiers sécuritaires. Les commerçants ont droit à des lieux de travail respectés. Les usagers du transport collectif ont droit à un environnement convenable.

Mais la fermeté ne doit pas devenir une excuse pour l’abandon. Et l’humanité ne doit pas devenir une excuse pour laisser les gens mourir dehors.

Il faut les deux : une réponse humaine et une réponse organisée. Du logement, des soins, de l’encadrement, de la prévention, mais aussi une présence claire de l’État et des municipalités. Le Québec ne peut plus se contenter de déplacer les campements, de fermer les yeux, puis de recommencer quelques semaines plus tard ailleurs.

Si l’itinérance devient la grande priorité sociale d’un futur gouvernement, tant mieux. Mais il faudra plus que des mots. Il faudra des résultats, des bilans, des ressources et une volonté réelle de ne plus considérer ces personnes comme des problèmes à déplacer.

Parce qu’au fond, la question est simple : voulons-nous régler l’itinérance, ou voulons-nous seulement qu’elle soit moins visible ?

Note éditoriale: Ce texte est une chronique d’opinion. Les propos et analyses présentés sont ceux de l’auteur et n’engagent pas le Journal de Sherbrooke.

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