SHERBROOKE — Québec solidaire veut faire de la taxation des grandes fortunes l’une des pièces maîtresses de son programme économique en vue des élections québécoises. La porte-parole du parti, Ruba Ghazal, a annoncé jeudi qu’un gouvernement solidaire imposerait le patrimoine du 0,1 % des ménages les plus fortunés de la province. Selon les calculs du parti, la mesure permettrait de générer environ 5 milliards de dollars de revenus supplémentaires chaque année.
Environ 4000 ménages seraient concernés
L’impôt viserait quelque 4000 ménages dont la fortune dépasse 25 millions de dollars. Contrairement à l’impôt sur le revenu, il serait donc calculé à partir du patrimoine détenu par les ménages visés, ce qui comprend notamment leurs actifs financiers et immobiliers, après prise en compte des modalités qui devront éventuellement être précisées par le parti. Québec solidaire présente cette mesure comme une façon d’augmenter les revenus de l’État sans hausser davantage le fardeau fiscal de la classe moyenne.
Pour illustrer l’écart entre les grandes fortunes et le reste de la population, Québec solidaire compare notamment la richesse de certains milliardaires au prix d’une propriété montréalaise. Le parti affirme que Lino Saputo disposerait d’une fortune équivalant à environ 10 000 maisons moyennes à Montréal, tandis qu’Alain Bouchard, cofondateur de Couche-Tard, pourrait théoriquement en acheter environ 18 500. Ces comparaisons, utilisées dans la communication électorale de QS, cherchent surtout à illustrer l’ampleur de la concentration de richesse plutôt qu’un véritable pouvoir d’achat immobilier.
Une fortune en forte croissance
Québec solidaire soutient également que la fortune des milliardaires québécois a augmenté de 46 % au cours des dernières années. Cette donnée avait déjà été avancée par des élus solidaires à l’Assemblée nationale, où elle avait été présentée comme une augmentation depuis 2019. Le parti oppose cette progression à la hausse du coût de la vie et aux difficultés financières vécues par une partie des ménages québécois.
Le chiffre de 5 milliards de dollars demeure toutefois une estimation avancée par Québec solidaire. Une étude publiée en 2025 par l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques avait, de son côté, évalué qu’un impôt progressif sur le patrimoine appliqué beaucoup plus largement pourrait générer près de 6 milliards de dollars annuellement. Les paramètres étudiés par l’IRIS étaient différents de ceux proposés aujourd’hui par QS, mais ils démontrent l’importance des sommes concentrées dans les patrimoines les plus élevés.
L’éducation au cœur de la proposition
Québec solidaire promet de consacrer une partie importante des nouveaux revenus à l’école publique. Le parti prévoit notamment 135 millions de dollars supplémentaires pour embaucher des professionnels auprès des enfants ayant des besoins particuliers, ainsi que 200 millions pour mettre en place son projet de « Réseau commun » en éducation. Une autre somme de 44 millions serait consacrée à la rémunération des stages afin d’attirer davantage de relève dans les services publics.
QS promet aussi une augmentation « significative » du salaire des enseignants lors de la prochaine négociation collective. Le parti veut éventuellement réduire de moitié le décrochage scolaire et prévoit également l’embauche de 1500 membres du personnel de soutien et de 500 professionnels supplémentaires. Les dernières données de l’Institut de la statistique du Québec montrent que 14 % des élèves sortants du secondaire en formation générale des jeunes avaient quitté sans diplôme ni qualification en 2023-2024, contre 22 % en 1999-2000.
Une mesure qui relance le débat fiscal
La proposition risque toutefois de relancer un débat déjà bien connu sur l’imposition du patrimoine. Lors d’échanges à l’Assemblée nationale sur une proposition similaire de QS, le ministre des Finances Eric Girard avait notamment soulevé le risque de voir des capitaux quitter le Québec si sa fiscalité devenait moins compétitive. Les solidaires soutiennent au contraire qu’une contribution accrue des plus grandes fortunes permettrait de financer les services publics sans demander davantage aux contribuables de la classe moyenne.
Pour Ruba Ghazal, le choix doit désormais se faire entre de nouvelles compressions et l’augmentation des revenus de l’État. « Je refuse d’accepter que ce soient encore les gens de la classe moyenne qui écopent », a déclaré la porte-parole de Québec solidaire lors de son annonce du 3 septembre. Le parti place ainsi la redistribution de la richesse et le financement de l’école publique au centre de sa campagne électorale.
Sources :
- Québec solidaire, communiqué du 3 septembre 2026 sur l’impôt sur les grandes fortunes et le financement de l’école publique.
- Québec solidaire, propositions en matière de finances publiques et de services publics.
- Institut de la statistique du Québec, données sur les sorties sans diplôme ni qualification au secondaire.
- Assemblée nationale du Québec, débats concernant l’imposition des grandes fortunes et l’évolution de la richesse des milliardaires québécois.
- Institut de recherche et d’informations socioéconomiques, estimation des revenus potentiels d’un impôt québécois sur le patrimoine, mars 2025.

