SHERBROOKE — Les Islandais ont choisi de ne pas reprendre les négociations en vue d’une éventuelle adhésion de leur pays à l’Union européenne. Lors du référendum tenu le 29 août, le NON a obtenu 52,8 % des suffrages, contre 47,2 % pour le OUI. La participation a atteint 82,6 %, un taux particulièrement élevé, avec un peu plus de 225 000 électeurs ayant exercé leur droit de vote.
Le résultat a notamment fait réagir le politologue québécois Denis Monière, qui y voit une démonstration de la volonté d’un petit peuple de conserver son indépendance politique. Dans une publication diffusée sur les réseaux sociaux, il décrit les Islandais comme un peuple qui « se fait confiance » et établit un parallèle avec le débat sur l’avenir politique du Québec.
Un référendum promis depuis 2024
Le gouvernement islandais formé à la suite des élections législatives de novembre 2024 s’était engagé à organiser un référendum sur la question européenne au plus tard en 2027. Cette promesse figurait noir sur blanc dans l’entente de coalition conclue en décembre 2024.
La question soumise aux électeurs le 29 août ne portait toutefois pas directement sur l’adhésion de l’Islande à l’Union européenne. Les citoyens devaient plutôt décider si leur gouvernement devait reprendre les négociations d’adhésion avec Bruxelles. Le référendum était également de nature consultative, une précision apportée par la Commission électorale nationale islandaise avant le scrutin.

Des négociations interrompues depuis plus d’une décennie
L’Islande avait officiellement présenté sa candidature pour devenir membre de l’Union européenne en 2009, dans la foulée de la grave crise financière qui avait frappé le pays. Les négociations avaient commencé en 2010, avant d’être interrompues quelques années plus tard. En 2015, le gouvernement islandais avait informé l’Union européenne qu’il ne souhaitait plus que le pays soit considéré comme un État candidat.
Le vote du 29 août aurait donc pu permettre de relancer ce processus après plus d’une décennie d’interruption. Avec 118 040 votes contre la reprise des négociations, comparativement à 105 339 en faveur, les électeurs ont plutôt choisi le statu quo. Seulement 1 652 bulletins ont été déclarés blancs ou invalides.
Une Islande déjà très proche de l’Europe
Dire que l’Islande rejette complètement « l’Europe » serait cependant aller trop loin. Le pays demeure étroitement lié à l’Union européenne par l’Espace économique européen, qui permet notamment la libre circulation des personnes, des marchandises, des services et des capitaux. L’Islande est aussi membre de l’espace Schengen et de l’Association européenne de libre-échange.
Le choix des Islandais porte donc davantage sur le degré d’intégration politique souhaité que sur une rupture avec leurs voisins européens. Le pays de quelque 400 000 habitants conserve sa propre monnaie et demeure notamment à l’extérieur de certaines politiques communes européennes touchant l’agriculture et les pêches.
Denis Monière y voit une affirmation nationale
Pour Denis Monière, ce résultat prend néanmoins une signification qui dépasse la seule politique européenne. Le politologue estime que les Islandais ont démontré qu’un petit État pouvait choisir de conserver une importante marge d’autonomie, même dans un contexte international marqué par les inquiétudes entourant la sécurité et les rapports de force entre grandes puissances.
Monière établit ainsi un parallèle évident avec le Québec. « Les Islandais sont un petit peuple exemplaire qui se fait confiance et qui tient à son indépendance », écrit-il, avant de demander pourquoi ce qui apparaît important pour d’autres peuples ne le serait pas également pour les Québécois.
Un spécialiste de la politique québécoise
Né en 1947, Denis Monière est politologue, auteur et professeur honoraire au Département de science politique de l’Université de Montréal, où il a enseigné à partir de 1978. Ses champs d’expertise comprennent notamment les élections, les partis politiques, l’opinion publique, la participation politique et les médias.
Auteur d’une trentaine d’ouvrages, il s’est particulièrement intéressé au nationalisme, aux idéologies et à l’histoire politique québécoise. Son livre Le Développement des idéologies au Québec, publié en 1977, lui avait notamment valu le Prix du Gouverneur général ainsi que le Grand Prix littéraire de la Ville de Montréal.
Sources :
- Commission électorale nationale d’Islande — résultats du référendum du 29 août 2026.
- Gouvernement de l’Islande — programme de la coalition gouvernementale formée en décembre 2024.
- Délégation de l’Union européenne en Islande — relations entre l’Islande et l’Union européenne et historique des négociations d’adhésion.
- Association européenne de libre-échange — fonctionnement de l’AELE et de l’Espace économique européen.
- Université de Montréal — biographie et profil universitaire de Denis Monière.
- Publication publique de Denis Monière sur le référendum islandais, septembre 2026.

