NOTRE-DAME-DU-MONT-CARMEL — Pendant que des milliers d’enfants québécois reprennent cette semaine le chemin de l’école, d’autres vivent une rentrée bien différente. Pas d’autobus scolaire, pas de cloche et parfois même pas de pupitre. Les apprentissages se font autour de la table de cuisine, dans la cour, en préparant une recette ou en réalisant une expérience.
C’est précisément à ces familles qu’entend s’adresser Skolia, une nouvelle plateforme éducative québécoise créée par Rachel Massicotte et son conjoint Francis Pelletier, de Notre-Dame-du-Mont-Carmel.
Rachel Massicotte n’arrive pas dans le domaine de l’éducation par hasard. Mère de quatre enfants, elle est titulaire d’un brevet d’enseignement délivré par le ministère de l’Éducation. Après des études en enseignement préscolaire et primaire et quelques années dans le réseau scolaire, elle a elle-même choisi de faire l’école à la maison avec ses enfants. Francis Pelletier, musicien de formation et entrepreneur, s’occupe pour sa part principalement de la gestion, de la coordination et des partenariats de l’entreprise.

Une école sans vouloir recréer l’école
L’idée derrière Skolia est relativement simple : faire l’école à la maison ne signifie pas nécessairement reproduire, dans sa cuisine, une journée complète passée devant des cahiers d’exercices.
La plateforme propose plutôt 30 « missions » réparties sur l’année scolaire, généralement à raison d’une par semaine. Une mission rassemble différentes matières autour d’un même projet concret. L’enfant peut ainsi travailler le français, les mathématiques, les sciences, l’univers social ou encore les arts sans nécessairement avoir l’impression de passer constamment d’une matière complètement indépendante à une autre.
On peut, par exemple, étudier les mesures et les fractions en cuisinant, observer le fonctionnement d’un barrage en en construisant un miniature ou encore travailler l’écriture et la communication en préparant un petit journal.
Le calendrier est d’ailleurs assez évocateur : enquête sur la citrouille, ville en carton, laboratoire des glaces, planétarium de chambre, restaurant des oiseaux, chantier paléontologique ou hôtel des insectes. L’objectif est de donner une utilité immédiatement perceptible aux notions apprises.
Selon ses créateurs, l’approche est inspirée notamment de la pédagogie finlandaise et mise beaucoup sur les projets, l’expérimentation et les apprentissages interdisciplinaires plutôt que sur l’accumulation de cahiers d’exercices.
Un même projet pour plusieurs enfants
L’un des aspects particulièrement intéressants de Skolia concerne les familles comptant plusieurs enfants d’âge scolaire.
Plutôt que de demander au parent de préparer trois programmes complètement différents pour trois enfants, la même mission peut être réalisée par toute la fratrie. Les exigences et les défis changent ensuite selon le cycle scolaire.
Un enfant de sept ans et sa grande sœur de onze ans peuvent donc travailler côte à côte sur le même thème, mais pas nécessairement sur les mêmes notions ni avec le même degré de difficulté.
Chaque mission est normalement divisée en cinq « escales », que les parents peuvent répartir comme ils le souhaitent durant la semaine. Un guide explique également quoi préparer, quoi présenter à l’enfant et quels apprentissages observer. Des documents imprimables accompagnent les activités.
D’après les informations fournies par les fondateurs, une journée type peut représenter autour de deux heures d’activités structurées. Il ne s’agit toutefois pas d’un horaire obligatoire : une famille peut avancer plus rapidement, ralentir ou déplacer les activités selon ses besoins.
C’est probablement là que se trouve l’une des principales forces de l’école à la maison : le temps consacré à l’apprentissage n’a pas nécessairement à être organisé comme celui d’une classe de 20 ou 25 élèves. Le parent peut consacrer son attention à un enfant ou à quelques enfants seulement, plutôt que de gérer simultanément tout un groupe.
Le programme québécois demeure la boussole
Faire l’école à la maison ne signifie toutefois pas que les parents peuvent complètement improviser l’éducation de leurs enfants.
Au Québec, ils doivent notamment transmettre une déclaration annuelle à la Direction de l’enseignement à la maison, présenter un projet d’apprentissage, produire des bilans de progression et participer à une rencontre de suivi. Le projet doit viser l’acquisition des connaissances et des compétences prévues dans les programmes obligatoires, notamment en français, en anglais, en mathématique, en science et technologie et en univers social.
Il existe cependant une importante marge de manœuvre dans la manière d’arriver à ces apprentissages. Le projet présenté au ministère comprend justement une description de l’approche éducative, des activités et des ressources choisies par la famille. Autrement dit, les compétences à développer sont balisées, mais cela ne signifie pas que chaque enfant doit apprendre exactement de la même manière.
C’est dans cet espace que veut s’insérer Skolia. Rachel Massicotte a construit ses missions à partir du Programme de formation de l’école québécoise (PFEQ) et de la Progression des apprentissages.
La plateforme ne remplace toutefois pas la Direction de l’enseignement à la maison et ne dispense pas les parents de leurs obligations envers le ministère. Elle se présente plutôt comme un outil pédagogique permettant de structurer l’année et de conserver plus facilement des traces des apprentissages.
Un aspect loin d’être accessoire puisque le ministère recommande justement aux parents de conserver des traces datées des activités, avec leur contexte et leurs intentions éducatives, notamment lorsqu’un portfolio est utilisé pour évaluer la progression de l’enfant.
Près de 75 % de plus qu’avant la pandémie
Skolia arrive également dans un contexte où l’école à la maison demeure beaucoup plus répandue au Québec qu’elle ne l’était avant la pandémie.
Les plus récentes données rendues publiques par le ministère de l’Éducation font état de 8689 enfants suivis en enseignement à la maison en 2025-2026. En 2018-2019, ils n’étaient que 4968.
Il s’agit donc d’une augmentation d’environ 75 % en sept ans.
La pandémie avait provoqué une véritable explosion du phénomène : le nombre d’enfants avait atteint un sommet de 11 947 en 2020-2021. Il a diminué depuis, mais n’est jamais revenu aux niveaux observés auparavant.
L’école à la maison, autrefois relativement marginale, semble donc s’être installée durablement dans le paysage éducatif québécois.
Transformer le parent en « guide »
Skolia utilise d’ailleurs son propre vocabulaire. L’enfant devient « l’Explorateur » et le parent son « Guide ».
Derrière le côté ludique, l’idée répond à une inquiétude bien réelle chez plusieurs parents qui envisagent l’école à la maison : suis-je réellement capable d’enseigner tout ça?
Le programme tente justement de réduire la quantité de préparation nécessaire. Le parent n’a pas à inventer chaque activité le dimanche soir ni à déterminer seul quelles notions intégrer à son projet. Le guide accompagne les différentes étapes de la mission et le suivi permet de documenter ce qui a été réalisé.
Selon les fondateurs, une vingtaine d’enfants étaient déjà inscrits au moment du lancement.
L’abonnement annuel est affiché à 495 $, tandis qu’une formule mensuelle à 60 $ est également proposée. Une première mission peut cependant être essayée gratuitement, sans carte de crédit, avec le guide du parent et les documents à imprimer.
Pour Rachel Massicotte, l’aventure sera bientôt poussée encore plus loin. La famille prévoit éventuellement partir voyager avec ses quatre enfants tout en poursuivant leur enseignement à la maison. Une sorte de salle de classe à l’échelle de la planète.
Et peut-être une illustration assez fidèle de ce que Skolia cherche à défendre : l’idée qu’apprendre ne nécessite pas toujours quatre murs, une rangée de pupitres et une cloche qui sonne toutes les 75 minutes.

