SHERBROOKE — Les libéraux étirent-ils trop la sauce avec Donald Trump ? Oui, c’est fort probable. Même qu’ils en font leur seule bouée de sauvetage pour leur parti. Qu’il s’agisse des libéraux à Ottawa ou de ceux à Québec qui préparent leur campagne électorale, Donald Trump fut un temps du pain bénit pour deux partis en crise existentielle. Sauf que voilà, le président devra normalement avoir quitté le pouvoir en janvier 2029, alors que les élections de novembre 2028 auront révélé qui sera le nouveau président des États-Unis.
Justin Trudeau était, il n’y a pas si longtemps, encore premier ministre du Canada. Sa cote de popularité était très basse, au point où son parti s’en allait directement à l’abattoir, donnant à Pierre Poilievre, du Parti conservateur, un gouvernement majoritaire. Des ministres libéraux ont affirmé vouloir ne pas se représenter. L’exemple le plus notable près de chez nous, c’est Marie-Claude Bibeau, qui décidera finalement de se présenter à la mairie de Sherbrooke. Un camouflet pour une ancienne ministre au fédéral.
Un miracle (ou mirage ?) nommé Mark Carney
Mais ça, c’était sans voir la « bonne étoile » qui allait sauver les libéraux. Donald Trump a été réélu président des États-Unis, devenant le second président de l’histoire américaine à faire deux mandats non consécutifs. Il faut dire que la panique était palpable. Trump n’a jamais réellement bénéficié d’un très grand soutien au Canada. Et ce serait même un euphémisme.
Pendant des années, on a vu Donald Trump tous les jours, présenté sous des jingles inquiétants, faisant craindre le pire. Et ses menaces — ou mauvaises blagues, diront les autres — d’annexer le Canada pour en faire le 51e État ont fini par donner une seconde vie au Parti libéral du Canada.
Nous connaissons la suite : arrivée d’un sauveur — Mark Carney — issu du milieu de la haute finance, création d’un récit autour de ses talents d’économiste, puis élections où il sera élu à la tête d’un gouvernement minoritaire. Et c’est là que ça devient insultant : des députés d’arrière-ban des conservateurs seront noyautés par les libéraux afin de traverser la Chambre, ce qui donnera ainsi au Parti libéral sa majorité tant convoitée.
Sauf que depuis, les gains pour le Canada se font attendre. Mark Carney a reculé sur la « taxe Netflix », a reculé face aux pressions américaines à l’égard de nos agriculteurs. Ce qui était une histoire d’un phénix qui renaît de ses cendres se transforme rapidement en mauvaise affaire.
Les libéraux québécois ne pourront compter éternellement sur Trump
Antoine Dionne-Charest, candidat vedette du parti et fils de l’ancien premier ministre du Québec, a dit que Donald Trump ferait peser une menace particulière sur un Québec indépendant. Même chose pour d’autres ministres, députés ou candidats libéraux, pour qui « l’union fait la force ».
Pourtant, Donald Trump ne sera pas toujours président. Il a déjà dépassé les quatre-vingts ans et semble avoir plusieurs problèmes de santé. Lors de sa réélection, il était le plus vieux président de l’histoire à entrer en fonction. Donc, dire que Donald Trump représente une menace à long terme pour le Québec et le Canada est de mauvaise foi.
À la connaissance de n’importe quel passionné de politique américaine, le pays est — encore — une démocratie, où les tribunaux ont un réel pouvoir face à un exécutif qui souhaite dépasser ses prérogatives. Donald Trump devra subir un test en novembre : les élections de mi-mandat.
Tout indique que le président est de plus en plus impopulaire. Il faut dire que sa guerre contre l’Iran, dans laquelle il sera précipité par Benjamin Netanyahou, est très peu appréciée de la base MAGA. La plupart des Américains lui reprochent, à juste titre, la hausse des prix de l’essence et ont pour préoccupation la hausse du coût de la vie.
Donc, les libéraux québécois devront faire mieux que d’utiliser la vieille cassette des menaces de Donald Trump. La campagne électorale à venir sera sale et difficile. Les libéraux utiliseront probablement cet argument pour défendre leur légitimité, alors que le Parti québécois a solidifié ses appuis. Mais un jour ou l’autre, Trump ne sera plus là pour justifier les tromperies des libéraux.
Note éditoriale: Ce texte est une chronique d’opinion. Les propos et analyses présentés sont ceux de l’auteur et n’engagent pas le Journal de Sherbrooke.

